La route de Pokhara

avril 2009

Panorama de KathmandouTôt le matin, nous quit­tons la ville et sa vallée dans un petit car. Il faut éviter le blocus orga­nisé par les extré­mis­tes maoïs­tes (contre le gou­ver­ne­ment, maoïste modéré). Le pay­sage de pentes escar­pées avec des mai­sons par­tout change radi­ca­le­ment dès qu’on fran­chit le col. Désormais, les flancs de mon­ta­gnes sont taillés pour la culture en étages avec peu de végé­ta­tion. Je me sens brus­que­ment passer de la ville à la cam­pa­gne, sortir de la brume et quit­ter la pol­lu­tion. Je res­sens une cer­taine tran­quillité grâce à la nature qui surgit.

Rizières dans la valléeSur la route de mon­ta­gne, notre petit auto­car suit de haut la rivière Kitchouli (qui prend sa source au Tibet) puis une autre plus petite : Ravanste, dans la vallée d’à côté. Leur débit d’eau est faible, elles sont dans leur lit entou­rées de bandes de cailloux, qui seront com­blées à l’époque de la mous­son.

La route est tou­jours à flanc de mon­ta­gne et les ter­ras­ses autour sont rare­ment culti­vées car l’ari­dité du sol ne le permet pas sou­vent. La pro­duc­tion du Népal est pour­tant à 90% agri­cole. Des peti­tes mai­sons bor­dent sans inter­rup­tion le chemin. Elles ont rare­ment un étage. La devan­ture sert sou­vent pour expo­ser des pro­duits de com­merce. On peut penser qu’une minus­cule arrière-salle pos­sède des mate­las pour toute la famille. Le toit est fait de tôle ondu­lée par­fois avec quel­ques pier­res aux extré­mi­tés pour le main­te­nir. Une avan­cée permet d’abri­ter la cui­si­nière, une table de terre cuite en des­sous de laquelle on fait un feu de bois. Plus loin, devant la maison, un tuyau et un bac per­met­tent de se laver ou de faire la vais­selle devant les pas­sants. Souvent, un petit abri de chaume pro­tège une vache ou quel­ques chè­vres.

Village de vallée Le devant des mai­sons est dégagé mais quel­ques déchets s’amon­cel­lent entre ou der­rière, et dans la nature envi­ron­nante. Des chiens sales vadrouillent dans les para­ges.

Et par­tout, les femmes sont aux four­neaux avec les enfants qui aident (l’école n’étant pas obli­ga­toire) et les hommes par­fois à proxi­mité, par­fois à dis­cu­ter entre eux, par­fois en pro­me­nade ou éventuellement à tra­vailler au champ !

Dans les val­lées plus dis­tan­tes de la route, les mai­sons for­ment des petits vil­la­ges qui parais­sent un peu plus riches. Les habi­ta­tions sont sur deux étages. On y remar­que moins le com­merce et plus l’acti­vité agri­cole, très visi­ble au creux des val­lées où les peti­tes plai­nes sont uti­li­sées pour la rizi­culture, plus com­mode que les ter­ras­ses sur les pentes.Des villes modes­tes offres des mar­chés avec tou­jours les étals en façade des mai­sons pro­po­sant des fruits, des légu­mes des vian­des et des pois­sons expo­sés à l’air libre (entou­rés de quel­ques mou­ches qu’on chasse sans relâ­che). C’est ras­su­rant de voir ces pro­duits « frais » rem­pla­cer les canet­tes de soda ! Leurs habi­tants y sont plus sou­vent habillés de manière tra­di­tion­nelle.

Le marché du bourg Comme à Kathmandou, les rues sont en terre battue le plus sou­vent et par­fois en maca­dam usé et mor­celé. Les câbles électriques sont innom­bra­bles et repré­sen­tent géné­ra­le­ment le seul sym­bole de moder­nité. Ils côtoient des arbres aux fleurs mauves qui appor­tent une touche apai­sante à la rue.

Même en bor­dure de la route, cette flore est typi­que­ment tro­pi­cale : les bran­ches de arbres ont une cour­bure har­mo­nieuse, enche­vê­trées aux pous­ses de bambou géan­tes et varié­tés de citron­niers géants sans fruit (par­don­nez mes lacu­nes en bota­ni­que, je suis un cita­din émerveillé). Aucun arbre ici ne res­sem­ble à ceux que nous avons l’habi­tude de voir dans les zones tem­pé­rées d’Europe !

Notre bus s’est arrêté le matin à proxi­mité d’un res­tau­rant penché sur le vide. Devant son esca­lier, on remar­que à peine le petit autel hin­douiste avec une icône mou­che­tée de pein­ture. Nous pre­nons le thé sur la ter­rasse fleu­rie et bai­gnée de soleil mati­nal et repar­tons. Le midi, il fait déjà net­te­ment plus chaud. Nous nous arrê­te­rons à un res­tau­rant ouvert de toutes parts, au milieu d’un jardin à la japo­naise où les fleurs arbo­rent de mul­ti­ples cou­leurs.

Sur la terrasseY faire une sieste aurait été un bon­heur, mais nous crai­gnons l’exten­sion du blocus des maoïs­tes à plu­sieurs routes et devons repren­dre le chemin pour Pokhara, la ville d’où nous devons com­men­cer notre marche dans les mon­ta­ges.

Des poli­ciers tien­nent à nous « escor­ter » (ouvrir la route et nous accom­pa­gner), mais leur aide n’est pas très effi­cace, nous nous arrê­tons dans une petite ville, la route est blo­quée plus loin. A s’y pro­me­ner, on remar­que que la rue prin­ci­pale est très animée concen­trant les mar­chés, mais plus on s’en éloigne, plus les rues sont déser­tes.

Le car repart. En sor­tant de la ville, on observe un ras­sem­ble­ment de maoïs­tes (gou­ver­ne­men­taux ceux-là) orga­nisé sur le ter­rain -vague- de sport, beau­coup y affluent machi­na­le­ment.

Les abords de la ville de Pokhara (au Nord-Ouest de Kathmandou, au pied des Annapurnas) sont rela­ti­ve­ment riches par rap­port à ce que nous avons vu jusqu’à pré­sent. Les habi­ta­tions sont plus gran­des, ont plu­sieurs étages et sont plus espa­cées dans les rues. Nous nous arrê­te­rons juste sur un par­king pour accueillir nos cinq por­teurs, qui accom­pa­gne­ront notre ran­don­nées ces dix pro­chains jours, et por­te­ront le gros de nos baga­ges ! Je suis le seul à le décou­vrir et m’en étonner. Mais il faut se plier aux règles du groupe. Ayant ras­sem­blé le mini­mum d’affai­res dans un sac de ran­don­née, je suis pour­tant mal à l’aise d’avoir des « domes­ti­ques ». Néanmoins, ces jeunes accom­pa­gna­teurs locaux sau­ront pro­ba­ble­ment m’éclairer sur les cou­tu­mes du pays d’une manière dif­fé­rente de celle de notre guide. Une fine pluie com­mence à tomber et le départ de notre « trek » n’est plus très loin ! Je suis plus qu’impa­tient de pou­voir enfin quit­ter la route, entrer dans la nature pro­fonde, fouler les flancs de mon­ta­gnes et véri­ta­ble­ment com­men­cer l’aven­ture. Lorsque notre car arrive, la pluie s’arrête subi­te­ment. De notre groupe, chacun se pré­pare alors avec minu­tie : c’est impres­sion­nant de voir l’équipement des ran­don­neurs d’aujourd’hui : chaus­su­res-chaus­sons, bâtons de ski, t-shirt anti-trans­pi­ra­tion, sacs à dos ergo­no­mi­ques avec une gourde munie d’un tuyau à portée de la bouche pour se déshal­té­rer sans s’arrê­ter… je dois faire pâle figure avec mon maté­riel de récu­pé­ra­tion, mais notre jovial doyen, Jean-Claude, esquisse un sou­rire, il se contente lui aussi de maté­riel rus­ti­que. Les por­teurs, eux, ont de sim­ples bas­kets !

Même avec leur tech­no­lo­gie de pointe, cer­tains s’inquiè­tent de devoir monter pen­dant deux heures sans échauffement ! C’est là que j’ai com­pris que tous ne sont pas venus ici pour une quête inté­rieure.

Drapeaux à prières flottant au ventLe par­cours se fait sur des esca­liers d’ardoi­ses entre les champs en étages, à tra­ver­ser quel­ques minus­cu­les vil­la­ges qui pro­po­sent – eux aussi – des sodas et des paquets de chips. Il y a aussi les pre­miers dra­peaux à priè­res et quel­ques arbres rho­do­den­drons, très exo­ti­ques. Mon esto­mac com­mence à me jouer des tours, sans doute dû à la nour­ri­ture, ou à mon empres­se­ment de gravir l’Himalaya. Qu’à cela ne tienne, le pay­sage est si impres­sion­nant qu’on en oublie pres­que tout le reste.

Notre groupe s’arrête au soir à Dhampus. La lodge est formée de deux gros bâti­ments à étages. En plus des habi­tants qui s’occu­pent de la cui­sine et de l’inten­dance, il y a là un groupe de japo­nais suré­qui­pés… Nous ne sommes pas les seuls visi­teurs étrangers ici. Après le thé, s’ensuit le ballet des dou­ches (tièdes voire froi­des mais il fal­lait être dans les pre­miers).

La lodge

Au repas, les assis­tants de notre guide nous ser­vent des « momos », des ravio­lis four­rés aux légu­mes, cuits à la vapeur. Il y a un feu de camp dehors, cer­tains de notre groupe se joi­gnent au petit cercle. On ne dis­tin­gue pas bien qui est pré­sent, ce sont pro­ba­ble­ment nos por­teurs avec qui nous échangeons quel­ques timi­des regards dans la pénom­bre. Peu de dis­cus­sion, la cha­leur du feu et le rythme de quel­ques tam­bours suf­fi­sent à nous faire appré­cier cette pre­mière nuit ensem­ble dans les mon­ta­gnes.

Le len­de­main.

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