Au réveil, il fait très beau. Personne parmi nous n’est pourtant vraiment surpris. Pendant la nuit, nous avions tous intimement et secrètement cru en l’étoile bienfaitrice. Jean-Claude, lui, le savait depuis la veille, il dit modestement avoir de la chance…

fleurs de rhododendrons

Nous sommes tellement près d’accéder à notre destination que renoncer ici aurait été inimaginable pour la majorité du groupe. A la prochaine étape, nous serons à notre plus haute lodge, au camp de base du Machapuchare.

Ce jour est la traversée du Sanctuaire. Nous rencontrons quelques bosquets de rhododendrons aux fleurs maintenant roses, encore givrées. Il y a là quelques bambous, mais ils se font rares ce matin. Brusquement, le paysage change, une vaste prairie d’herbes hautes recouvre le fond de la haute vallée. Quelques majestueux rhododendrons épars sont fichés dans l’herbe, tel des épouvantails paisibles. Il y a aussi quelques petites fleurs bleues entre les plantes. Les coccinelles nous accompagnent encore joyeusement. Le soleil peine à réchauffer l’endroit et les montagnes qui nous entourent montent désormais à pic jusqu’à des altitudes vertigineuses. Leur moitié supérieure est enneigée, embellissant encore le tableau.

Chemin

Des randonneurs de tous pays sont aussi là sur l’étroit chemin. Nous en avons déjà croisé certains un peu plus bas. Pas de doute, nous sommes dans le sanctuaire. Des falaises de roche surplombent cette large vallée qui se resserre petit à petit et les majestueuses montagnes sont enfin clairement visibles, un peu plus haut… toujours aussi hautes et aussi inaccessibles, à mesure que l’on s’en rapproche.

Nous avons la consigne de beaucoup boire et de manger du sucré (des fruits secs et des barres chocolatées) pour ne pas ressentir le mal de l’altitude. Ce qui serait désagréable dans cette éventualité, c’est de devoir faire demi-tourà la moindre alerte !

Le restaurant du midi est perché sur le col. Visible de très loin en aval tel un poste de gué. Une fois le déjeuner englouti, nous devons vite repartir. Des nuages ont subitement apparu, glissant sur la roche des montagnes, ils envahissent rapidement la vallée en contrebas. Ils la remplissent comme une cuvette et remontent vers nous. La pluie s’annonce avec…

Cime embrumée

Nous reprenons sur un haut plateau, le long du ruisseau où avec quelques amas de pierre des visiteurs ont constitué des autels. Une pluie fine se met à tomber qui se transforme bientôt en grêle-neige. La température (quand-même agréable au matin) redescend maintenant autour de zéro.

La progression se fait à pas réguliers mais lentement, l’altitude nous essouffle vite si nous forçons le pas. Les buissons d’herbes sont de plus en plus petits. On ne voit qu’à intermittences à travers les flocons qui dansent un ballet dans la vallée.

Forêt de bambous

Nous évoluons entre des bosquets de bambous qui bordent le chemin puis retrouvons brusquement des petites clairières de prairie sans vraiment comprendre l’enchaînement des différents environnements. Bien plus que les jours précédents, je suis habité d’un étonnement pour le spectacle que la nature a mis en scène pour chacun de nos pas.

Une crête

Sans visibilité, les éléments guident notre chemin tandis que la neige recouvre petit à petit la boue. Nous traversons ainsi d’innombrables ruisseaux. La progression se complique à cause de nos pas sur des appuis maladroits. La marche devient plus pénible mais notre motivation de progresser est intacte. Le groupe s’était disloqué avec l’arrivée de la neige. Jean-Claude, excité comme un enfant, a précédé mon détachement. Nous n’attendrons pas les autres. La montée se termine sur un terrain dégagé entièrement blanc. La neige s’arrête de tomber et le calme nous envahit.

le Machapuchare

Nous avons atteint le camp de base du Machapuchare. Il se trouve à 3750m d’altitude. La température est très basse et l’endroit est désert. Les membres du groupe arrivent petit à petit, fatigués. Chacun est heureux d’arriver, d’autant que le paysage de haute montagne se révèle fascinant. Les nuages découvrent tour à tour les sommets qui nous surplombent.

Après avoir admiré ce paysage surréaliste, nous nous réfugions dans la lodge qui est d’un confort très sommaire : il n’y a ni eau chaude ni électricité… un vrai refuge, en somme. Le poële à kérozène est allumé sous la table (garnie d’une longue nappe de feutre) et tous se placent autour pour se réchauffer : notre groupe, les guides et les porteurs. La pièce commune abrite déjà un couple de franco-écossais qui vit en Inde du nord avec leurs trois jeunes enfants.

La nuit venue, les étoiles sont très brillantes dans le ciel dégagé, on pourrait presque les toucher du doigt. Pas grand monde ne dormira cette nuit. Nous sommes trop excités à l’idée de toucher les sommets… demain matin.

Le lendemain.

Mots-clés
Archives