[ [ [ Samedi 14 – mercredi 18 juillet - Yannis Lehuédé

Tôt le matin, j’ai profité du petit déjeuner de l’auberge. Ce fut très copieux et n’a rien à envier à la France, avec ses croissants recouverts de miel et sa confiture de caramel… le Dulce. Les gens arrivèrent petit à petit pendant que je m’essayais à deviner de quelle nationalité étaient les gens qui s’installèrent. À ma table, on s’échangea quelques mots en anglais ou en espagnol, que j’écoutais plus que je ne le parlais.

la Terrasse de l’auberge Portal Del Sur
wille.blog.br

À côté de cette salle, il y avait une terrasse, où un froid redoutable régnais, malgré le soleil qui se leva timidement. Et encore à proximité il y avait dans le couloir une énorme carte de la ville (qui est gigantesque), un jeu de baby-foot et deux ordinateurs. C’est d’ici qu’on prenais le plus d’informations des contacts en ville, des nouvelles d’ailleurs… c’était étonnant de voir les présents à l’autre bout du monde sur internet, à cette heure matinale. En France, c’est la nuit ! Et l’été…

Bref, j’avais des curiosités touristiques à explorer dans cette ville.

L’auberge se situait dans le centre-ville, près de la place 25 de Mayo, le siège du gouvernement et le point de rencontre des manifestations.

La place du gouvernement
carte postale eBay

Outre les imposants bâtiments administratifs sans charme particulier, la cathédrale un peu coincée entre eux, le parc au centre était coupé en deux par des grilles mobiles. C’étaient des éléments anti-émeute, mais qui ont dû être laissés là, depuis la dernière manifestation et en attendant la prochaine. J’ai aussi remarqué des banderoles (qui réclamaient le gel des frais universitaires) et un petit enclos de toiles, probablement occupé par des militants mais peu animé en ces jours hivernaux. Voilà une chose impressionnante : je ne pouvais m’empêcher de penser que c’est régulier et probablement parfois violent. Le peuple sud-américain doit avoir gardé la vitalité des mouvements sociaux et sa méfiance des gouvernements. J’ignorais la situation politique précise du pays à ce moment.

Les promenades de touristes démarrent naturellement par cette place. Mais comme les passants avaient l’air de ne pas y prêter attention – ou d’y être habitués – je passais mon chemin en attendant d’éclaircir cette interrogation plus tard.

Je suis parti en direction de l’avenue Florida, où de nombreux habitant proposaient d’échanger des Pesos argentins contre des Dollars ou des Euros. Cela devait avoir une grande valeur à leur yeux. Je commençais à me douter que pour eux, il était plus difficile d’échanger des devises que pour moi. Cette rue piétonne commerçante n’avait pas l’air différente de toutes les autres à travers le monde, je suis vite partis vers les quais d’un canal. Ils ont été réaménagés de façon "branchée chic" et bordaient le quartier d’affaires, très moderne. Les gratte-ciel étaient froids et quelconques, la circulation bruyante. Mais au delà, il y avait une réserve naturelle avant le fleuve, très touffue et presque inaccessible.

Voilà pour le centre-centre touristique recommandé par le guide !

Une salle commune
Portal del Sur

J’ai préféré rentrer à l’auberge pour y faire des rencontres. Il y avait là de nombreux brésiliens, venus étudier l’espagnol pendant quelques mois à l’université, des français, quelques américains, allemands et des argentins. Nous avons passé du temps à nous raconter les expériences dans le pays (surtout ceux qui rentraient d’un périple comme celui que je m’apprêtais à faire), à nous apprendre des jeux de cartes… La langue commune est l’espagnol mais aussi l’anglais parfois.

les étages

Mais il y a un sujet qui revenait dans les conversations. On l’a dit, beaucoup possédaient des petits guides touristiques sur la ville, l’auberge en prête même le cas échéant… On trouve dans tous un petit encadré qui souleva beaucoup d’inquiétudes : il mettait en garde contre les pick-pockets et des dangers que représenterait le quartier de La Boca ! Ceux qui s’y sont rendus parlaient ainsi de la police qui veillait à ce que les "gringos" ne s’écartent pas de la rue touristique. Il y aurait à peine quelques maisons peintes avec des couleurs vives, chacune d’une teinte différente. Pour l’histoire, c’était un quartier portuaire dans lequel les marins de retour de mer utilisaient les restes de peinture des bateaux pour leur maisons. Le quartier était paraît-il très pauvre et particulièrement délabré. L’autre attraction est son stade de football. Il a vu émerger le dieu local : Diego Maradona !

Cela aurait été un peu démotivant de vérifier par soi-même. Sur le chemin qui y mène, j’ai été arrêté par le charme du quartier de San Telmo. Les murs y étaient certes décrépis mais surtout, des graffitis les ornaient de messages esthétiques et revendicatifs. Ce quartier ne ressemblait pas à ce que j’avais vu jusque là de Buenos Aires et ses immenses avenues. Les rues étaient plus étroites et de petites places se cachaient dans ce "village alternatif". Les petits restaurants et bars étaient parfois agrémentés de charmantes cours intérieures fleuries !

De l’auberge, de petits groupes cosmopolites se formaient le matin pour aller explorer les quartiers plus lointains de la ville, selon les affinités ou les destinations. Ainsi, pendant une petite semaine, j’ai arpenté Buenos Aires avec une architecte de Lyon et un chanteur d’opéra de Hambourg, tous deux de mon âge.

Un boulevard de Buenos Aires

Au programme : l’exploration du gigantesque réseau de bus, un musée des arts modernes d’Amérique du Sud, quelques restaurants, le cimetière et quelques milles autres petits lieux sur le chemin du grand quartier de Palermo.

La ville était un quadrillage d’immenses rues qui étaient parfois courbes, changeaient de noms lorsqu’on abordait un nouveau quartier mais pas toujours. Elle regorgeait de petites boutiques – certaines des boui-bouis, d’autres de somptueuses librairies, de restaurants ou des magasins d’habits. Elle grouillait de gens aimables et chaleureux. La circulation automobile générait un vacarme ambiant continu, mais sans paraître trop stressant, toutes proportions gardées.

Le fameux quartier de Palermo (en fait, triple) était réputé "branché". Ses bâtiments semblaient peu élevés, un ou deux étages au maximum, certains maisons d’un style architectural "colonial" et d’autres moderne et osé. Ces dernières étaient disséminées dans cette véritable ville dans la ville, à côté du reste légèrement défraîchi. Il y avait là quelques boutiques ostensiblement "design" et c’était parait-il l’endroit où se déroulaient des nombreuses fêtes, probablement dans les bars et les appartement des "bobos" (le terme n’est pas local, mais on ne pouvait s’empêcher de faire le rapprochement).

Nous avons laissé certains aspects de la ville de côté pour l’instant. Le temps s’était vite écoulé et j’ai pensé me faire une opinion plus tard et m’imprégner un peu plus de cette ville, fin août.

Mes compagnons de voyage, Laure, Jonathane et Naike arrivèrent à quelques jours d’intervalle. J’eu le temps d’apercevoir Tigre, la petite ville située à l’embouchure du fleuve avant de partir avec elles pour Mendoza – à l’ouest du pays.

Tigre

La visite de Tigre m’a permis de voir, le long de la voie ferrée un important bidon-ville. Ses rues était très délabré, certes, mais les habitations étaient parfois construites avec beaucoup d’ingéniosité et sans commune mesure avec l’image qu’on pouvait s’en faire. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que ce que nous , européens, appelons avec horreur et dédain "favellas" ou "bidon-villes", nous en avions aussi en Europe et des bien plus "sales" – les camps de Roms par exemple – mais nous refusons de leur donner un nom, comme si leur existence pouvait être niée de cette façon. Les bidon-villes de Buenos Aires semblaient moins fragiles et précaires que les nôtres ; probablement qu’ils ne subissent pas les assauts incessants des forces de l’ordre…

De retour à la gare centrale, j’ai eu juste le temps de me perdre dans les panneaux d’affichage de milliers d’autocars qui partaient dans tout le pays. Heureusement pour moi que notre bus fut annoncé après son heure supposée de départ ! Mais j’ai retrouvé mon "groupe" et l’autocar dans lequel nous montons pour environ treize heures est d’un luxe surprenant.

En route pour Mendoza ! La ville du vin à la frontière chilienne, au bord des Andes.

Le jour suivant.