Panorama de Kathmandou

Tôt le matin, nous quittons la ville et sa vallée dans un petit car. Il faut éviter le blocus organisé par les extrémistes maoïstes (contre le gouvernement, maoïste modéré). Le paysage de pentes escarpées avec des maisons partout change radicalement dès qu’on franchit le col. Désormais, les flancs de montagnes sont taillés pour la culture en étages avec peu de végétation. Je me sens brusquement passer de la ville à la campagne, sortir de la brume et quitter la pollution. Je ressens une certaine tranquillité grâce à la nature qui surgit.

Sur la route de montagne, notre petit autocar suit de haut la rivière Kitchouli (qui prend sa source au Tibet) puis une autre plus petite : Ravanste, dans la vallée d’à côté. Leur débit d’eau est faible, elles sont dans leur lit entourées de bandes de cailloux, qui seront comblées à l’époque de la mousson.

Rizières dans la vallée

La route est toujours à flanc de montagne et les terrasses autour sont rarement cultivées car l’aridité du sol ne le permet pas souvent. La production du Népal est pourtant à 90% agricole. Des petites maisons bordent sans interruption le chemin. Elles ont rarement un étage. La devanture sert souvent pour exposer des produits de commerce. On peut penser qu’une minuscule arrière-salle possède des matelas pour toute la famille. Le toit est fait de tôle ondulée parfois avec quelques pierres aux extrémités pour le maintenir. Une avancée permet d’abriter la cuisinière, une table de terre cuite en dessous de laquelle on fait un feu de bois. Plus loin, devant la maison, un tuyau et un bac permettent de se laver ou de faire la vaisselle devant les passants. Souvent, un petit abri de chaume protège une vache ou quelques chèvres.

Village de vallée

Le devant des maisons est dégagé mais quelques déchets s’amoncellent entre ou derrière, et dans la nature environnante. Des chiens sales vadrouillent dans les parages.

Et partout, les femmes sont aux fourneaux avec les enfants qui aident (l’école n’étant pas obligatoire) et les hommes parfois à proximité, parfois à discuter entre eux, parfois en promenade ou éventuellement à travailler au champ !

Dans les vallées plus distantes de la route, les maisons forment des petits villages qui paraissent un peu plus riches. Les habitations sont sur deux étages. On y remarque moins le commerce et plus l’activité agricole, très visible au creux des vallées où les petites plaines sont utilisées pour la riziculture, plus commode que les terrasses sur les pentes.Des villes modestes offres des marchés avec toujours les étals en façade des maisons proposant des fruits, des légumes des viandes et des poissons exposés à l’air libre (entourés de quelques mouches qu’on chasse sans relâche). C’est rassurant de voir ces produits « frais » remplacer les canettes de soda ! Leurs habitants y sont plus souvent habillés de manière traditionnelle.

Le marché du bourg

Comme à Kathmandou, les rues sont en terre battue le plus souvent et parfois en macadam usé et morcelé. Les câbles électriques sont innombrables et représentent généralement le seul symbole de modernité. Ils côtoient des arbres aux fleurs mauves qui apportent une touche apaisante à la rue.

Même en bordure de la route, cette flore est typiquement tropicale : les branches de arbres ont une courbure harmonieuse, enchevêtrées aux pousses de bambou géantes et variétés de citronniers géants sans fruit (pardonnez mes lacunes en botanique, je suis un citadin émerveillé). Aucun arbre ici ne ressemble à ceux que nous avons l’habitude de voir dans les zones tempérées d’Europe !

Notre bus s’est arrêté le matin à proximité d’un restaurant penché sur le vide. Devant son escalier, on remarque à peine le petit autel hindouiste avec une icône mouchetée de peinture. Nous prenons le thé sur la terrasse fleurie et baignée de soleil matinal et repartons. Le midi, il fait déjà nettement plus chaud. Nous nous arrêterons à un restaurant ouvert de toutes parts, au milieu d’un jardin à la japonaise où les fleurs arborent de multiples couleurs.

Sur la terrasse

Y faire une sieste aurait été un bonheur, mais nous craignons l’extension du blocus des maoïstes à plusieurs routes et devons reprendre le chemin pour Pokhara, la ville d’où nous devons commencer notre marche dans les montages.

Des policiers tiennent à nous « escorter » (ouvrir la route et nous accompagner), mais leur aide n’est pas très efficace, nous nous arrêtons dans une petite ville, la route est bloquée plus loin. A s’y promener, on remarque que la rue principale est très animée concentrant les marchés, mais plus on s’en éloigne, plus les rues sont désertes.

Le car repart. En sortant de la ville, on observe un rassemblement de maoïstes (gouvernementaux ceux-là) organisé sur le terrain -vague- de sport, beaucoup y affluent machinalement.

Les abords de la ville de Pokhara (au Nord-Ouest de Kathmandou, au pied des Annapurnas) sont relativement riches par rapport à ce que nous avons vu jusqu’à présent. Les habitations sont plus grandes, ont plusieurs étages et sont plus espacées dans les rues. Nous nous arrêterons juste sur un parking pour accueillir nos cinq porteurs, qui accompagneront notre randonnées ces dix prochains jours, et porteront le gros de nos bagages ! Je suis le seul à le découvrir et m’en étonner. Mais il faut se plier aux règles du groupe. Ayant rassemblé le minimum d’affaires dans un sac de randonnée, je suis pourtant mal à l’aise d’avoir des « domestiques ». Néanmoins, ces jeunes accompagnateurs locaux sauront probablement m’éclairer sur les coutumes du pays d’une manière différente de celle de notre guide. Une fine pluie commence à tomber et le départ de notre « trek » n’est plus très loin ! Je suis plus qu’impatient de pouvoir enfin quitter la route, entrer dans la nature profonde, fouler les flancs de montagnes et véritablement commencer l’aventure. Lorsque notre car arrive, la pluie s’arrête subitement. De notre groupe, chacun se prépare alors avec minutie : c’est impressionnant de voir l’équipement des randonneurs d’aujourd’hui : chaussures-chaussons, bâtons de ski, t-shirt anti-transpiration, sacs à dos ergonomiques avec une gourde munie d’un tuyau à portée de la bouche pour se déshaltérer sans s’arrêter… je dois faire pâle figure avec mon matériel de récupération, mais notre jovial doyen, Jean-Claude, esquisse un sourire, il se contente lui aussi de matériel rustique. Les porteurs, eux, ont de simples baskets !

Même avec leur technologie de pointe, certains s’inquiètent de devoir monter pendant deux heures sans échauffement ! C’est là que j’ai compris que tous ne sont pas venus ici pour une quête intérieure.

Drapeaux à prières flottant au vent

Le parcours se fait sur des escaliers d’ardoises entre les champs en étages, à traverser quelques minuscules villages qui proposent – eux aussi – des sodas et des paquets de chips. Il y a aussi les premiers drapeaux à prières et quelques arbres rhododendrons, très exotiques. Mon estomac commence à me jouer des tours, sans doute dû à la nourriture, ou à mon empressement de gravir l’Himalaya. Qu’à cela ne tienne, le paysage est si impressionnant qu’on en oublie presque tout le reste.

Notre groupe s’arrête au soir à Dhampus. La lodge est formée de deux gros bâtiments à étages. En plus des habitants qui s’occupent de la cuisine et de l’intendance, il y a là un groupe de japonais suréquipés… Nous ne sommes pas les seuls visiteurs étrangers ici. Après le thé, s’ensuit le ballet des douches (tièdes voire froides mais il fallait être dans les premiers).

La lodge

Au repas, les assistants de notre guide nous servent des « momos », des raviolis fourrés aux légumes, cuits à la vapeur. Il y a un feu de camp dehors, certains de notre groupe se joignent au petit cercle. On ne distingue pas bien qui est présent, ce sont probablement nos porteurs avec qui nous échangeons quelques timides regards dans la pénombre. Peu de discussion, la chaleur du feu et le rythme de quelques tambours suffisent à nous faire apprécier cette première nuit ensemble dans les montagnes.

Le lendemain.

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