Mercredi 1er - 4 août

août 2012

Quartier des affaires Le bus arrive à la gare rou­tière en milieu de mati­née, plus de douze heures après notre départ. La nuit a été rude et nous n’arri­vons à dormir qu’à l’appro­che de l’arri­vée. À peine avons-nous déposé le pied sur le ter­mi­nal de bus de La Paz que deux d’entre nous vont ache­ter des billets pour notre des­ti­na­tion sui­vante : le lac Titicaca.
Comme l’avait recom­mandé un guide tou­ris­ti­que, très sévère avec les habi­tants de la ville, nous embar­quons dans un taxi "label­lisé" vers l’auberge de jeu­nesse que nous avions repé­rée dans le guide quel­ques temps aupa­ra­vant. Elle se situe dans LA rue tou­ris­ti­que de La Paz et arri­vés là, un peu apeu­rés de la vétusté des envi­rons, nous nous ravi­se­rons et choi­si­rons plutôt un hôtel qui parait très propre, avec du marbre et des déco­ra­tions à l’accueil.
Il est temps de nous repo­ser de ce voyage et de ralen­tir le rythme pour quel­ques jours. Dès que nous nous posons dans les cham­bre (de deux), nous enta­mons tous une sieste pour ter­mi­ner la nuit trop courte. Ensuite, les dou­ches sont légè­re­ment tièdes, la télé­vi­sion ne fonc­tionne pas dans notre cham­bre (ce qui ne m’empê­chera pas de dormir) et glo­ba­le­ment, le "luxe" nous fait déchan­ter.

Esprits

tumulte
Dans la rue, grouillante de monde, il y a de nom­breux stands de mar­chés sur les trot­toirs avoi­si­nants, enfin, sur pres­que tous les pas­sa­ges pié­tons. On devi­nera que la voie réser­vée aux auto­mo­bi­les est par­ta­gée. On y vend des tis­sa­ges, des objets style "inca" pour les tou­ris­tes, des ins­tru­ments de musi­que, et un peu de tout, selon les rues. Juste à côté, il y a de nom­breux maga­sins du marché des sor­ciè­res. Des fœtus de lama sont expo­sés bien en vue, on brûle du bois odo­rant, expose toutes sortes d’objets rituels pour la Pachamama, mais aussi pour éloigner les mau­vais esprits, s’atti­rer les faveurs d’autres, la for­tune, l’amour, ainsi que des potions médi­ci­na­les... sans oublier les sacs de feuilles de coca. La ville est lit­té­ra­le­ment enva­hie par les mar­chés de fruits, de légu­mes, pro­duits d’entre­tien, de maté­riaux pour le bâti­ment et que sais-je encore...

Etalage de légumes Sous la toile Pèle-mêle Stock Inventaire Une curiosité
La Paz, au fond de la cuvette

La Paz est une cuvette (un canyon plutôt) dans l’Altiplano. Le centre-ville est tout au fond (à trois mille deux cent mètres d’alti­tude) et les alen­tours s’étalent à flanc de mon­ta­gne. Les ban­lieues sont tout en haut, jusque sur le plat (à quatre mètres d’alti­tude) ainsi que l’Alto, l’aéro­port, le bien-nommé ! Le quar­tier tou­ris­ti­que est désert le soir, ceux qui sor­tent vont pro­ba­ble­ment ailleurs en taxi. Les rues n’y sem­blent pas très sûres après la nuit tombée, la plu­part des maga­sins ont rentré tous leurs objets expo­sés en devan­ture, ce qui accen­tue l’impres­sion de vide. Tandis que cer­tai­nes décou­vrent la culture catho­di­que d’Amérique du Sud et Centrale, j’ai le temps de réa­li­ser la len­teur de la connexion inter­net de l’unique ordi­na­teur de l’hôtel.

Décorations Il y a un petit musée d’arts moder­nes qui pré­sente un style "inca" subtil, mais très pré­sent. On m’avait recom­mandé le musée de la coca, juste au bord du quar­tier tou­ris­ti­que. Il se trouve dans un joli patio d’une jolie maison en bois, déco­rée et peinte de cou­leurs vives. Personne ne tient à m’y accom­pa­gner, pro­ba­ble­ment à cause de la mau­vaise répu­ta­tion de la cocaïne, un dérivé de cette plante tra­di­tion­nelle. Pourtant, j’y appren­drai des choses extrê­me­ment impor­tan­tes sur la culture andine... La "mama­coca" établissait un lien spi­ri­tuel direct entre les gens du peuple et le monde divin, qu’elle a influencé toute la créa­tion arti­sa­nale et artis­ti­que, et qu’elle a ensuite été inter­dite par l’Église catho­li­que, dès l’arri­vée des colons. Lorsque les espa­gnols ont décou­vert l’iné­pui­sa­ble mine d’argent de Potosí et ont forcé les popu­la­tions loca­les à y tra­vailler dans des condi­tions inhu­mai­nes, la mas­ti­ca­tion de la coca a de nou­veau été auto­ri­sée pour per­met­tre aux indi­gè­nes de sup­por­ter les jour­nées de tra­vail de... 48 heures !
Outre la des­crip­tion de la fabri­ca­tion de cocaïne, ainsi que ses méfaits sur l’orga­nisme et la société, on y apprend que la mul­ti­na­tio­nale Coca-Cola importe tou­jours envi­ron cinq cent tonnes de feuilles de coca boli­vienne. Dans sa célè­bre bois­son, la cocaïne a été aban­don­née il y a cent ans, mais il sem­ble­rait que la coca fasse tou­jours partie de sa recette mys­tère. A moins que ce ne soit pour les dis­crè­tes filia­les phar­ma­ceu­ti­ques de l’entre­prise...
Il faut se sou­ve­nir qu’en paral­lèle, les États-Unis sont actuel­le­ment en conflit avec la Bolivie sur le sujet de la coca. Ils récla­ment la des­truc­tion de ces plan­ta­tions tandis qu’Evo Moralès, le pré­si­dent boli­vien, reven­di­que sa culture sous sa forme ances­trale. Avant d’être pré­si­dent, il a été éleveur de lamas et culti­va­teur de coca.

La Paz panoramique

Une autre curio­sité de la ville nous a mar­qués : les gros­ses inter­sec­tions sont régu­lées par des per­son­nes dégui­sées en zèbres aux feux tri­co­lo­res ! Ailleurs, il n’y a pas de signa­li­sa­tion et une forme d’anar­chie règne.

Avant la fin de notre séjour à La Paz, Laure et moi par­tons voir des ruines de la civi­li­sa­tion pré-inca Tihuanaku, à quel­ques dizai­nes de kilo­mè­tres de là. Comme les bus qui y vont ne par­tent pas de la gare rou­tière, et que nous sommes en retard, nous devons pren­dre en catas­tro­phe un taxi pour aller au départ de cette des­ti­na­tion.
Là, nous arri­vons évidemment trop tard pour le bus régu­lier. Laure négo­cie alors avec le gui­che­tier d’une com­pa­gnie de "col­lec­ti­vos" qui pos­sède quel­ques petits bus d’une dizaine de places pour nous y rendre. En ville, on ne compte plus le nombre de com­pa­gnies et de col­lec­ti­vos.
Pour le moment, nous sommes deux pas­sa­gers et nous vou­drions partir le plus vite pos­si­ble. Le chauf­feur vou­drait rem­plir son bus avant de partir. Comme nous mena­çons alors de récla­mer le rem­bour­se­ment de nos billets et d’aban­don­ner ce petit voyage (d’une demi-jour­née), le mini-bus démarre enfin et va cher­cher ailleurs ses pas­sa­gers sup­plé­men­tai­res.
Il s’arrête un peu plus loin sur une grande avenue de la ban­lieue, sur l’Altiplano, à proxi­mité des défi­lés de majo­ret­tes et des clas­ses d’élèves qui s’entraî­nent pour la fête natio­nale d’indé­pen­dance, quel­ques jours plus tard.

Défilé de fête nationale
Défilé de fête nationale

Les minu­tes pas­sent et le bus, arrêté, peine à se rem­plir. Finalement, contre toute attente, c’est chose faite et nous pou­vons partir et nous frayer un chemin à tra­vers le défilé. La conduite d’un véhi­cule, dans cette ville, néces­site des talents de pilo­tage et une patience à toute épreuve.

Après plu­sieurs heures, nous arri­vons à des­ti­na­tion, les der­niers à des­cen­dre. Tous se sont arrê­tés dans de minus­cu­les loca­li­tés où il y a à peine une ou deux mai­sons.

Site archéologique Tihuanaku

Statue du site archéologique Tihuanaku Nous payons le for­fait pour visi­ter le site archéo­lo­gi­que et les musées. Le site est com­posé de plu­sieurs buttes et nous laisse une pre­mière impres­sion d’un tas de vieilles pier­res. Il est déjà si tard que le site s’apprête à fermer. Nous nous diri­geons vers le musée des céra­mi­ques qui reste ouvert encore un demi-heure.
Là, il y a quel­ques com­pa­ra­tifs his­to­ri­ques entre les dif­fé­ren­tes civi­li­sa­tions du globe. Les Tihuanakus ont pros­péré autour des berges du lac Titicaca depuis trois mille ans. Les Incas en étaient les des­cen­dants.
Certaines céra­mi­ques, par­ti­cu­liè­re­ment les repré­sen­ta­tions d’ani­maux et d’humains sty­li­sées, sont remar­qua­bles. La même influence de la coca sur l’ins­pi­ra­tion est ici aussi fla­grante !

Site archéologique Tihuanaku Site archéologique Tihuanaku
Mur du site archéologique Tihuanaku

Couleurs du soir Lorsque le musée ferme, il ne reste plus que quel­ques employés sur le site. Il nous faut trou­ver un col­lec­tivo pour ren­trer à La Paz. Nous nous diri­geons vers la place du vil­lage où quel­ques per­son­nes atten­dent. Des mini-bus pas­sent et embar­quent quel­ques per­son­nes. Ils vont vers d’autres direc­tions. Approche le cou­cher du soleil, puis notre véhi­cule pour La Paz, c’est la cohue. Chacun veut y avoir une place et une pauvre per­sonne reste sur place. Le bus est archi-plein. Après une rude négo­cia­tion, cette per­sonne y entre tout de même. On est très serrés, mais cette fois-ci, le prix est rai­son­na­ble ! Nous payons le prix cou­rant, pas celui des excu­sions pour tou­ris­tes.
Des gens des­cen­dent au fur et à mesure du trajet, ce qui désem­plit le col­lec­tivo petit à petit.

Collines de La Paz

En arri­vant à La Paz, le ter­mi­nus est un endroit où des dizai­nes, des cen­tai­nes, de col­lec­ti­vos s’entas­sent, arri­vent et par­tent. Le traf­fic est anar­chi­que. C’est chacun pour soi et les pié­tons et les chiens errants doi­vent faire atten­tion, les véhi­cu­les vont et vien­nent de par­tout. Nous nous arrê­tons dans une des rues avoi­si­nan­tes pour manger quel­que chose, dans une sorte de bras­se­rie-can­tine et cher­chons ensuite un autre col­lec­tivo pour nous rendre dans le centre-ville. Malgré l’heure tar­dive, c’est la même cohue. Nous ne reconnais­sons aucune rue. La seule indi­ca­tion qui signale que nous sommes dans la bonne direc­tion est que... les rues des­cen­dent !
Au pas­sage, un magni­fi­que pano­rama noc­turne s’offre à nous : une vue du haut de la ville, comme un écrin de mil­liers de lumiè­res qui scin­tillent dans la cuvette.
Nous des­cen­dons dans les rues, tou­jours rem­plies d’innom­bra­bles mar­chés sur les trot­toirs des ruel­les. Le col­lec­tivo se fraye un pas­sage entre les autres véhi­cu­les et s’arrête. C’est son ter­mi­nus.
Nous ne sommes pas sûrs d’être près de notre hôtel, mais on pense en être proche. Nous nous arrê­tons dans un petit bar animé, c’est ven­dredi et la veille d’un grand wee­kend. Un homme, bien habillé mais déjà assez éméché, nous pro­pose de par­ta­ger sa table. Nous res­tons le temps d’une bière grand-format, le seul dis­po­ni­ble d’ailleurs. Le cra­va­teux boli­vien est trop saoul. Il nous pro­pose bien d’aller visi­ter sa maison et de tester ses deux pis­ci­nes, mais sans façon...
Nous finis­sons à pieds.

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