Au matin, nous somme prêts à 10h.
La jeep a déjà de nombreux bidons attachés sur le toit et le coffre rempli. Le chauffeur a embarqué de la nourriture et de l’essence pour trois jours.
Nous sommes six à embarquer (nous quatre : Laure, Jonathane, Naike et moi) plus deux slovaques (un couple) que nous ne connaissons pas encore mais qui semblent sympathiques. Le conducteur-guide-cuisinier nous emporte immédiatement à travers les haut-plateaux désertiques. Le 4x4 roule pendant des heures et des heures. Le paysage, malgré l’altitude qui avoisine les 4000 mètres est très plat avec quelques collines de temps en temps. Des montagnes se dessinent à l’horizon, parfois avec quelques crêtes eneignées, au-delà, vers la frontière avec le Chili.

En chiens de faience

Notre première halte, pour le déjeuner, se fait dans un champ de rochers rouges. Ils sont étrangement taillés par l’érosion en forme de champignons ou des sculptures abstraites naturelles, très inspirées.

Sculptures naturelles

Certains d’entre nous s’installent sur une pierre en forme de table, d’autres s’enferment dans la voiture car le vent balaye tout sur son passage. Nous dégustons un plat tout simple mais fameux, une sélection de différentes variétés de pommes de terre, dont la plupart que nous n’avions jamais goûtées. Extra !
Après quelques (innombrables) photographies dans ce décor, la jeep repart et nous voilà à nouveau repartis dans les paysages désertiques à perte de vue.
Il n’y a presque pas de végétation, les sols sont très arides mais de temps en temps, le conducteur nous signale des fermes de quinoa à proximité de cours d’eau aux débits très modestes pour la saison seiche.
Parfois, des geiser font s’élever des nuages de poussière dans les airs.

Un regard vers le Chili
En rondeurs
Peinture murale

Entre plusieurs montagnes et le poussiéreux terrain plat qui se renouvelle sans cesse, on ne trouve plus de superlatifs pour décrire leur beauté. C’est le long de la frontière chilienne que les pus belles montagnes et volcans nous ébahissent.
Vers la fin de l’après-midi, notre voiture passe à proximité d’un lagon aux eaux rougeâtres. On y repassera plus longuement le lendemain.

Lunaire
Au refuge

La lumière se fait dorénavant plus discrète, on a roulé toute la journée.
On décide d’aller jusqu’au lagon "Vert" avant la nuit. La voiture fait une halte dans un grand complexe où des dizaines d’autres jeeps sont stationnées. Ce sera notre lieu de dîner et de repos pour la nuit. On repart à toute allure, une course-poursuite avec l’obscurité s’engage dans les chemins de terre.

Lagune bleue

On passe devant des bains d’eau chaude en plein air, mais sans s’arrêter, il faut atteindre le "Laguna verde". La piste monte et on se fraie un chemin à travers les montagnes.
Quand enfin nous arrivons, la lumière déclinante offre de belles couleurs. Un cirque de magnifiques montagnes s’offre à nous, autour d’un immense lac vert-pomme en contrebas. Le vent qui souffle nous glace les os. On restera pourtant là jusqu’à ce que le soleil soit couché.
Ensuite, la jeep repart en trombe en sens inverse. Notre pilote semble connaître par cœur la topologie du terrain et les pistes dans ce désert, même dans l’obscurité.

Perdu entre ciel et terre

On s’arrête cette fois aux bains d’eau chaude, dans lequel un groupe de touristes a l’air de se plaire. Aucun d’entre nous ne tentera l’expérience, pourtant attirante, de s’y baigner à cette heure où le fond de l’air est si frais. On plaint même ceux qui doivent en sortir mouillés pour affronter le vent redoutable avant de se sécher ! Nous nous contentons d’admirer les marécages de roseaux à proximité où les nuances de l’eau varient du vert clair au bleu foncé, entourés de cristaux.

Nous repartons vers l’auberge. Il fait désormais totalement nuit et très très froid. Les conducteurs de jeeps ont d’ailleurs recouvert les moteurs de leurs engins de bâches protectrices contre le gel.

On va pouvoir se réchauffer et manger le repas du soir.
L’endroit est un long bâtiment discontinu formé d’un réfectoire unique bordé de chambres communes de six. C’est une véritable usine, des dizaines de groupes sont là, bruyants, buvant et s’ignorant les uns les autres, pour la plupart. Le lieu est froid et légèrement venteux. Il possède une petite salle de bains rudimentaire à une extrémité et dans un coin : une prise électrique !
Une multi-prise y est accrochée où s’agglutinent de nombreux chargeurs d’appareils photo, de caméras vidéo, de musique, de téléphones portables... C’est le point de rencontre de la haute-technologie avec sa source alimentaire. Aussitôt chargés, les batteries sont remplacées par d’autres qui attendaient leur tour.

Il y a une table de libre pour nous à proximité du poële, chic !
On se contentera de soupe chaude et e quelques morceaux de viande. On boira un verre de vin avec, pourvu qu’il réchauffe, sans vraiment le désirer.
Nous nous coucherons immédiatement après le repas, dans le bruit et le froid. Malgré les nombreuses couvertures à notre disposition, on enfilera plusieurs vêtements et certains dormiront à deux dans un lit pour se tenir chaud.

Taxi du désert
Douceur

Le lendemain matin, nous sommes les derniers. Tous sont déjà partis pour admirer le salar de Uyuni au lever du soleil. Nous, nous faisons le tour de la région dans le sens inverse de celui pratiqué habituellement, nous sommes donc sur une route moins fréquentée. En s’installant dans la voiture, certains d’entre nous ont très peu dormi et souffrent du mal de l’altitude (l’altitude oscille autour de 4000 mètres), elles terminent donc leur nuit dans la voiture, n’ayant à disposition pas d’autre remède contre ce mal...

Pendant le trajet, nous admirons de somptueux volcans et nous nous arrêtons devant le lagon rouge, où les eaux sont "écarlate". Elles me rappellent une étape de raffinage dans les marais salants de Guérande, au sud de la Bretagne. Ici, l’eau ne stagne pas, il y a même de petites vagues et des flamands roses qui fouillent le fond de leur bec pour dénicher des vers à manger.

Eaux rousses

Quelques kilomètres plus loin, une nouvelle lagune, plus bleutée, nous offre un spectacle similaire : il y a encore plus de flamands qui se laissent photographier de près.

Entre deux eaux

Des volcans enneigés bordent le paysage. Dans ce décor rappelant le bord de mer et la montagne, on peine à réaliser que nous sommes toujours aux alentours de quatre mille mètres d’altitude. Dans ce somptueux paysage, nous mangeons un pic-nic sur des tables au bord de l’eau, entouré d’un vent tourbillonnant.
En reprenant la route, on passe à proximité de plusieurs autres lagunes, plus petites, mais tout aussi ravissantes. Les hautes montagnes et volcans enneigées qui nous entourent se dévoilent parfois sous des angles différents, le fil de notre route semble serpenter autour. Notre jeep file et ne s’arrête que rarement au cours de l’après-midi. Pour immortaliser ces panoramas sur des photographies, il aurait fallu s’arrêter toutes les cinq minutes.
Alors nous emplissons nos mémoires de ce spectacle.

Plus tard, les montagnes et les volcans disparaissent de notre proximité pour laisser place à un désert typique du "far west". Il y a désormais des champs de cactus et de vagues touffes d’herbe autour de notre piste. Des rochers se dresses ici et là. Mais soudain, les volcans réapparaissent au lointain, vers la frontière avec le Chili encore proche.
Nous nous arrêtons quelques instants avant de repartir dans la direction du salar de Uyuni, le plus grand désert de sel au monde, de la taille du Liban.
La voiture l’aborde pendant quelques heures en fin d’après-midi sur une sorte d’autoroute aménagée sommairement avec (probablement) un mélange de terre et de sel.
Une chose étrange m’a marquée : assez peu de "bretelles de sortie" ont été façonnées, alors quelle différence avec nos pistes habituelles ?

J’avais lu dans un guide touristique qu’il existait des hôtels de sel dans les parages, mais qu’une chambre y coûtait assez cher... Notre surprise est totale lorsque notre guide-conducteur arrête la voiture devant l’un d’eux... pour notre refuge de la nuit !
L’habitation semble flambant neuve et un ambiance tellement chaleureuse s’en dégage... on comprend qu’elle est tenue par des amis du guide. Et contrairement à la veille, seuls les passagers de deux jeeps y séjournent, soit près de la moitié de sa capacité.
Il fait relativement chaud à l’intérieur de cet ensemble mi-igloo mi-cathédrale. Et moyennant dix bolivians, nous pouvons également profiter d’une douche (relativement) chaude. Un vrai bonheur !

Le lendemain, nous dégustons notre dernier petit-déjeuner tous les six.
Pendant que nous finissons de plier bagage, le guide klaxonne d’impatience. Il ne faut pas rater le lever du soleil sur la mer de sel, mais même pour ça, il y a toujours quelqu’un qui se fait attendre tôt le matin.
Nous démarrons en trombe pour nous arrêter quelques minutes plus tard au milieu de l’étendue de sel encore gelée. Le soleil se lève à l’horizon. Le fond de l’air est toujours glacial, mais le spectacle est saisissant. A une autre saison, la lumière se serait reflété sur une couche d’eau liquéfiée à la surface du salar, qui aurait fait apparaître un "mirage".

Mer de sel

Ensuite, nous nous dirigeons vers l’ile des cactus géants. Il y a là plusieurs dizaines, voire centaines, de 4x4 comme la nôtre. Heureusement, nous allons éviter la cohue : tous ces touristes finissent leur petit-déjeuner et s’apprêtent à partir. Nous pouvons profiter de l’ile qui offre un panorama idéal sur cette mer étrange. Elle est habitée de quelques lamas et d’une flore très atypique et ancienne : un des cactus est âgé de près de 900 ans !

Un mirage

En gravissant les flancs de la petite montagne qui domine l’ile, on remarque qu’on s’essouffle très vite. L’altitude est bien de 4000 mètres !
De là-haut, on peut admirer la mer de sel qui s’étend à perte de vue. Il est assez uniforme, sauf sur la côte de l’ile où on distingue comme de l’écume immobile et séchée. Plus loin, il y a de larges cercles, peut-être des dessins gigantesques tracés par les jeeps, ou simplement par la nature elle-même.

Au bord du Styx

Après cette visite, nous repartons en jeep en plein milieu du désert pour faire quelques photos collectives, parfois avec des petits jouets pour nos amuser des effets de perspective. Il faut rappeler que dans cette étendue blanche, il n’y a aucun point de repère. Le soleil, lui, est maintenant à son zénith et, avec la complicité de son reflet sur le sel, nous brûle les yeux.
Quelques heures plus tard, nous reprenons le véhicule pour aller manger le pic-nic près d’un musée du sel. Pendant ce périple, les repas concoctés par notre guide sont à chaque fois des spécialités andines : steak de lama, assortiments de pommes de terre locales (et inconnues en Europe pour la plupart), maïs de toutes sortes, quinoa et picante, savoureux.
Par la suite, nous passons à proximité de quelques pyramides de sel, des amas consacrés à la récolte de sel de table et à travers des villages très pauvres qui vendent des tissages.
Et nous voilà maintenant à faire notre dernière étape : une promenade dans le cimetière de trains à vapeur de Uyuni. Il y a là des dizaines de vieilles locomotives rouillées, des wagons et de la ferraille autour de ce qui a été jadis une voie ferrée, probablement une des plus importantes car une mine d’argent a été exploitée pendant des siècles dans la région, à Potosí.
Cette immense décharge abandonnée est désormais une petite pièce artistique et ludique, des tôles ont été assemblées pour créer un buste, des balançoires mais aussi une immense aire de jeux pour petits et grands, ainsi qu’une source inépuisable d’inspiration pour les photographes et grapheurs qui y laissent ici et là des signatures ou petites phrases à la craie.

“Le voyage c’est la vie” Kerouac
  • Un monde en ré-évolution
  • Ferraille
  • Décharge à métaux
  • Les rouages de l’industrie
  • Nature morte
Train-train quotidien

De retour à Uyuni en fin d’après-midi, il nous reste quelques heures avant de prendre l’autobus pour La Paz. Ainsi, nous squattons un bar-restaurant pendant ce temps.
Je commence à sentir un rhume m’envahir, causé par les nuits fraîches de tous ces derniers jours. Comme remède, je prend un pichet d’eau citronnée, sans réaliser que l’eau est probablement douteuse pour mon estomac...
Après plusieurs boissons et un repas, nous voilà en chemin pour la gare routière, simplement à l’angle des rues les plus fréquentées de cette minuscule bourgade. Il y a là tellement de passage qu’il est difficile de distinguer quoi que ce soit. Nous rencontrons plusieurs personnes que nous avions fréquemment croisées ces derniers temps, toutes pressées et stressées de rater leur bus respectifs.
Lorsque nous embarquons dans le nôtre, au confort très sommaire évidemment, on signale qu’il y a un problème sur la route, qu’il va falloir faire un détour et qu’il faut payer vingt bolivians supplémentaires par personnes pour monter. Cette désagréable mais nécessaire formalité passée, nous pouvons nous installer, à l’étage, tout devant le par-brise... dommage pour la vue, il fait nuit noire !

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