Samedi 14 – mercredi 18 juillet

juillet 2012

Tôt le matin, j’ai pro­fité du petit déjeu­ner de l’auberge. Ce fut très copieux et n’a rien à envier à la France, avec ses crois­sants recou­verts de miel et sa confi­ture de cara­mel… le Dulce. Les gens arri­vè­rent petit à petit pen­dant que je m’essayais à devi­ner de quelle natio­na­lité étaient les gens qui s’ins­tal­lè­rent. À ma table, on s’échangea quel­ques mots en anglais ou en espa­gnol, que j’écoutais plus que je ne le par­lais.

la Terrasse de l'auberge Portal Del Sur
la Terrasse de l’auberge Portal Del Sur

À côté de cette salle, il y avait une ter­rasse, où un froid redou­ta­ble régnais, malgré le soleil qui se leva timi­de­ment. Et encore à proxi­mité il y avait dans le cou­loir une énorme carte de la ville (qui est gigan­tes­que), un jeu de baby-foot et deux ordi­na­teurs. C’est d’ici qu’on pre­nais le plus d’infor­ma­tions des contacts en ville, des nou­vel­les d’ailleurs… c’était étonnant de voir les pré­sents à l’autre bout du monde sur inter­net, à cette heure mati­nale. En France, c’est la nuit ! Et l’été…

Bref, j’avais des curio­si­tés tou­ris­ti­ques à explo­rer dans cette ville.

L’auberge se situait dans le centre-ville, près de la place 25 de Mayo, le siège du gou­ver­ne­ment et le point de ren­contre des mani­fes­ta­tions.

La place du gouvernement
La place du gouvernement

Outre les impo­sants bâti­ments admi­nis­tra­tifs sans charme par­ti­cu­lier, la cathé­drale un peu coin­cée entre eux, le parc au centre était coupé en deux par des grilles mobi­les. C’étaient des éléments anti-émeute, mais qui ont dû être lais­sés là, depuis la der­nière mani­fes­ta­tion et en atten­dant la pro­chaine. J’ai aussi remar­qué des ban­de­ro­les (qui récla­maient le gel des frais uni­ver­si­tai­res) et un petit enclos de toiles, pro­ba­ble­ment occupé par des mili­tants mais peu animé en ces jours hiver­naux. Voilà une chose impres­sion­nante : je ne pou­vais m’empê­cher de penser que c’est régu­lier et pro­ba­ble­ment par­fois vio­lent. Le peuple sud-amé­ri­cain doit avoir gardé la vita­lité des mou­ve­ments sociaux et sa méfiance des gou­ver­ne­ments. J’igno­rais la situa­tion poli­ti­que pré­cise du pays à ce moment.

Les pro­me­na­des de tou­ris­tes démar­rent natu­rel­le­ment par cette place. Mais comme les pas­sants avaient l’air de ne pas y prêter atten­tion – ou d’y être habi­tués – je pas­sais mon chemin en atten­dant d’éclaircir cette inter­ro­ga­tion plus tard.

Je suis parti en direc­tion de l’avenue Florida, où de nom­breux habi­tant pro­po­saient d’échanger des Pesos argen­tins contre des Dollars ou des Euros. Cela devait avoir une grande valeur à leur yeux. Je com­men­çais à me douter que pour eux, il était plus dif­fi­cile d’échanger des devi­ses que pour moi. Cette rue pié­tonne com­mer­çante n’avait pas l’air dif­fé­rente de toutes les autres à tra­vers le monde, je suis vite partis vers les quais d’un canal. Ils ont été réa­mé­na­gés de façon "bran­chée chic" et bor­daient le quar­tier d’affai­res, très moderne. Les gratte-ciel étaient froids et quel­conques, la cir­cu­la­tion bruyante. Mais au delà, il y avait une réserve natu­relle avant le fleuve, très touf­fue et pres­que inac­ces­si­ble.

Voilà pour le centre-centre tou­ris­ti­que recom­mandé par le guide !

Une salle commune
Une salle commune

J’ai pré­féré ren­trer à l’auberge pour y faire des ren­contres. Il y avait là de nom­breux bré­si­liens, venus étudier l’espa­gnol pen­dant quel­ques mois à l’uni­ver­sité, des fran­çais, quel­ques amé­ri­cains, alle­mands et des argen­tins. Nous avons passé du temps à nous raconter les expé­rien­ces dans le pays (sur­tout ceux qui ren­traient d’un péri­ple comme celui que je m’apprê­tais à faire), à nous appren­dre des jeux de cartes… La langue com­mune est l’espa­gnol mais aussi l’anglais par­fois.

les étages
les étages

Mais il y a un sujet qui reve­nait dans les conver­sa­tions. On l’a dit, beau­coup pos­sé­daient des petits guides tou­ris­ti­ques sur la ville, l’auberge en prête même le cas échéant… On trouve dans tous un petit enca­dré qui sou­leva beau­coup d’inquié­tu­des : il met­tait en garde contre les pick-pockets et des dan­gers que repré­sen­te­rait le quar­tier de La Boca ! Ceux qui s’y sont rendus par­laient ainsi de la police qui veillait à ce que les "grin­gos" ne s’écartent pas de la rue tou­ris­ti­que. Il y aurait à peine quel­ques mai­sons pein­tes avec des cou­leurs vives, cha­cune d’une teinte dif­fé­rente. Pour l’his­toire, c’était un quar­tier por­tuaire dans lequel les marins de retour de mer uti­li­saient les restes de pein­ture des bateaux pour leur mai­sons. Le quar­tier était paraît-il très pauvre et par­ti­cu­liè­re­ment déla­bré. L’autre attrac­tion est son stade de foot­ball. Il a vu émerger le dieu local : Diego Maradona !

Cela aurait été un peu démo­ti­vant de véri­fier par soi-même. Sur le chemin qui y mène, j’ai été arrêté par le charme du quar­tier de San Telmo. Les murs y étaient certes décré­pis mais sur­tout, des graf­fi­tis les ornaient de mes­sa­ges esthé­ti­ques et reven­di­ca­tifs. Ce quar­tier ne res­sem­blait pas à ce que j’avais vu jusque là de Buenos Aires et ses immen­ses ave­nues. Les rues étaient plus étroites et de peti­tes places se cachaient dans ce "vil­lage alter­na­tif". Les petits res­tau­rants et bars étaient par­fois agré­men­tés de char­man­tes cours inté­rieu­res fleu­ries !

De l’auberge, de petits grou­pes cos­mo­po­li­tes se for­maient le matin pour aller explo­rer les quar­tiers plus loin­tains de la ville, selon les affi­ni­tés ou les des­ti­na­tions. Ainsi, pen­dant une petite semaine, j’ai arpenté Buenos Aires avec une archi­tecte de Lyon et un chan­teur d’opéra de Hambourg, tous deux de mon âge.

Un boulevard de Buenos Aires

Au pro­gramme : l’explo­ra­tion du gigan­tes­que réseau de bus, un musée des arts moder­nes d’Amérique du Sud, quel­ques res­tau­rants, le cime­tière et quel­ques milles autres petits lieux sur le chemin du grand quar­tier de Palermo.

La ville était un qua­drillage d’immen­ses rues qui étaient par­fois cour­bes, chan­geaient de noms lorsqu’on abor­dait un nou­veau quar­tier mais pas tou­jours. Elle regor­geait de peti­tes bou­ti­ques – cer­tai­nes des boui-bouis, d’autres de somp­tueu­ses librai­ries, de res­tau­rants ou des maga­sins d’habits. Elle grouillait de gens aima­bles et cha­leu­reux. La cir­cu­la­tion auto­mo­bile géné­rait un vacarme ambiant continu, mais sans paraî­tre trop stres­sant, toutes pro­por­tions gar­dées.

Le fameux quar­tier de Palermo (en fait, triple) était réputé "bran­ché". Ses bâti­ments sem­blaient peu élevés, un ou deux étages au maxi­mum, cer­tains mai­sons d’un style archi­tec­tu­ral "colo­nial" et d’autres moderne et osé. Ces der­niè­res étaient dis­sé­mi­nées dans cette véri­ta­ble ville dans la ville, à côté du reste légè­re­ment défraî­chi. Il y avait là quel­ques bou­ti­ques osten­si­ble­ment "design" et c’était parait-il l’endroit où se dérou­laient des nom­breu­ses fêtes, pro­ba­ble­ment dans les bars et les appar­te­ment des "bobos" (le terme n’est pas local, mais on ne pou­vait s’empê­cher de faire le rap­pro­che­ment).

Nous avons laissé cer­tains aspects de la ville de côté pour l’ins­tant. Le temps s’était vite écoulé et j’ai pensé me faire une opi­nion plus tard et m’impré­gner un peu plus de cette ville, fin août.

Mes com­pa­gnons de voyage, Laure, Jonathane et Naike arri­vè­rent à quel­ques jours d’inter­valle. J’eu le temps d’aper­ce­voir Tigre, la petite ville située à l’embou­chure du fleuve avant de partir avec elles pour Mendoza – à l’ouest du pays.

Tigre
Tigre

La visite de Tigre m’a permis de voir, le long de la voie ferrée un impor­tant bidon-ville. Ses rues était très déla­bré, certes, mais les habi­ta­tions étaient par­fois cons­trui­tes avec beau­coup d’ingé­nio­sité et sans com­mune mesure avec l’image qu’on pou­vait s’en faire. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que ce que nous , euro­péens, appe­lons avec hor­reur et dédain "favel­las" ou "bidon-villes", nous en avions aussi en Europe et des bien plus "sales" – les camps de Roms par exem­ple – mais nous refu­sons de leur donner un nom, comme si leur exis­tence pou­vait être niée de cette façon. Les bidon-villes de Buenos Aires sem­blaient moins fra­gi­les et pré­cai­res que les nôtres ; pro­ba­ble­ment qu’ils ne subis­sent pas les assauts inces­sants des forces de l’ordre…

De retour à la gare cen­trale, j’ai eu juste le temps de me perdre dans les pan­neaux d’affi­chage de mil­liers d’auto­cars qui par­taient dans tout le pays. Heureusement pour moi que notre bus fut annoncé après son heure sup­po­sée de départ ! Mais j’ai retrouvé mon "groupe" et l’auto­car dans lequel nous mon­tons pour envi­ron treize heures est d’un luxe sur­pre­nant.

En route pour Mendoza ! La ville du vin à la fron­tière chi­lienne, au bord des Andes.

Le jour sui­vant.

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