Au matin, nous partons pour le lac Titicaca : les filles pour Puno, au Pérou, et moi pour Copacabana, toujours en Bolivie. J’ai rendez-vous avec une amie que je n’ai pas vue depuis dix ans, qui se trouve là par hasard. Je dois donc me dissocier de notre petit groupe et les quitter.
C’est une aventure différente qui commence, plus difficile car je n’ai pas de livre qui recommande les bonnes adresses en Bolivie, mais je suis désormais libre d’aller où je veux, sans compromis avec un groupe. Ça commence difficilement : on dit que les hôtels et auberges sont pleins à Copacabana (il y a une fête "de la Vierge") et je n’ai rien réservé. Mais on verra...

Le bus qui était sensé me prendre tôt devant l’hôtel ne vient pas, je vais donc à l’agence de voyage de la compagnie, à deux pas. Je monte dans le bus et tombe sur une touriste, hollandaise, déjà mécontente. Elle doit aller à Puno et se plaint que ce bus ne soit pas direct. Si elle savait que mes aniennes compagnons de route sont dans le bus qui lui plairait...

Moi, je ne pense qu’à ce lieu mythique : un lac à 4000 mètres d’altitude, berceau sacré des Incas, qui vénéraient avant tout la nature...
Sur la route, en arrivant aux abords du lac, on longe ses rives qui s’étalent parfois sur des dizaines de mètres de marécages et de roseaux. L’eau du lac est d’un bleu foncé
très étrange et calme.

Lac Titicaca
Vu des hauteurs de Copacabana
l’eau du lac Titicaca
Les propriétés particulières de l’eau de ce lac à 4000m d’altitude.

Le bus s’arrête et on nous indique qu’il faut traverser le lac en bateau. Le bus, à vide mais avec nos sacs, est monté sur un bac, et nous allons sur des petites embarcations d’une vingtaine de places chacune. Ça me laisse le temps de contempler de plus près cette eau mystérieuse. Les vagues sont douces et régulières, comme si l’eau était lourde. Le vent, faible, semble n’avoir aucune emprise sur la surface de ce gigantesque lac. Une fois arrivés de l’autre côté (sur une autre berge), tous les passagers se ruent vers le bus qu’ils essaient de reconnaître parmi tant. Quelle couleur déjà ? Quelle enseigne de compagnie ? Quel modèle ?
Ou, nous le retrouvons et le chauffeur compte les passagers avant de repartir. Après plusieurs heures à longer les rives et à passer des hautes collines (des montagnes ?) avoisinantes, nous arrivons à Copacabana.

Copacabana
La ville au bord du lac Titicaca
Port de Copacabana
Lors de la fête de la Vierge de Copacabana

C’est une petite ville charmante, à flanc de colline, surplombée par une petite montagne qui tombe littéralement dans le lac. Pourtant, il y règne un désordre indescriptible. Il y a d’innombrables véhicules, jusque dans le port et même sur la plage, et une multitude de gens dans les rues. Ce n’est pas la fête de l’indépendance que l’on célèbre ici cette semaine-là mais de nombreux péruviens sont venus pour bénir ou baptiser des gens, les objets, même les véhicules
auprès de la "Vierge de Copacabana".

Offrandes
Fête de la Vierge de Copacabana

Une fois sorti du car, je suis quelques voyageurs au tain "européen" et munis d’énormes sacs à dos, dans l’espoir de trouver un hébergement. Je les perd vite de vue dans la foule mais il y a des panneaux "hôtel" un peu partout dans la rue principale. Chargé de tous mes sacs, j’entre au hasard, mais partout on me répond qu’il n’y a pas de place, ni dans les dortoirs, ni chambre simple ni double. Au bout d’une dizaine d’essais, un hôtelier me demande tout de même si j’ai un sac de couchage. Évidemment ! Il me propose alors d’étendre des matelas dans une grande salle inutilisée (de réception) qui servira de dortoir. Il ajoute que, de toute façon, tous les hôtels sont pleins, mais que je peux essayer ailleurs et revenir si besoin.
C’est ce que je fais, reprenant mes sacs encombrants, arpentant les rues bondées sous le soleil accablant. Après une autre dizaine d’essais infructueux, je retourne m’installer dans le dortoir de fortune, pour 30 bolivians la nuit.

Une fois débarrassé de mon gros sac, je peux manger un morceau et continuer d’explorer les rues. Après la ville, je pars sur les petits sentiers autour et découvre qu’à côté, ces centaines de personnes sont rassemblées en file indienne pour aller jeter des confettis, du vin et des pétards sur des pierres énormes.
Sur le mont qui domine la ville, des gens font la même chose, je grime donc les voir de plus près, mais aussi pour admirer le panorama sur le lac et la ville. J’apprécie alors le luxe de me retrouver seul à choisir mon itinéraire, sans personne rétissant à la grimpette ou à la randonnée !

Campagne de Copacabana
Collines et végétation autour de cette ville au bord du lac Titicaca

J’ai deux jours devant moi avant de rencontrer Elisavet, mon amis de dix ans. Après ma dure promenade sur les flancs de la petite montagne, je me retrouve au cybercafé où je rencontre deux français qui reviennent d’une randonnée au Pérou.
Avant eux, je n’ai pas croisé spécialement d’occidentaux en ville, surtout des boliviens et des péruviens en pèlerinage.
Nous allons boire un coup ensemble et ils me racontent leurs quatre jours passés à marcher et camper sous la tente (en hiver) jusqu’au Macchu Picchu. Je suis désormais décidé, c’est ce qu’il me faut pour poursuivre l’Inca à travers son cheminement nature.
Lorsque nous décidons de dîner ensemble, nous devons d’abord passer à nos logements respectifs. Je retourne donc à mon hôtel de fortune et là, le propriétaire me dit qu’il veut aller se coucher et doit fermer. Il lui sera difficile de laisser la clé de mon dortoir. Je dois donc négocier, en espagnol, pour obtenir une heure supplémentaire afin d’aller manger. C’est le genre de limite que je n’avais pas l’habitude d’avoir dans les auberges "normales".

Je retrouve mes nouveaux amis et commence à manger alors qu’ils ont à peine commandé. Après un rapide repas, je retourne à mon hôtel à l’heure convenue et me couche avant onze heures, ce qui devient une habitude ces derniers temps !
De toute façon, je me lèverai tôt demain.

Titicaca
Vue du lac et de ses îles au lointain

Au matin, j’emporte quelques fruits secs et descends la rue jusqu’au port pour prendre un bateau vers l’Isla del Sol. Il propose justement de faire le tour de l’Isla de la Luna puis de l’île du soleil et de revenir à Copacabana.
Pour découvrir ce lieu mythique des Incas, j’aurai aimé m’installer sur une de ces îles, mais j’ai rendez-vous le lendemain matin sur la rive du lac, et les horaires de bateau ne le permettent pas...

L’isla de la Luna
Sur le lac Titicaca

Le bateau à moteur démarre. Il y a là surtout des touristes non-indigènes. Certains lient connaissance dès le départ. Moi, je reste captivé par la surface de l’eau et reste ainsi muet pour l’heure. Au bout d’une bonne heure, le bateau arrive sur l’Isla del Sol. Des voyageurs aux gros sacs à dos débarquent pour s’y installer, justement. Nous repartons immédiatement pour l’Isla de la Luna, avec quelques enfants en plus, des guides improvisés en quelque sorte.
Cette île a une forme assez particulière, avec des montagnes, une élégante taille de guêpe et un versan qui plonge dans l’eau en pente douce depuis le sommet. Elle est alimentée en électricité par des câbles à haute tension qui arrivent d’un pylone fiché sur une petite île minuscule.

L’Isla de la Luna est assez petite, mais sa végétation est luxuriante et variée. Notre petit groupe l’escalade rapidement. Je souffle une nouvelle fois pendant la modeste assenscion. J’ai encore oublié de prendre mon temps ! Nous sommes toujours à 4 000m d’altitude, mais ça me sort toujours de l’esprit sur l’Altiplano, et me revient après chaque côte, même d’ordinaire insignifiante.

  • côte de l’île de la Luna
  • Embarcadère
    Isla de la Luna, sur le lac Titicaca
  • Isla del Sol
    Vue de l’Isla de la Luna, lac Titicaca

Sur l’autre versan de la colline de l’île, il y a les restes d’un petit temple, face aux magnifiques montagnes qui bordent le lac.

Temple de la Luna
Temple avec cadran solaire, sur l’Isla de la Luna, lac Titicaca

Les enfants nous expliquent brièvement la position du temple et ses cadrans solaires, creusés dans la pierre, en forme de losanges avec douze encoches carrées.
Sous la chaleur du soleil de midi, nous redescendons péniblement de l’autre côté pour retrouver notre bateau et partir vers l’île du soleil.

Colline de l’île de Sol
Sur le lac Titicaca, l’Isla del Sol

Là, sur le petit port, il y a une cabane qui sert de cafétéria (avec terrasse en plein air) et de nombreux petits complexes hôteliers sur les falaises. Ils ne dénaturent pas "trop" l’endroit, se fondent bien dans le paysage dans des habitations locales dans le style andin, mais tout de même ! Ça change de l’île de la lune qui, elle, est restée vierge.
Je déjeune avec des argentins et une chilienne sympathiques. J’écoute surtout leurs conversations en espagnol aux différents accents et me risque parfois à formuler une petite phrase de temps en temps dans la conversation. Par la suite, la chilienne va sur l’escalier inca se faire lire les lignes de la main.
Les autres allons entamer l’ascension de l’île. Nous faisons halte à une fontaine sacrée et continuons vers le village à flanc de colline. Nous n’avons pas le temps d’aller très loin, le timing est serré. Il nous faut vite redescendre, le (dernier) bateau repart bientôt pour Copacabana.
Je rêve de revenir pour voir la côte plus sauvage de l’île et éventuellement les ruines archéologiques. C’est une île sacrée !

Etages sur lîle de Sol
Vue des collines de l’Isla del Sol, la côte du lac Titicaca au loin

De retour en ville, je retourne au cybercafé pour communiquer avec les amis, la famille à travers le monde ou sur ce continent, et j’y retrouve un groupe de français rencontrés sur le bateau. On s’échange quelque plans sur le Maccu Picchu, près de Cusco. Il paraît que certains circuits sont réservables et complets des mois à l’avance !

J’avais repéré qu’un petit bar annonçait un concert pour le début de soirée. Cela me tente plus que les festivités de "fête de village" de la place du marché. Quand j’y arrive - en avance - le groupe termine et fait passer un chapeau. Je m’étonne de ne pas pouvoir les entendre. Ainsi, je discute avec les musiciens, en espagnol, en anglais et en français (l’un d’eux a écu en France quelques temps) et ils me confient qu’ils vont rejouer un peu plus tard. Quelque morceaux après le début de leur deuxième set, l’heure fatidique de fermeture de mon hôtel approche. Je m’éclipse en saluant discrètement les musiciens qui me répondent par la pareille au micro !

Lorsque je me couche, seul dans mon immense dortoir glacé, j’entends l’autre concert, celui de la place publique accompagné de pétards et feux d’artifices. Moins à mon goût que le jazz du bar, cette musique est de la banale variété colombienne-andine. Dernièrement, j’en ai beaucoup entendu à la radio et dans les cassettes des bus.

Le lendemain matin, Elisavet doit arriver, enfin !
Nous avons prévu de prendre le bateau pour l’Isla del Sol. Je l’attends longuement au point de rendez-vous prévu. Comme le temps passe et que je ne l’aperçois toujours pas dans ce petit centre-ville, je vais au cybercafé pour prendre de ses nouvelles et lui laisser un message. Je lui suggère ainsi de me rejoindre plutôt sur l’île. Le dernier part à... 13h30, c’est à dire dans peu de temps. De retour au point de rendez-vous, je rencontre des touristes qui viennent de se faire voler des appareils photos. Un coup bien préparé avec diversion, complices et menace au couteau envers un témoin bolivien. La police ne fait rien, Copacabana est réputée pour ses pickpockets à cette époque de l’année (fête péruvienne oblige).
L’heure du dernier bateau approche. Je me ravise, je ne vais pas laisser mon amie là et embarquer pour l’Isla del Sol maintenant. Après l’heure fatidique, je la vois enfin venir au rendez-vous. Elle a eu mon message sur internet, est passée au port et ne m’ayant pas vu dans le bateau, elle est remontée ici !
Nous avons manqué le dernier bateau, mais nous nous sommes retrouvés ! Après dix ans, elle n’a pas changé !

Un peu par hasard, nous nous posons à la terrasse d’un petit restaurant très sobre. Nous y retrouvons des touristes français que j’avais rencontrés auparavant. Les conversations s’engagent en anglais, puis, très vite, en espagnol. Les discussions se séparent e deux : Elisavet et moi avons tant de choses à nous raconter que nous en oublions les autres...
Après ce repas, nous repartons vers le port pour trouver des places sur un bateau privé qui s’arrêterait sur l’île du soleil. Nous n’avons pas envie de rester à Copacabana.
Une personne nous propose un prix élevé pour la traversée, et aucun autre bateau ne semble y aller, et l’après-midi touche à sa fin. Après quelques négociations, nous embarquons enfin, accompagnés de toute la famille du conducteur.

Isla del Sol
La côte sauvage de l’île de Sol, lac Titicaca

Vers la fin de la traversée, je ne reconnais pas bien l’Isla del Sol. La lumière décline et nous prenons la direction de l’autre embarcadère, celui du Nord, beaucoup moins fréquenté. Cet endroit de l’île est peuplé de pêcheurs et d’éleveurs. Lorsque nous arrivons, le soleil est sur le point de se coucher.
Lestés de nos gros sacs à dos, nous nous frayons un chemin dans les petits sentiers escarpés découpés dans la falaise. Avec ce poids sur le dos et les effets de l’altitude, la montée est très pénible. Heureusement qu’à l’approche du sommet de la côte, nous pouvons admirer le coucher de soleil sur cette petite baie isolée.
Un peu plus loin, dans l’obscurité, nous croisons un villageois qui propose de nous héberger pour presque rien. Seul problème, il n’a pas assez de nourriture pour trois. Il s’en excuse et nous recommande d’autres auberges à deux pas.
Une fois arrivés, nous pouvons donc déjà déposer nos sacs, nous reposer et nous restaurer. De jour, il y aurait une vue imprenable sur la baie, mais à cette heure, il n’y a aucune lumière dans les environs, sauf les étoiles, resplendissantes. La voie lactée est des plus visibles et, malgré le froid, nous restons un long moment à la contempler.
Dans un minuscule restaurant, nous mangeons des spécialités locales, ayant évité les pizzerias d’amis des personnes croisées. Puis nous regagnons l’auberge pour la nuit, où tout le monde dort déjà, dans le froid glacial de la nuit.
Au matin, il n’y a évidemment pas d’eau chaude ici non-plus. Les douches sont ainsi bien revigorantes et nous pouvons ensuite explorer cette côte sauvage avec nos gros sacs sur le dos.

Village sur l’île de Sol
Vue de l’Isla de la Luna à partir de l’Isla del Sol, lac Titicaca
Village sur l’Isla del Sol
Une rue de la partie sauvage, Isla del Sol, lac Titicaca

Le petit village est magnifique de jour, très rustique, avec des moutons et les habituels chiens qui sont plus nombreux dans les rues que les passants et les enfants. Comme nous voulons partir en direction de Cusco (au Pérou) dans la journée, nous descendons rapidement vers le port principal pour consulter les horaires de bateaux. Leur nombre est limité et leurs horaires tout autant...
Avec ce poids sur le dos et les rigueurs de l’altitude, nous avons du mal à remonter nous promener dans les rues. Nous embarquons ainsi plus rapidement que prévu pour Copacabana.

  • Isla del Sol
    Vue au raz de l’eau du lac Titicaca
  • Ile minuscule
    Sur le lac Titicaca

De là, nous prenons le premier bus pour Cusco avant midi. Le premier bus longe la côte du lac jusqu’à Puno, la première ville péruvienne au bord du lac. Parfois, les rives des îles sont très proches de la côte. Le lac Titicaca est très étroit par endroits. Nous passons les douanes non sans difficulté : Elisavet doit négocier avec les gardes-frontière boliviens pour ne pas payer de "frais de séjour". En effet, le visa accorde trois mois de séjour en Bolivie, mais il faut payer s’il n’y a pas les trois tampons. Les gardes en oublient assez régulièrement sur les passeports d’occidentaux. Après une longue attente incertaine, Elisavet nous rejoint et et le bus peut repartir avec tout le monde à bord.

La ville de Puno, au bord du lac, a une réputation de vie culturelle intense (depuis un évènement international qui s’y est déroulé il y a quelques années). Nous ne nous y arrêtons uniquement pour changer de bus, et son architecture ne me fait pas une grande impression. C’est très moderne, très désuet, et les gens ont l’air aussi pauvres qu’en Bolivie.

Maison au Pérou
Vers la vallée de Cusco

Les villes que nous traversons paraissent à peine plus riches qu’en Bolivie. La plupart des maisons ne sont pas terminées : un premier étage est habité, mais des poteaux de béton armé dépassent souvent au-dessus, ébauchant un projet d’étage supérieur. Ceci semble dû à la fiscalité qui est imposée sur les constructions terminées, pas sur celles éternellement en chantier !
On peut aussi noter qu’au Pérou, les gens sont friands de vitrines teintées sur les façades de maisons. Ces vitres vieillissent vite et mal !
Les campagnes, toujours sur l’Altiplano, semblent un peu plus fertiles qu’en Bolivie. Des petits murets de pierres délimitent de minuscules champs d’élevage.

Notre autocar roulera toute l’après-midi et une bonne partie de la nuit jusqu’à Cusco.

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