De Dhampus à Landruk

avril 2009

Au matin, notre guide nous réveille au lever du soleil pour admi­rer la chaîne des Annapurnas sortie des nuages. Les som­mets sont dans le loin­tain, mais leur immen­sité est sidé­rante, on en dis­cerne la beauté des traits peints par le soleil sur la roche. Tous sont sans voix devant ce spec­ta­cle gran­diose car s’en rap­pro­cher le plus pos­si­ble repré­sente le but de notre ran­don­née. Pendant la nuit, j’ai été pris de nau­sées et me suis levé plu­sieurs fois. Et j’ai appa­rem­ment ronflé entre-temps ! Mon colo­ca­taire de cham­bre, Jean-Claude, est très mécontent de mon agi­ta­tion, ce qui est préoc­cu­pant pour quelqu’un de calme et jovial. J’ai dû boire de l’eau cou­rante la veille, ça me rap­pelle que je suis occi­den­tal et pas accou­tumé au pays.

Les enfants de la famille qui tient la lodge essayent de m’appren­dre quel­ques rudi­ments de népa­lais : « Namasté » (bon­jour/au revoir), « Daniabat » (merci)… Nous par­tons trop vite et quit­tons ainsi les cultu­res en étages pour nous enfon­cer dans une forêt clair­se­mée. Elle est com­po­sée en majo­rité de rho­do­den­drons. Les peti­tes pous­ses sont rec­ti­li­gnes, les feuilles rap­pel­lent le lau­rier mais en plus allon­gées.

RhododindronLes vieux arbres ont des bran­ches aux cour­bu­res envoû­tan­tes. Leur tronc est recou­vert d’une mousse qui res­sem­ble à une four­rure pen­dant des bran­ches. Leurs fleurs sont rouges mais malgré la saison, elles sont rares, sauf à la cime des arbres.

Dans cette forêt d’aspect typi­que­ment asia­ti­que, il y a peu d’autres varié­tés de plan­tes, à part des mous­ses sur les pier­res, des fou­gè­res et quel­ques peti­tes fleurs et par­fois quel­ques orchi­dées nichées sur les bran­ches de rho­do­den­dron. Cette forêt ances­trale ne laisse que très peu passer de lumière. Elle a une allure sur­na­tu­relle, har­mo­nieuse, mais tor­tu­rée aussi. On devine les cica­tri­ces d’un pays à l’his­toire mou­ve­men­tée.

Nos che­mins, en zone fores­tière ou déga­gée, tou­jours au bord du pré­ci­pice, sont pavés d’ardoi­ses lui­sant au soleil. On les croi­rait recou­ver­tes de nacre ou argen­tées.

Notre pro­ces­sion sur les pentes de la mon­ta­gne remonte la vallée, tra­ver­sant des cours pavées de mai­sons qui ser­vent sou­vent d’épicerie. Les enfants des vil­la­ges sont tou­jours polis et saluent les pas­sants, les parents sont plus dis­tants avec les étrangers car occu­pés aux tâches quo­ti­dien­nes qui, il est vrai, les acca­pa­rent beau­coup.

Nous nous arrê­tons en milieu de mati­née pour pren­dre un thé et quel­ques fruits secs. Des vil­la­geois étalent des bijoux et des objets tibé­tains sur un drap au soleil. Et après le repas de midi, nous devons repar­tir rapi­de­ment car le ciel se couvre de nuages et la pluie menace, nous pous­sant tou­jours en avant. Nous n’aurons pas vrai­ment vu les som­mets, mais j’espère dépas­ser la couche nua­geuse, ces pro­chains jours.

Le chemin sort de la forêt, on retrouve les zones de culture. Notre iti­né­raire des­cend au creux de la vallée, croi­sant des vil­la­geois et quel­ques ran­don­neurs de toutes natio­na­li­tés, à tra­vers des vil­la­ges de ter­ras­ses pavées, de mai­sons aux toits en ardoi­ses. Des cahu­tes pour ani­maux sont faits de murs de bois ou de bambou avec des toits en chaume.

Cultures en étages

Pour fran­chir la rivière, on doit tra­ver­ser un pont de bois sus­pendu d’une dizaine de mètres de long. Les sujets au ver­tige sont mal à l’aise car ça remue et rap­pelle les films d’aven­tu­res dans la jungle. Les autres s’en amu­sent ! On remonte sur l’autre ver­sant pour attein­dre notre étape du soir. Le vil­lage, Landruk, comme tou­jours, s’étale sur la pente de la mon­ta­gne.

Après une bière sur la ter­rasse de la lodge avec Stéphane, un membre dis­cret du groupe de mon âge, je pars explo­rer le vil­lage. Un chemin ser­pente entre les mai­sons dont les larges ter­ras­ses sont des endroits de ren­contres : ici, on joue à une sorte de billard où il faut pous­ser un palet avec les doigts ; là, est ins­tallé un « Communication Center » avec un télé­phone por­ta­ble fiché dans un bâton de bambou. A côté, il y a une cahute abri­tant quatre ordi­na­teurs dont deux avec des écrans plats !

Notre seconde lodge res­sem­ble à la pre­mière : deux bâti­ments for­mant un angle droit don­nant sur une large ter­rasse pavée sur­plom­bant le vide. Nos cham­bres (une pour deux) sont à l’étage. Le réfec­toire où nous dînons est vitré. Des cou­pu­res d’électricité inter­rom­pent notre repas… Mais en allu­mant des bou­gies, l’ambiance est plus cha­leu­reuse, je plains le quo­ti­dien des népa­lais pour qui c’est chose cou­rante, en ville comme à la mon­ta­gne. Il y a pour­tant de l’eau chaude, ali­men­tée par les pan­neaux solai­res, ce qui est rare.

Lodge Après le repas, nos por­teurs met­tent de la musi­que (moderne) aux sono­ri­tés indien­nes et se met­tent à danser. Certains de notre groupe les rejoi­gnent mais la fête ne durera pas très long­temps. Les tenan­ciers de la lodge sont appa­rem­ment cou­chés sauf la jeune fille qui a l’air de bien connaî­tre les assis­tants de notre guide (eux, connais­sent tous les jeunes des vil­la­ges avoi­si­nants, à com­men­cer par les filles). Plus tard, tous les jeunes du vil­lage sillon­nent les ruel­les en tapant sur des cas­se­ro­les, cym­ba­les de for­tune et tout ce qui peut faire du tin­ta­marre. Un des por­teurs me confie que c’est une cou­tume pour chas­ser les fan­tô­mes (les mau­vais esprits). Les habi­tants de la lodge se relè­vent et se joi­gnent à eux. La pro­ces­sion (ani­miste ?) pour­suit son chemin et on n’entend main­te­nant plus que quel­ques chiens dans la nuit apai­sée.

Le len­de­main.

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