Au matin, notre guide nous réveille au lever du soleil pour admirer la chaîne des Annapurnas sortie des nuages. Les sommets sont dans le lointain, mais leur immensité est sidérante, on en discerne la beauté des traits peints par le soleil sur la roche. Tous sont sans voix devant ce spectacle grandiose car s’en rapprocher le plus possible représente le but de notre randonnée. Pendant la nuit, j’ai été pris de nausées et me suis levé plusieurs fois. Et j’ai apparemment ronflé entre-temps ! Mon colocataire de chambre, Jean-Claude, est très mécontent de mon agitation, ce qui est préoccupant pour quelqu’un de calme et jovial. J’ai dû boire de l’eau courante la veille, ça me rappelle que je suis occidental et pas accoutumé au pays.

Les enfants de la famille qui tient la lodge essayent de m’apprendre quelques rudiments de népalais : « Namasté » (bonjour/au revoir), « Daniabat » (merci)… Nous partons trop vite et quittons ainsi les cultures en étages pour nous enfoncer dans une forêt clairsemée. Elle est composée en majorité de rhododendrons. Les petites pousses sont rectilignes, les feuilles rappellent le laurier mais en plus allongées.

Rhododindron

Les vieux arbres ont des branches aux courbures envoûtantes. Leur tronc est recouvert d’une mousse qui ressemble à une fourrure pendant des branches. Leurs fleurs sont rouges mais malgré la saison, elles sont rares, sauf à la cime des arbres. Dans cette forêt d’aspect typiquement asiatique, il y a peu d’autres variétés de plantes, à part des mousses sur les pierres, des fougères et quelques petites fleurs et parfois quelques orchidées nichées sur les branches de rhododendron. Cette forêt ancestrale ne laisse que très peu passer de lumière. Elle a une allure surnaturelle, harmonieuse, mais torturée aussi. On devine les cicatrices d’un pays à l’histoire mouvementée. Nos chemins, en zone forestière ou dégagée, toujours au bord du précipice, sont pavés d’ardoises luisant au soleil. On les croirait recouvertes de nacre ou argentées.

Notre procession sur les pentes de la montagne remonte la vallée, traversant des cours pavées de maisons qui servent souvent d’épicerie. Les enfants des villages sont toujours polis et saluent les passants, les parents sont plus distants avec les étrangers car occupés aux tâches quotidiennes qui, il est vrai, les accaparent beaucoup.

Nous nous arrêtons en milieu de matinée pour prendre un thé et quelques fruits secs. Des villageois étalent des bijoux et des objets tibétains sur un drap au soleil. Et après le repas de midi, nous devons repartir rapidement car le ciel se couvre de nuages et la pluie menace, nous poussant toujours en avant. Nous n’aurons pas vraiment vu les sommets, mais j’espère dépasser la couche nuageuse, ces prochains jours.

Le chemin sort de la forêt, on retrouve les zones de culture. Notre itinéraire descend au creux de la vallée, croisant des villageois et quelques randonneurs de toutes nationalités, à travers des villages de terrasses pavées, de maisons aux toits en ardoises. Des cahutes pour animaux sont faits de murs de bois ou de bambou avec des toits en chaume.

Cultures en étages

Pour franchir la rivière, on doit traverser un pont de bois suspendu d’une dizaine de mètres de long. Les sujets au vertige sont mal à l’aise car ça remue et rappelle les films d’aventures dans la jungle. Les autres s’en amusent ! On remonte sur l’autre versant pour atteindre notre étape du soir. Le village, Landruk, comme toujours, s’étale sur la pente de la montagne.

Après une bière sur la terrasse de la lodge avec Stéphane, un membre discret du groupe de mon âge, je pars explorer le village. Un chemin serpente entre les maisons dont les larges terrasses sont des endroits de rencontres : ici, on joue à une sorte de billard où il faut pousser un palet avec les doigts ; là, est installé un « Communication Center » avec un téléphone portable fiché dans un bâton de bambou. A côté, il y a une cahute abritant quatre ordinateurs dont deux avec des écrans plats !

Notre seconde lodge ressemble à la première : deux bâtiments formant un angle droit donnant sur une large terrasse pavée surplombant le vide. Nos chambres (une pour deux) sont à l’étage. Le réfectoire où nous dînons est vitré. Des coupures d’électricité interrompent notre repas… Mais en allumant des bougies, l’ambiance est plus chaleureuse, je plains le quotidien des népalais pour qui c’est chose courante, en ville comme à la montagne. Il y a pourtant de l’eau chaude, alimentée par les panneaux solaires, ce qui est rare.

Lodge

Après le repas, nos porteurs mettent de la musique (moderne) aux sonorités indiennes et se mettent à danser. Certains de notre groupe les rejoignent mais la fête ne durera pas très longtemps. Les tenanciers de la lodge sont apparemment couchés sauf la jeune fille qui a l’air de bien connaître les assistants de notre guide (eux, connaissent tous les jeunes des villages avoisinants, à commencer par les filles). Plus tard, tous les jeunes du village sillonnent les ruelles en tapant sur des casseroles, cymbales de fortune et tout ce qui peut faire du tintamarre. Un des porteurs me confie que c’est une coutume pour chasser les fantômes (les mauvais esprits). Les habitants de la lodge se relèvent et se joignent à eux. La procession (animiste ?) poursuit son chemin et on n’entend maintenant plus que quelques chiens dans la nuit apaisée.

Le lendemain.

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