Samedi 28 juillet

juillet 2012

Je suis tiré du som­meil par un nouvel arrêt du bus.
Cette fois, une voix nous donne des ins­truc­tions. Les pas­sa­gers mal réveillés se regar­dent dubi­ta­tifs. On croit com­pren­dre qu’il faut chan­ger de bus. Tous ramas­sent leurs affai­res, préa­la­ble­ment éparpillées autour chacun qui s’était mis à l’aise. Machinalement, on des­cend dans la nuit gla­ciale.
En péné­trant dans le nou­veau bus, une vio­lente odeur "de pieds" nous trans­perce les nari­nes. Une jeune euro­péenne jure, en anglais, qu’elle débus­quera le cou­pa­ble !
Une fois tous réins­tal­lés, nous nous ren­dor­mons machi­na­le­ment et l’auto­car démarre.

Trop peu de temps après, il s’arrête et nous devons des­cen­dre à nou­veau. C’est le ter­mi­nus : La Caica, une des deux villes argen­ti­nes qui fait office de poste-fron­tière avec la Bolivie.

Il fait tou­jours nuit-noire, le vent glacé souf­fle et nous res­pi­rons la pous­sière qu’il trans­porte.
Notre groupe, pas bien réveillé, suit le flot de pas­sa­gers qui s’avance hagard dans le froid. Il nous faut par­cou­rir les quel­ques cinq cent mètres qui repré­sen­tent la fron­tière entre La Caica et Villazón.
Nous arri­vons dans un bâti­ment d’appa­rence admi­nis­tra­tive ou de gare rou­tière rudi­men­taire, qu’importe, par­cou­rant un enche­vê­tre­ment de pièces où les gens s’entas­sent dans une hor­ri­ble cha­leur bes­tiaire. Tant pis, il y fait une tem­pé­ra­ture sup­por­ta­ble, et on sent qu’il va fal­loir patien­ter. Parmi un caphar­naüm de sacs de vic­tuailles et de tre­ckers, je reconnais quel­ques voya­geurs ren­contrés aupa­ra­vant dans dif­fé­ren­tes villes d’Argentine. J’entame la conver­sa­tion avec un jeune japo­nais, Taka, avec qui nous par­ta­ge­rons un bout de chemin.
Des fran­çais disent qu’il n’est pas sûr qu’un bus parte vers le nord dans la jour­née, et il ne semble pas passer des trains tous les jours... On verra une fois en Bolivie.
Ce doit être le petit jour. Il n’est peut-être pas encore sept heures et le poste-fron­tière n’ouvrira pro­ba­ble­ment pas avant un long moment.

Villazón dans la nuit
Villazón dans la nuit

Après quel­ques minu­tes de som­meil assis sur des sacs, des petits grou­pes se met­tent en route au hasard des ruel­les de la ville jusqu’à la Bolivie.
Sur le pont qui mène au poste-fron­tière, nous devons encore atten­dre dans le vent pour rem­plir les for­ma­li­tés admi­nis­tra­ti­ves tandis que le soleil se lève péni­ble­ment.
Nous avons tous les doigts engour­dis et les yeux embru­més, rem­plir enfin les for­mu­lai­res est un nou­veau sup­plice.

Une fois entrés, cer­tains voya­geurs se jet­tent sur les pre­miers mar­chands ambu­lants pour leur ache­ter gants et bon­nets à n’importe quel prix ! Nous nous met­tons immé­dia­te­ment en quête d’une banque pour reti­rer des Bolivarians, la mon­naie locale.

Bolivia !
Bolivia !

A peine lancés dans les rues subi­te­ment grouillan­tes de cette pre­mière ville boli­vienne, quelqu’un nous pré­vient qu’un bus pour Uyuni va partir dans moins d’une demi-heure ! Nous cou­rons ainsi vers ce qui res­sem­ble à une gare rou­tière, adjointe à une halle de marché, à moitié ouverte. Elle est minus­cule com­pa­rée à ce que nous avons vu en Argentine, mais le choix des com­pa­gnies de trans­port y est tout aussi nébu­leux et com­plexe.
Évidemment, au moment de char­ger en urgence les sacs dans l’auto­bus pré­his­to­ri­que, je suis pris d’une subite envie d’aller visi­ter les com­mo­di­tés loca­les...
Vite, je regarde autour de moi, ça va, un pan­neau "Baños" indi­que la direc­tion des toi­let­tes. C’est à l’étage, au fond d’un gym­nase. Malheureusement, ce n’est pas encore ouvert, des per­son­nes y fond le net­toyage tandis que d’autres atten­dent déjà en file indienne. Et bien-sûr, une énorme hor­loge plan­tée devant moi me rap­pelle à chaque seconde qu’il ne me reste qu’une poi­gnée de minu­tes avant le départ de mon bus.

Pour les toi­let­tes, il faut payer quel­ques Bolivarians, on nous remet en échange à chacun quel­ques feuillets de papier pour s’essuyer. À l’inté­rieur, c’est évidemment très sale et ensuite pour "tirer la chasse", il faut aller pren­dre de l’eau dans une ton­neau avec une grosse louche et la déver­ser dans la cuvette. Déjà toute une série de détails qui mon­trent qu’on est dans un pays pauvre, une des plus pau­vres de la pla­nète.

Je redes­cends et m’ins­talle à la hâte dans le bus que mes com­pa­gnons avaient fait atten­dre. C’est à ce moment-là que Laure éprouve elle aussi le besoin d’aller visi­ter les toi­let­tes boli­viens et... de fumer une ciga­rette !
Pendant son absence, le bus démarre et nous pres­sons le conduc­teur d’atten­dre quel­ques ins­tants de plus notre amie qui n’est pas encore remon­tée. Alors que notre sang se glace, il fait le tour du pâté de mai­sons et repasse devant la gare. Elle repa­raît aus­si­tôt et monte.

Bolivie nous y voilà... Nous voilà enfin partis sur les routes de Bolivie. Elles sont rare­ment gou­dron­nées et notre bus, très rudi­men­taire, ne semble pas équipé d’amor­tis­seurs ni de toi­let­tes à bord.
A tra­vers la pous­sière sou­le­vée par les véhi­cu­les sur la route, on décou­vre des pay­sa­ges lunai­res, une ciel bleu-noir et les quel­ques mai­sons dis­sé­mi­nées ici et là qui se fon­dent dans le décor. Elles sont com­po­sées de bri­ques de terre sur­mon­tées de sim­ples tôles en guise de toit. Ce sont des bâtis­ses de plain-pied.

Avant d’arri­ver à Tupiza, la pre­mière halte, une soute à bagage s’ouvre en chemin. Le chauf­feur s’arrête lorsqu’il s’en aper­çoit, la referme et repart.
À la gare rou­tière de Tupiza, on s’arrête pren­dre quel­ques pas­sa­gers sup­plé­men­tai­res. Nous en pro­fi­tons pour fumer une ciga­rette à proxi­mité, avec encore d’autres tou­ris­tes ren­contrés on-ne-sait-plus-où, ils appar­tien­nent à un autre bus partit du même endroit, et quelqu’un s’appro­che pour nous recom­man­der de véri­fier si nos sacs de voyage sont tou­jours dans la soute !
Des sueurs froi­des nous par­cou­rent, nous nous pré­ci­pi­tons : celui de Jonathane est tout au bord, mais nous aper­ce­vons tous les nôtres, ils sont bien là. Au final, il en manque bien un, celui d’un fran­çais que nous avions croi­sés à plu­sieurs occa­sions sur la route vers le Nord depuis l’Argentine. Il est évidemment très mécontent. D’autant plus que le conduc­teur n’a aucune inten­tion de repren­dre la route en sens inverse pour éventuellement le récu­pé­rer. Le pas­sa­ger se demande s’il va conti­nuer la route sans ses affai­res et part négo­cier avec les repré­sen­tants locaux de la com­pa­gnie d’auto­cars, sans succès...
Le bus repart avec tous ses pas­sa­gers en direc­tion de Uyuni. Pendant le trajet, le tou­riste fait le calcul de ce qu’il a perdu. Hormis ses affai­res, toutes de marque, le prix de son sac à dos, acheté en France, revient à plu­sieurs mois - voire plu­sieurs années - du salaire moyen dans ce pays !

Les haut-plateaux au lointain
Les haut-plateaux au lointain

Je savais que la Bolivie était un des pays les plus hauts du monde et que nous nous diri­geons vers l’Altiplano, mais j’igno­rais ce que cette route allait nous réser­ver...
On avait déjà ren­contré, aux envi­rons de Mendoza et Cafayate, la mon­ta­gne fichée dans la plaine se dres­ser à la ver­ti­cale, sans relief inter­mé­diaire. Ici, les contre­forts des Andes débu­tent immé­dia­te­ment, malgré l’érosion qui arron­dit juste les pics et les cre­vas­ses.
La route semble avoir été taillée avec hési­ta­tion. L’auto­bus peine, n’avance pas très vite, et ralen­tit dans les vira­ges de manière pres­que ridi­cule. Ceci étant, on dis­tin­gue par­fois dif­fi­ci­le­ment le bali­sage entre les nuages de pous­siè­res, et quand il se laisse entre­voir par la fenê­tre, on dis­tin­gue seu­le­ment que la route est très étroite, à flanc de mon­ta­gne. On se demande à chaque épingle à cheveu com­bien il doit y avoir de roues au dessus du vide ! Le conduc­teur coupe régu­liè­re­ment pour négo­cier les vira­ges, klaxon­nant pour pré­ve­nir d’éventuels véhi­cu­les qui arri­ve­raient malen­contreu­se­ment en sens inverse. On est dans des "mon­ta­gnes russes" mais sans bar­rière de sécu­rité.

La montée dure plu­sieurs heures et nous pré­sente d’innom­bra­bles varia­tions de for­ma­tions rocheu­ses. On oublie le danger en admi­rant le pay­sage gran­diose qui change à chaque col et à chaque ver­sant. Lorsque la route atteint un pla­teau, il y a tou­jours une mon­ta­gne plus haute dans le loin­tain, qui devient notre objec­tif sui­vant.
La végé­ta­tion, quand à elle, se limite à quel­ques touf­fes d’herbes sèches et de grands cactus.

Alt. : 3 500m
Alt. : 3 500m

Brusquement, au détour d’un virage, notre bus fait halte devant une petite ville. Elle est cons­truite à flanc de mon­ta­gne, pres­que invi­si­ble tant la cou­leur des mai­sons se fond dans celle de la terre. La ville fait face à une immense plaine dans laquelle on devine le lit d’une rivière assé­chée en cette saison. Le ciel est étrangement bleu-noir. Le bus prend de l’essence dans cet endroit lunaire et repart vers cette plaine entou­rée de mon­ta­gnes. En la tra­ver­sant, on dis­tin­gue d’étranges arbus­tes... blancs qui sont en réa­lité des sacs plas­ti­ques et une mul­ti­tude d’autres détri­tus empor­tés là par le vent. C’est révul­sant.

L’auto­bus se remet à che­mi­ner les hauts pla­teaux et reprend son inter­mi­na­ble ascen­sion. En fin d’après-midi, nous arri­vons enfin à Uyuni, au milieu d’une grande plaine et il me semble ne pas voir de mon­ta­gne plus haute dans les envi­rons ! Le bus nous dépose à un croi­se­ment pas­sant : la gare rou­tière.
Ce car­re­four géo­gra­phi­que est en fait une bour­gade minus­cule dont le centre est plus fré­quenté par de jeunes voya­geurs euro­péens que par des autoch­to­nes.
Tout de même, les quel­ques habi­tants du coin se ruent sur les tou­ris­tes pour leur pro­po­ser les ser­vi­ces d’agen­ces de voyage pour faire le tour des envi­rons.
Nous sui­vons le flot de pas­sa­gers sortis du bus et sans regar­der le guide dans lequel nous avions repéré quel­ques auber­ges de jeu­nesse, nous entrons dans une sorte d’hôtel, comme la majo­rité des occu­pants de notre bus. Il est près de la gare fer­ro­viaire qui semble avoir été uti­li­sée sur­tout pour empor­ter du mine­rai. À deux pas du centre, on a l’impres­sion d’être à l’extré­mité de la ville, et cer­tai­ne­ment au bout du monde.

L’établissement, sur deux étages autour d’une cour inté­rieure, com­prend des dizai­nes de cham­bres quel­ques sani­tai­res éparpillées. Après des ten­ta­ti­ves pour obte­nir de l’eau chaude, chacun se résout à pren­dre une douche à l’eau froide. La pre­mière d’une longue série...
Ensuite, nous aban­don­nons l’hôtel ven­teux pour aller réser­ver un cir­cuit en 4x4 dans la région. Nous ren­controns jus­te­ment des per­son­nes qui en revien­nent et en sont enchan­tés. Nos optons alors pour leur agence de voyage, située à deux pas. On choi­sira un iti­né­raire de trous jours, mais en sens inverse de celui habi­tuel­le­ment pro­posé. C’est ce qui était pré­co­nisé dans le guide tou­ris­ti­que.
Et le soir, après une bal­lade à tra­vers les étals de marché où je me four­nis en vête­ments chauds (pull et bonnet en alpaca), nous tes­tons la cui­sine locale à base de viande de lama et de quinoa. Excellent !

les jours sui­vants...

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