De Dovan au camp de base du Machapuchare

avril 2009

Au réveil, il fait très beau. Personne parmi nous n’est pour­tant vrai­ment sur­pris. Pendant la nuit, nous avions tous inti­me­ment et secrè­te­ment cru en l’étoile bien­fai­trice. Jean-Claude, lui, le savait depuis la veille, il dit modes­te­ment avoir de la chance…

fleurs de rhododendrons Nous sommes tel­le­ment près d’accé­der à notre des­ti­na­tion que renon­cer ici aurait été ini­ma­gi­na­ble pour la majo­rité du groupe. A la pro­chaine étape, nous serons à notre plus haute lodge, au camp de base du Machapuchare.

Ce jour est la tra­ver­sée du Sanctuaire. Nous ren­controns quel­ques bos­quets de rho­do­den­drons aux fleurs main­te­nant roses, encore givrées. Il y a là quel­ques bam­bous, mais ils se font rares ce matin. Brusquement, le pay­sage change, une vaste prai­rie d’herbes hautes recou­vre le fond de la haute vallée. Quelques majes­tueux rho­do­den­drons épars sont fichés dans l’herbe, tel des épouvantails pai­si­bles. Il y a aussi quel­ques peti­tes fleurs bleues entre les plan­tes. Les coc­ci­nel­les nous accom­pa­gnent encore joyeu­se­ment. Le soleil peine à réchauf­fer l’endroit et les mon­ta­gnes qui nous entou­rent mon­tent désor­mais à pic jusqu’à des alti­tu­des ver­ti­gi­neu­ses. Leur moitié supé­rieure est ennei­gée, embel­lis­sant encore le tableau.

CheminDes ran­don­neurs de tous pays sont aussi là sur l’étroit chemin. Nous en avons déjà croisé cer­tains un peu plus bas. Pas de doute, nous sommes dans le sanc­tuaire. Des falai­ses de roche sur­plom­bent cette large vallée qui se res­serre petit à petit et les majes­tueu­ses mon­ta­gnes sont enfin clai­re­ment visi­bles, un peu plus haut… tou­jours aussi hautes et aussi inac­ces­si­bles, à mesure que l’on s’en rap­pro­che.

Nous avons la consi­gne de beau­coup boire et de manger du sucré (des fruits secs et des barres cho­co­la­tées) pour ne pas res­sen­tir le mal de l’alti­tude. Ce qui serait désa­gréa­ble dans cette éventualité, c’est de devoir faire demi-tourà la moin­dre alerte !

Le res­tau­rant du midi est perché sur le col. Visible de très loin en aval tel un poste de gué. Une fois le déjeu­ner englouti, nous devons vite repar­tir. Des nuages ont subi­te­ment apparu, glis­sant sur la roche des mon­ta­gnes, ils enva­his­sent rapi­de­ment la vallée en contre­bas. Ils la rem­plis­sent comme une cuvette et remon­tent vers nous. La pluie s’annonce avec…

Cime embruméeNous repre­nons sur un haut pla­teau, le long du ruis­seau où avec quel­ques amas de pierre des visi­teurs ont cons­ti­tué des autels. Une pluie fine se met à tomber qui se trans­forme bien­tôt en grêle-neige. La tem­pé­ra­ture (quand-même agréa­ble au matin) redes­cend main­te­nant autour de zéro.

La pro­gres­sion se fait à pas régu­liers mais len­te­ment, l’alti­tude nous essouf­fle vite si nous for­çons le pas. Les buis­sons d’herbes sont de plus en plus petits. On ne voit qu’à inter­mit­ten­ces à tra­vers les flo­cons qui dan­sent un ballet dans la vallée.

Forêt de bambous

Nous évoluons entre des bos­quets de bam­bous qui bor­dent le chemin puis retrou­vons brus­que­ment des peti­tes clai­riè­res de prai­rie sans vrai­ment com­pren­dre l’enchaî­ne­ment des dif­fé­rents envi­ron­ne­ments. Bien plus que les jours pré­cé­dents, je suis habité d’un étonnement pour le spec­ta­cle que la nature a mis en scène pour chacun de nos pas.

Une crêteSans visi­bi­lité, les éléments gui­dent notre chemin tandis que la neige recou­vre petit à petit la boue. Nous tra­ver­sons ainsi d’innom­bra­bles ruis­seaux. La pro­gres­sion se com­pli­que à cause de nos pas sur des appuis mala­droits. La marche devient plus péni­ble mais notre moti­va­tion de pro­gres­ser est intacte. Le groupe s’était dis­lo­qué avec l’arri­vée de la neige. Jean-Claude, excité comme un enfant, a pré­cédé mon déta­che­ment. Nous n’atten­drons pas les autres. La montée se ter­mine sur un ter­rain dégagé entiè­re­ment blanc. La neige s’arrête de tomber et le calme nous enva­hit.

le MachapuchareNous avons atteint le camp de base du Machapuchare. Il se trouve à 3750m d’alti­tude. La tem­pé­ra­ture est très basse et l’endroit est désert. Les mem­bres du groupe arri­vent petit à petit, fati­gués. Chacun est heu­reux d’arri­ver, d’autant que le pay­sage de haute mon­ta­gne se révèle fas­ci­nant. Les nuages décou­vrent tour à tour les som­mets qui nous sur­plom­bent.

Après avoir admiré ce pay­sage sur­réa­liste, nous nous réfu­gions dans la lodge qui est d’un confort très som­maire : il n’y a ni eau chaude ni électricité… un vrai refuge, en somme. Le poële à kéro­zène est allumé sous la table (garnie d’une longue nappe de feutre) et tous se pla­cent autour pour se réchauf­fer : notre groupe, les guides et les por­teurs. La pièce com­mune abrite déjà un couple de franco-écossais qui vit en Inde du nord avec leurs trois jeunes enfants.

La nuit venue, les étoiles sont très brillan­tes dans le ciel dégagé, on pour­rait pres­que les tou­cher du doigt. Pas grand monde ne dor­mira cette nuit. Nous sommes trop exci­tés à l’idée de tou­cher les som­mets… demain matin.

Le len­de­main.

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