Vers les cimes

avril 2009

Le réveil est fixé à 4h du matin. L’objec­tif est d’arri­ver au camp de base des Annapurnas (le point culmi­nant de notre ran­don­née) pour le lever du soleil. Nous enfi­lons toutes nos épaisseurs de vête­ments pour l’occa­sion. Après avoir bu un thé dans la salle com­mune à la lampe torche, où une partie de notre équipe dort encore pro­fon­dé­ment, nous par­tons dans l’obs­cu­rité, tou­jours plus haut.

Dans un froid gla­cial, la pro­ces­sion se fait à la lueur des lampes fron­ta­les. Cela res­sem­ble à un col­lier de perles lumi­neu­ses qui monte sur le flanc de la mon­ta­gne, tandis que les pre­miè­res lueurs du jour se font per­cep­ti­bles. Les mem­bres du groupe (sauf deux, souf­frants ou démo­ti­vés par l’alti­tude), notre guide, deux de ses assis­tants et un por­teur qui n’était jamais monté là-haut, sommes tel­le­ment moti­vés par cette quête que nous nous essouf­flons au bout de quel­ques minu­tes. L’alti­tude y est pour quel­que chose, et notre impa­tience aussi. Nous ralen­tis­sons l’allure, un acci­dent res­pi­ra­toire est si vite arrivé.

Le camp de baseNous par­cou­rons, les pieds dans la neige, le creux d’une vallée qui monte sérieu­se­ment et, au bout d’une heure et demi, arri­vons en vue du camp de base, à envi­ron 4 130m. Il y a un peu plus de bara­que­ments que là où nous nous étions arrê­tés pour la nuit. Derrière, un petit pic rocailleux le sur­plombe. Nous tra­ver­sons le camp où les habi­tants s’éveillent timi­de­ment.

Le soleil se lève, éclairant pro­gres­si­ve­ment un cirque de gigan­tes­ques rem­parts qui nous entou­rent, ornés de treize som­mets de 6 500m à 8 500m d’alti­tude (Annapurna Sud, Inchiuli, Annapurna 1, Gangapurna, Annapurna 3, Machapucharé…).

Cirque de l'Annapurna

Ce pano­rama s’étend sur 360° et il est dif­fi­cile d’ima­gi­ner que de si haut, on se sente aussi petits. Et, en se pro­me­nant sur les ter­ras­ses qui bor­dent le camp, on se rend compte qu’il est au bord d’un pré­ci­pice de tous côtés (excep­tion faite du large champ de glace d’où nous sommes arri­vés).

Les mem­bres de notre expé­di­tion s’éparpillent pour admi­rer la vue. La neige fraî­che recou­vre une bonne partie des rochers et des mon­ta­gnes. Notre guide avoue qu’il peut par­fois se lasser de ce point de vue, mais pas aujourd’hui ! Ce spec­ta­cle est gran­diose, sans vent, avec juste ce qu’il faut de neige sur le sol pour embel­lir la nature et les pre­miers rayons du soleil mon­tant éclairent une partie du cirque de lumière rasante.

Lever de soleil

Nous nous retrou­vons sur le pic qui sur­plombe le camp. Il y a là un petit autel boud­dhiste orné d’une mul­ti­tude de dra­peaux à prière et quel­ques mon­ti­cu­les de cailloux autour. Je monte plus haut, accom­pa­gné de Kilian (un des assis­tants de notre guide) pour ériger un petit autel avec une bougie, des bâtons d’encens et des pier­res recueillies dans la rivière et un peu par­tout sur le chemin durant les jours pré­cé­dents.

AutelIl faut (entre autres) rendre hom­mage à la beauté de cet endroit, remer­cier la clé­mence du ciel qui a véri­ta­ble­ment accom­pa­gné notre pro­ces­sion. L’endroit est par­ti­cu­liè­re­ment émouvant et apai­sant. C’est l’abou­tis­se­ment de notre marche et le rendez-vous tant attendu avec ces mon­ta­gnes. Pourtant, sur le plus haut rocher où je puisse monter, je ne peux qu’admi­rer ces treize belles mon­ta­gnes qui nous sur­plom­bent. On dit que le Népal est la porte de l’Himalaya, il fau­drait monter encore beau­coup plus haut pour l’entrou­vrir !

L'équipe des guidesEnsuite, nous pre­nons quel­ques photos de groupe et redes­cen­dons aux bara­que­ments pren­dre un thé (il faut reconnaî­tre qu’il fait bien froid). Il faut enta­mer la des­cente vers le camp où se trouve notre lodge. Les fumeurs expé­ri­men­tent une ciga­rette à cette alti­tude. Pour moi, c’en fut une qui res­sem­ble aux autres, qui ne fait pas spé­cia­le­ment tour­ner la tête, je pour­rai dire à ceux qui me deman­dent : « je l’ai fait », rien de plus.

La jour­née ne fait que com­men­cer et nous devons par­cou­rir une longue des­cente aujourd’hui. Nous repar­tons dans l’eupho­rie, cou­rant dans la neige fraî­che imma­cu­lée, nous retour­nant sou­vent pour admi­rer encore et encore le pano­rama, et nous mar­chons le plus sou­vent à recu­lons.

Descente

Il faut ensuite enta­mer le chemin inverse de ces der­niers jours, celui du retour. Nous retra­ver­sons les pay­sa­ges que nous avions décou­verts à l’aller, mais heu­reu­se­ment, nous les revi­si­tons sous un regard nou­veau. Là où on voyait des chutes de neige aupa­ra­vant, il y a main­te­nant une lumière dif­fé­rente et nous nous foca­li­sons sur d’autres détails.

ValléeLes bam­bou­se­raies, les cas­ca­des, les rho­do­den­drons (y a-t-il de nou­vel­les fleurs depuis notre pas­sage ?) et enfin la rivière avec les hautes herbes sur le large fond de la vallée. Des grillons chan­tent au soleil et nous retrou­vons un peu plus bas les coc­ci­nel­les.

Nous arri­vons en milieu d’après-midi à Dovan. Nous n’avions vu ce hameau que sous une pluie bat­tante. Malgré sa situa­tion dans la vallée encais­sée, il est cette fois au soleil.

ForêtIl y a aujourd’hui une mul­ti­tude de tou­ris­tes qui s’entas­sent dans les quel­ques lodges. Un groupe d’ado­les­cents anglo- saxons s’entasse dans des tentes mon­tées à proxi­mité du pota­ger. On croi­rait qu’une armée en cam­pa­gne a établi ses quar­tiers ici ! Nous arri­vons à trou­ver une place dans la salle com­mune pour le repas du soir et par­tons nous cou­cher très tôt (avant 20h00 !), il faut dire que la jour­née a été char­gée d’émotions…

Tout le monde dor­mira pro­fon­dé­ment cette nuit !

Le len­de­main.

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