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	<title>Yannis Lehu&#233;d&#233;</title>
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		<title>Yannis Lehu&#233;d&#233;</title>
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		<title>Migrants sans-papiers, pers&#233;cut&#233;s, noyad&#233;s, massacr&#233;s</title>
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		<dc:subject>Sans-Papiers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Combien de morts ? Personne ne sait, personne ne saura jamais. Pour qu'enfin apparaisse publiquement la v&#233;racit&#233; du cri d'alarme lanc&#233; depuis bien des ann&#233;es par les migrants subsahariens : la travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e se fait au prix d'&#233;norm&#233;ment de noyades, il aura fallu qu'un pays, l'Italie, y d&#233;ploie pendant un an les moyens de sa marine militaire (co&#251;t affich&#233; entre 9 et 10 millions d'euros par mois) : officiellement, pour sauver les migrants, en fait pour mettre la pression (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://yannis.lehuede.org/-voix-des-sans-papiers-.html" rel="directory"&gt;voix des sans-papiers&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://yannis.lehuede.org/+-sans-papiers-+.html" rel="tag"&gt;Sans-Papiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Combien de morts ? Personne ne sait, personne ne saura jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qu'enfin apparaisse publiquement la v&#233;racit&#233; du cri d'alarme lanc&#233; depuis bien des ann&#233;es par les migrants subsahariens : la travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e se fait au prix d'&#233;norm&#233;ment de noyades, il aura fallu qu'un pays, l'Italie, y d&#233;ploie pendant un an les moyens de sa marine militaire (co&#251;t affich&#233; entre 9 et 10 millions d'euros par mois) : officiellement, pour sauver les migrants, en fait pour mettre la pression m&#233;diatique sur l'Europe et la faire participer aux frais des contr&#244;les de ses fronti&#232;res sud. D&#232;s lors, le nombre de morts est apparu impressionnant : depuis janvier &#171; au moins 3300 &#187;, &#233;crit Le Monde.fr du 31 octobre, et l'Organisation internationale pour les migrations en comptait 3072 le 29 septembre.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne dira jamais assez que de tels chiffres globaux sont calcul&#233;s d'apr&#232;s les informations disponibles (assez souvent contradictoires) sur les noyades et naufrages. Ceux dont il ne reste ni survivants ni t&#233;moignages disparaissent de l'histoire. Celui du 14 juillet (109 morts), par exemple, sur lequel portent t&#233;moignage les familles dans l'article p. 2, ne figure pas (ou sinon il y a erreur de date, 30 au lieu de 14) sur la liste du blog &lt;a href=&#034;http://fortresseurope.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fortresseurope.blogspot.com/&lt;/a&gt; (en italien), la plus compl&#232;te en ligne (depuis 1988).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jeune Africain qui quitte son village ou sa ville pour aller chercher du travail &#224; l'&#233;tranger, y est pouss&#233; souvent par sa famille, souvent par sa seule d&#233;termination, toujours par la mis&#232;re sociale et le manque de perspectives d'avenir dans ces r&#233;gions d&#233;laiss&#233;es de la p&#233;riph&#233;rie du monde capitaliste. Il est jeune et souvent tr&#232;s jeune (&#224; peu pr&#232;s un mineur sur trois migrants, d'apr&#232;s l'exp&#233;rience r&#233;cente de la Coordination de sans-papiers parisienne, CSP75), dans une compl&#232;te ignorance de ce qui l'attend, m&#234;me lorsqu'il vient d'une capitale et ville universitaire (comme nos deux &#233;tudiants en droit de Bamako, article p. 4). Pendant son voyage il est litt&#233;ralement spoli&#233; de tout, non seulement de son argent (souvent les &#233;conomies de toute une famille), mais m&#234;me de ses documents et titres pr&#233;cieusement gard&#233;s sur lui&#8230; &#171; Clandestin &#187;, un tel jeune d&#233;sarm&#233; en face d'&#233;preuves inimaginables ? Le d&#233;finir tel ne fait pas seulement offense &#224; sa personnelle et terrible exp&#233;rience d'entr&#233;e dans la vie, mais porte atteinte au plus simple bon sens et v&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale humaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Heureusement, il ne manque pas les migrants assez d&#233;brouillards pour se tirer d'affaire o&#249; qu'ils soient, quoique tout aussi jeunes et risquant de m&#234;me leurs vies (ainsi les trois Camerounais de l'article p. 8). Puis il y a ceux rejet&#233;s sur les c&#244;tes europ&#233;ennes contre leur gr&#233;, que seule la politique africaine de tel ou tel pays europ&#233;en chasse d'Afrique (ainsi les Maliens du collectif &#171; Baras &#187;, article p. 11).&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;cemment, douze journalistes europ&#233;ens ont men&#233; une enqu&#234;te en confrontant les donn&#233;es des sources majeures d'information. De 2000 &#224; 2013 y compris, ils ont compt&#233; 23598 morts en M&#233;diterran&#233;e, presque 1700 par an (&lt;a href=&#034;http://stories.dataninja.it/themigrantsfiles/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://stories.dataninja.it/themigrantsfiles/&lt;/a&gt; - en italien). Un chiffre qui justifie largement le sentiment des migrants subsahariens d'une guerre &#171; sans nom &#187; men&#233;e contre eux (articles p. 4 et 8). Or il faudrait y ajouter au moins les morts avant d'embarquer, de la main des passeurs ou des policiers, et ceux abandonn&#233;s en plein d&#233;sert.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rescap&#233;s de la mer, que trouvent-ils &#224; l'approche de notre rive, ou une fois d&#233;barqu&#233;s sur le sol europ&#233;en ? L'agence FRONTEX. Les &#171; op&#233;rations &#187; (pour ne mentionner que &#231;a) nouvellement lanc&#233;es &#171; Triton &#187; et &#171; Mos maiorum &#187;. Et des polices d'&#201;tat toujours pr&#234;tes &#224; les repousser en violation de leurs propres r&#232;gles. Si ce n'est pas une guerre sociale, qu'est-ce que c'est ?... &#192; chaque cl&#244;ture rajout&#233;e &#224; leurs fronti&#232;res, les pays europ&#233;ens signent l'arr&#234;t de mort de milliers de personnes. Ce que subissent aujourd'hui les migrants &#171; sans papiers &#187; aura un jour sa place, pour les g&#233;n&#233;rations d'un monde sans fronti&#232;res, &#224; c&#244;t&#233; des deux crimes majeurs de la civilisation europ&#233;enne, la traite des esclaves et le colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;figure class='spip_document_2615 spip_documents spip_documents_center' style=&#034;max-width:64px;&#034; data-w=&#034;64&#034;&gt; &lt;a href='https://yannis.lehuede.org/IMG/pdf/2/f/4/vsp12.pdf' arial-label=&#034;Voix des Sans Papiers n&#176;12 (novembre 2014)&#034; title=&#034;Voix des Sans Papiers n&#176;12 (novembre 2014)&#034; type=&#034;application/pdf&#034;&gt; &lt;picture style='padding:0;padding-bottom:100%' class='conteneur_image_responsive_h'&gt;&lt;img src='https://yannis.lehuede.org/local/cache-vignettes/L24xH24/rien-0c5e2.gif?1772077532' alt='Voix des Sans Papiers n&#176;12 (novembre 2014)' data-src='plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg' data-l='64' data-h='64' data-tailles='[\&#034;160\&#034;,\&#034;320\&#034;,\&#034;640\&#034;,\&#034;1280\&#034;,\&#034;1920\&#034;]' data-autorisees='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;plugins\/auto\/image_responsive\/v11.3.0\/rien.gif&#034;,&#034;2&#034;:&#034;plugins\/auto\/image_responsive\/v11.3.0\/rien.gif&#034;}}' data-autorisees_webp='{&#034;64&#034;:{&#034;1&#034;:&#034;plugins\/auto\/image_responsive\/v11.3.0\/rien.gif&#034;,&#034;2&#034;:&#034;plugins\/auto\/image_responsive\/v11.3.0\/rien.gif&#034;}}' class='image_responsive' width='24' height='24' /&gt;&lt;/picture&gt;
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&lt;link href='https://yannis.lehuede.org/plugins/auto/image_responsive/v11.3.0/rien.gif' rel='attachment' property='url'&gt; &lt;/a&gt; &lt;figcaption class='spip_doc_intitules spip_doc_intitules_top'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Voix des Sans Papiers n&#176;12 (novembre 2014)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;a class=&#034;telecharger&#034; href='https://yannis.lehuede.org/IMG/pdf/2/f/4/vsp12.pdf'&gt;T&#233;l&#233;charger (2.1&#160;Mio)&lt;/a&gt; &lt;/figcaption&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SOMMAIRE :&lt;/strong&gt; Familles de BaFoulaB&#233;, mali : &lt;a href='https://yannis.lehuede.org/nous-comptons-nos-morts.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Nous comptons nos morts : assez, le trafic d'&#234;tres humains !&lt;/a&gt; &#8212; Anzoumane Sissoko, Csp75 : &lt;a href='https://yannis.lehuede.org/majorite-et-minorite-les-minorites.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;majorit&#233; et minorit&#233; : les minorit&#233;s y passent&lt;/a&gt; &#8212; &lt;a href='https://yannis.lehuede.org/l-etat-et-les-familles.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'&#201;tat et les familles&lt;/a&gt; &#8212; migrants sans-papiers maliens : &lt;a href='https://yannis.lehuede.org/une-guerre-qui-ne-dit-pas-son-nom.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Une guerre qui ne dit pas son nom&lt;/a&gt; &#8212; Jeunes maliens : &lt;a href='https://yannis.lehuede.org/l-or-ou-l-emigration-ont-ils-le.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'or ou l'&#233;migration, ont-ils le choix ?&lt;/a&gt; &#8212; Yene FaBien, Afrique survie migration : &lt;a href='https://yannis.lehuede.org/extrait-d-emission-radio.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;extrait d'emission radio&lt;/a&gt; &#8212; migrants sans-papiers Camerounais : &lt;a href='https://yannis.lehuede.org/c-est-la-guerre-aux-droits-de-l.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;C'est la guerre aux droits de l'homme et des gens&lt;/a&gt; &#8212; Patrice LumumBa : &lt;a href='https://yannis.lehuede.org/nous-avons-connu.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Nous avons connu... &#187;&lt;/a&gt; &#8212; sans-papiers maliens, les &#171; Baras &#187; : &lt;a href='https://yannis.lehuede.org/le-droit-des-papiers-n-est-pas-les.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le droit des papiers n'est pas les droits de l'homme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nous comptons nos morts</title>
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		<dc:subject>Sans-Papiers</dc:subject>
		<dc:subject>Mali &amp; Bamako</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Familles de Bafoulab&#233;, Mali &lt;br class='autobr' /&gt; Le 14 juillet dernier une embarcation de fortune, parmi tant d'autres, a naufrag&#233; au large des c&#244;tes de la Libye, emportant sa cargaison de vies humaines. &#192; son bord, 110 jeunes Maliens venant la plupart du cercle de Bafoulab&#233;, au sud-est de Kayes, &#224; l'ouest du Mali. Un seul rescap&#233;. &#171; Les m&#233;dias nationaux fran&#231;ais except&#233; RFI n'ont m&#234;me pas donn&#233; la nouvelle &#187;, dit Diaby. C'est un constat amer, dans la bouche de ce travailleur malien immigr&#233; en France en 1979. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Familles de Bafoulab&#233;, Mali&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 14 juillet dernier une embarcation de fortune, parmi tant d'autres, a naufrag&#233; au large des c&#244;tes de la Libye, emportant sa cargaison de vies humaines. &#192; son bord, 110 jeunes Maliens venant la plupart du cercle de Bafoulab&#233;, au sud-est de Kayes, &#224; l'ouest du Mali. Un seul rescap&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Les m&#233;dias nationaux fran&#231;ais except&#233; RFI n'ont m&#234;me pas donn&#233; la nouvelle &#187;&lt;/i&gt;, dit Diaby. C'est un constat amer, dans la bouche de ce travailleur malien immigr&#233; en France en 1979. Amer et &#233;difiant sur la qualit&#233; et la d&#233;ontologie de l'information faite en France sur les noy&#233;s de l'autre rive, ces milliers de &#171; morts de la mer &#187; que l'impudence l&#233;gale d'&#201;tat continue d'appeler des immigrants &#171; clandestins &#187;. Que l'on pense &#224; ce que les m&#233;dias nous auraient pass&#233; si l'inverse s'&#233;tait produit : si, d&#233;marr&#233;e de cette rive vers la rive africaine avec &#224; son bord 110 vaillants jeunes Fran&#231;ais, l'embarcation en avait emport&#233; 109 et qu'il n'en restait qu'un, un seul survivant &#224; moiti&#233; mort, pour en faire le r&#233;cit. Que l'on pense au flot d'&#171; &#233;missions sp&#233;ciales &#187;, &#224; coups d'&#171; experts &#187;, &#171; sp&#233;cialistes &#187; pour &#171; tout savoir &#187;&#8230; &#192; fort bon droit, dira-t-on. Sans aucun doute. Mais pourquoi, de gr&#226;ce, les 109 jeunes et vaillants Maliens morts de la sorte pour venir en France (personne en France n'ignore que les migrants maliens vers l'Europe viennent en France) n'y ont m&#234;me pas eu droit &#224; une br&#232;ve de nos actualit&#233;s ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; C'est que,&lt;/i&gt; r&#233;pond Sissoko, porte-parole de la Coordination parisienne de sans-papiers (CSP75), pr&#233;sent &#224; l'interview, &lt;i&gt;rien n'est plus normal que des n&#232;gres qui meurent. La mort d'un esclave n'est pas une nouvelle sauf si c'est utile &#224; son ma&#238;tre. Les Fran&#231;ais ont bien expliqu&#233; aux Italiens que leur op&#233;ration maritime de sauvetage de migrants ne sert pas les int&#233;r&#234;ts europ&#233;ens et fran&#231;ais, &#231;a fait &#034;appel d'air&#034;. Il faut donc que nos jeunes meurent, plus il y en a, mieux c'est ; il y en aura moins d'arriv&#233;s sur le sol fran&#231;ais. Que &#231;a se sache, il le faut, un peu, pas trop. Des gens pourraient finir par s'apitoyer sur notre sort, &#231;a pourrait co&#251;ter cher aux finances d'un &#201;tat et d'une soci&#233;t&#233; riches de l'exploitation des pays et des peuples d'Afrique, et puis aussi aux fortunes &#233;lectorales d'un tas de monde. Aujourd'hui on ne nous tue plus &#224; coups de fouet, d'un coup de mousqueton, ou la corde au cou, tout bonnement, comme dans le temps, c'est clair. C'est avec d'autres m&#233;thodes qu'on nous tue, on cr&#233;e les conditions pour qu'il y ait beaucoup de gens pour profiter m&#234;me de notre extr&#234;me mis&#232;re. O&#249; se trouve la vraie barbarie, aujourd'hui ? il faut se le demander : chez les tueurs aux mains sales, ou chez ces politiciens menteurs qui, en disant le contraire, en arborant cravate et mains propres, font tout pour que prolif&#232;re la masse des massacreurs potentiels ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s ce grand malheur qui les a frapp&#233;es, les familles maliennes originaires du cercle de Bafoulab&#233; et celles de la r&#233;gion parisienne se sont r&#233;unies. Diaby Bakou est leur repr&#233;sentant. &#201;coutons sa parole pos&#233;e, pr&#233;cise et triste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous avons appris la nouvelle par nos familles au Mali. Elles l'avaient apprise par le maire qui avait &#233;t&#233; appel&#233; par le passeur malien de Tripoli. Ce passeur a appel&#233; apr&#232;s seize jours, et nous avons cru que le naufrage avait eu lieu le 28. Mais ensuite on a su par le seul survivant que c'&#233;tait le 14. Plus de 80 victimes de notre cercle ; 24 de ma seule famille ; famille &#233;largie, au sens africain, r&#233;partie sur quatre villages. 19 Diaby, 2 Dram&#233;, 1 Sako, 1 Wane, 1 Keb&#233;. De ces 24, trois corps seulement ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tout le cercle est en deuil. Jamais un si grand malheur n'y &#233;tait arriv&#233;. Un tel nombre de jeunes, l'espoir des familles, perdus d'un seul coup ! Nous les parents de France on savait qu'ils allaient arriver, mais aucun ne savait par quel moyen, nous &#233;tions loin d'imaginer des conditions si terribles. Nous avons recueilli des renseignements, depuis : tout y est terrible.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le voyage est pay&#233; le plus souvent par les familles en Europe ; le prix minimum est prohibitif pour la pauvret&#233; qui r&#232;gne au pays, il d&#233;passe le million de francs CFA. Mais il y a aussi des jeunes qui d&#233;cident tout seuls de partir, sans rien dire. Ils en ont marre de rester l&#224; et d'&#234;tre des pauvres d&#233;munis de tout, incapables d'aider leurs familles ; ils esp&#232;rent une vie meilleure. Ils partent sans le sou ou presque, ils s'arr&#234;tent &#224; chaque &#233;tape, ils se font surexploiter pour gagner assez jusqu'&#224; l'&#233;tape suivante. Tous, les uns comme les autres, vont d'abord &#224; Bamako. C'est l&#224; qu'il y a les vrais passeurs, les &#034;coxeurs&#034; qui se chargent du transport, ceux qu'il faut payer. Tout le monde sait &#231;a, les jeunes en parlent entre eux ou quand leurs copains partis avant les appellent au t&#233;l&#233;phone ; et il y a aussi le bouche-&#224;-oreille.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; De Bamako &#224; Tripoli, ils voyagent s&#233;par&#233;ment ; c'est-&#224;-dire qu'&#224; Gao ou Agadez, selon la route emprunt&#233;e, des convois sont form&#233;s avec des gens de nationalit&#233; diff&#233;rente qui ne se connaissent pas, faciles &#224; manier. Puis &#224; Tripoli, les jeunes sont souvent plac&#233;s dans des foyers de Subsahariens d'o&#249; ils ne sortent pratiquement pas ; en ville les Libyens sont rudes, les maltraitent souvent. C'est au moment d'embarquer qu'ils en sortent ; impossible alors de revenir en arri&#232;re, c'est la mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On a un seul t&#233;moignage, celui du survivant. &#192; la mi-ao&#251;t je l'ai eu au t&#233;l&#233;phone. Il restait sous le choc, il avait du mal &#224; parler. Une fois partis, trois ou quatre heures apr&#232;s, le bateau (un grand canot gonflable) a commenc&#233; &#224; se pencher du c&#244;t&#233; de la poupe, des gens sont tomb&#233;s &#224; l'eau. Les autres doivent avoir suivi, le canot s'&#234;tre d&#233;gonfl&#233;, je suppose. Le jeune ne me l'a pas dit, je n'entendais plus sa voix. Quand il a pu reparler, il m'a dit qu'il s'est accroch&#233; &#224; une planche qui a &#233;chou&#233; sur la plage, des Libyens l'ont secouru. Les t&#233;moignages d'autres migrants m'ont appris que ces canots sont pr&#233;par&#233;s &#224; la h&#226;te, avec des planches de bois. Ils ne sont pas faits pour naviguer, juste pour s'&#233;loigner du rivage, assez pour &#234;tre aper&#231;us par la marine italienne. Du coup &#231;a se perd facilement en mer. Avant d'embarquer, les passeurs d&#233;pouillent les migrants de tout, passeports, actes de naissance, tout, et aussi les ceintures et les portables et tout l'argent qu'ils ont sur eux. Ils nomment une personne et lui expliquent comment s'orienter &#224; l'aide d'une boussole ou d'un GPS, puis ils les poussent, les abandonnent &#224; la mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Depuis de nombreuses ann&#233;es les familles des Maliens de France demandent &#224; l'&#201;tat malien que le d&#233;veloppement &#233;conomique et social des r&#233;gions les plus pauvres devienne une priorit&#233; nationale. Jamais rien n'a &#233;t&#233; fait. C'est de ces r&#233;gions que viennent la plupart des jeunes qui &#233;migrent. Cette trag&#233;die qui a frapp&#233; maintenant notre cercle et le pays tout entier nous fait demander que le d&#233;veloppement des r&#233;gions pauvres devienne la grande cause nationale malienne, seul moyen de stopper la saign&#233;e des forces vives du pays. C'est au gouvernement de trouver les moyens, c'est pour cela que le peuple les a &#233;lus. &#192; la r&#233;union des familles avec les sages, le 14 septembre &#224; Bagnolet, il y avait aussi deux repr&#233;sentants du gouvernement. Le vice-consul et le repr&#233;sentant du ministre des Maliens de l'ext&#233;rieur ont dit des choses que les familles partagent. Mais nous en avons assez de beaux mots, il nous faut des actes, des faits concrets.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous n'avions jamais soup&#231;onn&#233; la dangerosit&#233; de cette travers&#233;e. Nous savions que nos jeunes prenaient &#034;le bateau&#034;, sans plus. On pensait &#224; un bateau normal. Nous savons maintenant que ce n'est pas du tout &#231;a. Aux &#201;tats, nous demandons de faire cesser ce trafic d'&#234;tres humains. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Majorit&#233; et minorit&#233; : les minorit&#233;s y passent</title>
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		<dc:subject>Sans-Papiers</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous avons men&#233; notre enqu&#234;te aupr&#232;s des familles &#224; Paris, &#224; Bamako, aux villages. Il appara&#238;t que si ce naufrage a eu lieu [voir article p. 2], c'est &#224; cause des m&#233;thodes de la fili&#232;re des passeurs. Un des responsables est originaire de S&#233;link&#233;gny, cercle de Bafoulab&#233;. Il avait un correspondant passeur malien en Libye, charg&#233; de prendre les &#171; clients &#187; &#224; Bamako, &#224; Gao. Apr&#232;s le d&#233;sert (soit par le Niger soit par l'Alg&#233;rie), ils travaillent avec les passeurs libyens qui font construire &#224; peu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous avons men&#233; notre enqu&#234;te aupr&#232;s des familles &#224; Paris, &#224; Bamako, aux villages. Il appara&#238;t que si ce naufrage a eu lieu &lt;i&gt;&lt;a href='https://yannis.lehuede.org/frenchrevolution-l-acampada-de-paris-assemblee.html' class=&#034;spip_in&#034;&gt;[voir article p. 2]&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, c'est &#224; cause des m&#233;thodes de la fili&#232;re des passeurs. Un des responsables est originaire de S&#233;link&#233;gny, cercle de Bafoulab&#233;. Il avait un correspondant passeur malien en Libye, charg&#233; de prendre les &#171; clients &#187; &#224; Bamako, &#224; Gao. Apr&#232;s le d&#233;sert (soit par le Niger soit par l'Alg&#233;rie), ils travaillent avec les passeurs libyens qui font construire &#224; peu de frais des barques destin&#233;es &#224; dispara&#238;tre en mer. Tout ce qu'ils perdent, eux, c'est les moteurs. Comment s'y prennent-ils ? Ce qui suit pourra sembler une histoire &#224; dormir debout, mais c'est ce qu'ils font. De vrais criminels assassins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand ils embarquent des gens, il y a une majorit&#233;, par exemple malienne, et des minorit&#233;s, par exemple s&#233;n&#233;galaise ou mauritanienne, etc. Les passeurs savent qu'au large &#231;a devient impossible de continuer sur de telles barques surcharg&#233;es, et ils conseillent les gens de la majorit&#233;, quand il semble probable que le bateau va couler, de diminuer la charge, le nombre de personnes, sinon de toute fa&#231;on tout le monde va y passer, c'est in&#233;vitable. Il vaut mieux limiter les d&#233;g&#226;ts. Alors la majorit&#233; qui est dans le bateau jette les minorit&#233;s par-dessus bord. Souvent, ceux qui en savent quelque chose le remarquent &#224; l'arriv&#233;e : les minorit&#233;s n'arrivent pas en Italie. Si la majorit&#233; est s&#233;n&#233;galaise, un certain point une fois atteint, la minorit&#233; malienne dispara&#238;t dans les eaux, et vice-versa.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fois, que s'est-il pass&#233; exactement ? Ils ont mis dans le m&#234;me bateau des gens qui venaient de la m&#234;me r&#233;gion, de la m&#234;me commune, il n'y avait pas de majorit&#233; et de minorit&#233;. Au moment donn&#233;, si le bateau va couler, c'est pour tout le monde. Car tout le monde se conna&#238;t, pas question de jeter X ou Y par-dessus bord. C'est ce qui s'est pass&#233;, ils &#233;taient tous condamn&#233;s &#224; attendre la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bateau, il faut le souligner, pour se faire une id&#233;e assez claire du tableau d'ensemble, est parti le 14 juillet des c&#244;tes libyennes. Normalement &#231;a dure entre deux et quatre jours. Le 20 il n'y a toujours pas de nouvelles, des familles commencent &#224; s'inqui&#233;ter. Elles appellent un peu partout. Le passeur malien qui est en Libye sait que le bateau a coul&#233; mais il ne dit rien. Il y a 80 autres candidats qui attendent, il ne veut pas perdre ce march&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#201;tat et les familles</title>
		<link>https://yannis.lehuede.org/l-etat-et-les-familles.html</link>
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		<dc:subject>Sans-Papiers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 14 septembre, pour comm&#233;morer les 109 morts par noyade du 14 juillet, et pour d&#233;battre des moyens de pr&#233;venir de tels drames, se sont r&#233;unies &#224; Bagnolet avec les sages les familles maliennes de la r&#233;gion parisienne. &#201;tait pr&#233;sent, comme repr&#233;sentant du gouvernement malien, le vice-consul, et il est intervenu deux fois : d'abord pour affirmer, ensuite pour nier, que le gouvernement vise &#224; &#171; lutter contre ce ph&#233;nom&#232;ne &#187; (de &#171; l'&#233;migration clandestine &#187;) en faveur de la seule &#171; &#233;migration (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 14 septembre, pour comm&#233;morer les 109 morts par noyade du 14 juillet, et pour d&#233;battre des moyens de pr&#233;venir de tels drames, se sont r&#233;unies &#224; Bagnolet avec les sages les familles maliennes de la r&#233;gion parisienne. &#201;tait pr&#233;sent, comme repr&#233;sentant du gouvernement malien, le vice-consul, et il est intervenu deux fois : d'abord pour affirmer, ensuite pour nier, que le gouvernement vise &#224; &lt;i&gt;&#171; lutter contre ce ph&#233;nom&#232;ne &#187;&lt;/i&gt; (de &lt;i&gt;&#171; l'&#233;migration clandestine &#187;&lt;/i&gt;) en faveur de la seule &lt;i&gt;&#171; &#233;migration l&#233;gale &#187;&lt;/i&gt;. Une fois les d&#233;bats clos, et l'assistance d&#233;j&#224; en train de partir, voil&#224; que s'am&#232;ne d'un pas ferme un homme bien b&#226;ti, bien portant, bien mis, la quarantaine &#224; peu pr&#232;s, entour&#233; de deux autres plus jeunes mais tout aussi en costard et costauds. C'&#233;tait le r&#233;pr&#233;sentant du ministre des Maliens de l'ext&#233;rieur venu pour dire : que &lt;i&gt;&#171; le gouvernement a mis en place un syst&#232;me pour rapatrier ceux qui prennent la route du d&#233;sert &#187;&lt;/i&gt;, mais que, vu l'insuffisance des &lt;i&gt;&#171; moyens &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; il est difficile de r&#233;cup&#233;rer &#187;&lt;/i&gt; tous ces gens, enfin que &lt;i&gt;&#171; les enfants de douze ans qu'on envoie dans le d&#233;sert, c'est insupportable &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; c'est criminel &#187;&lt;/i&gt;, donc &lt;i&gt;&#171; le gouvernement doit avoir les moyens de poursuivre les parents &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques minutes plus tard, alors qu'&#224; quatre on s'affairait autour d'un sage tomb&#233; dans le raide escalier en pi&#232;tre &#233;tat menant &#224; l'immeuble de la salle pr&#234;t&#233;e par la mairie (bless&#233; &#224; la figure, &#224; la t&#234;te, septuag&#233;naire&#8230; et les pompiers, puis un m&#233;decin, qui rechignent &#224; venir, c'est dimanche), voil&#224; les trois costumes-cravates au pas &#233;lastique descendre &#224; leur tour le large escalier. Celui du milieu, qui tout &#224; l'heure r&#233;pondait aux demandes de d&#233;veloppement des r&#233;gions pauvres du Mali par la criminalisation de l'extr&#234;me pauvret&#233; des familles, jette &#224; peine un regard distrait sur le vieillard chenu &#233;tendu &#224; terre et sans un geste d'h&#233;sitation passe son chemin avec son escorte. Plus que le vice-consul, ce beau monsieur gouvernemental est la photocopie de ce qu'est l'&#201;tat export&#233; en Afrique et notamment au Mali.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais avant d'en dire un mot, ces quelques paroles dites &#224; la r&#233;union, qui ne m&#233;ritent pas de s'envoler dans l'oubli : &lt;i&gt;&#171; Au Mali, on a fait acceptable l'inacceptable&#8230; Les trafiquants, tout le monde les conna&#238;t&#8230; Quelle famille peut dire je n'ai rien perdu : aucune !&#8230; Le Malien a peur de la prison ; &#231;a, c'est sa dignit&#233;&lt;/i&gt; [une raison de suicide des migrants]&#8230; &lt;i&gt;Des milliers de gens ! ceux qui sont en Libye, ceux qui sont en attente de la mort !&#8230; &#187; &lt;/i&gt; Et une femme : &#171; &lt;i&gt;Plus jamais &#231;a ! morts pour rien !... C'&#233;tait lui mon espoir, et il est mort ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat est une institution moderne. Sa notion, en tant qu'objet de pens&#233;e, n'a pas plus de cinq si&#232;cles, le mot m&#234;me, en son sens propre, n'existait pas auparavant. Les premiers observateurs de l'&#201;tat l'ont vu surgir des &#171; guerres de religion &#187; (des chr&#233;tiens europ&#233;ens entre eux) et des guerres sociales les plus acharn&#233;es, de la criminalisation f&#233;roce des masses pauvres, au cours de l'appauvrissement g&#233;n&#233;ral, devenu end&#233;mique, des populations (comparable &#224; celui des paysanneries africaines de nos jours). On peut r&#233;sumer en trois phrases simples ce que ces observateurs en ont retenu. Impossible de gouverner sans mensonge et sans crime, seul l'&#201;tat peut gouverner la soci&#233;t&#233;. Il lui est essentiel, il &#233;vite la guerre civile permanente par l'appropriation de la violence, dont il fait son exclusivit&#233;. Par ses lois il cr&#233;e le droit de propri&#233;t&#233; et la classe des propri&#233;taires, il les garantit dans leur droit par le respect des lois impos&#233; &#224; tout le monde par sa puissance arm&#233;e unique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat n'est jamais abstrait, m&#234;me quand il para&#238;t le contraire : une entit&#233; distante insaisissable. Il se compose d'un grand nombre d'hommes dont les vies d&#233;pendent, directement ou indirectement, de lui, tels ses fonctionnaires ou les propri&#233;taires. N&#233; de la division des hommes, c'est l&#224; sa substance. L'entretenir, la garantir, &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur des fronti&#232;res, c'est sa raison d'&#234;tre. Riches et pauvres, bourgeois et prol&#233;taires, citoyens et &#171; &#233;trangers &#187;&#8230; toujours une partie de la population vit aux d&#233;pens de l'autre, gr&#226;ce &#224; la force arm&#233;e de l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des pays europ&#233;ens ont paru, &#224; un moment donn&#233;, s'&#233;carter de ce mod&#232;le, cela fut le fruit de circonstances uniques dans l'histoire. Arm&#233;s du sens imm&#233;diat de la transformation de la production sociale et politique en cours, forts de la sup&#233;riorit&#233; technique des armes que l'&#233;tat de guerre permanente leur avait forg&#233;es, ces pays se sont lanc&#233;s &#224; la conqu&#234;te du monde d'une mani&#232;re jusque-l&#224; in&#233;dite. Par la traite des esclaves ils ont accumul&#233; les richesses du grand bond en avant capitaliste ; par le grand pillage colonialiste ils ont achet&#233; la paix sociale int&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, le reste du monde n'est plus un espace &#171; vide et sauvage &#187; &#224; la disposition du premier venu. L'&#171; &#201;tat-nation &#187; est un mort vivant ; m&#234;me l&#224; o&#249; il a vu le jour il co&#251;te beaucoup trop cher &#224; tenir en vie. Pourquoi cet anachronisme de vouloir l'imposer partout en mod&#232;le d'organisation de la modernit&#233; ? Le pillage des richesses ne fait aucun doute ; mais il faut sortir des sch&#233;mas re&#231;us. Par le nombre de ses jeunes volontaires et entreprenants comme par ses richesses, l'Afrique fait peur. Son essor peut &#233;branler les &#233;quilibres &#233;tablis, emprunter des voies inconnues. L'Afrique n'est pas encore tout &#224; fait acquise au monde capitaliste tel qu'il est.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Une guerre qui ne dit pas son nom</title>
		<link>https://yannis.lehuede.org/une-guerre-qui-ne-dit-pas-son-nom.html</link>
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		<dc:date>2014-11-12T21:44:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Sans-Papiers</dc:subject>
		<dc:subject>Mali &amp; Bamako</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Djibril et Lamine, jeunes fr&#232;res sans-papiers, natifs de Bamako, ex-&#233;tudiants en droit, sont arriv&#233;s en France depuis peu. Partis respectivement en f&#233;vrier et en mars derniers, ils ont pris, parcours oblig&#233; pour tant de migrants subsahariens plus ou moins d&#233;sargent&#233;s, la route du d&#233;sert en passant par la Libye, puis la M&#233;diterran&#233;e et l'Italie. &#171; D'abord, au Mali, depuis le d&#233;but de la guerre dans le nord, l'universit&#233; est en crise permanente : gr&#232;ves illimit&#233;es des professeurs sans paye, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Djibril et Lamine, jeunes fr&#232;res sans-papiers, natifs de Bamako, ex-&#233;tudiants en droit, sont arriv&#233;s en France depuis peu. Partis respectivement en f&#233;vrier et en mars derniers, ils ont pris, parcours oblig&#233; pour tant de migrants subsahariens plus ou moins d&#233;sargent&#233;s, la route du d&#233;sert en passant par la Libye, puis la M&#233;diterran&#233;e et l'Italie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; D'abord, au Mali, depuis le d&#233;but de la guerre dans le nord, l'universit&#233; est en crise permanente : gr&#232;ves illimit&#233;es des professeurs sans paye, gr&#232;ves illimit&#233;es des &#233;tudiants pour leurs droits. Aux revendications traditionnelles (avant tout les bourses, sans bourses les &#233;tudiants des familles modestes ne peuvent pas poursuivre leurs &#233;tudes) s'ajoute aujourd'hui celle du droit &#224; des cours r&#233;guliers, sans ann&#233;es blanches : &#231;a a &#233;t&#233; le cas en 2012, et &#231;a a risqu&#233; de l'&#234;tre aussi en 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Puis il y a le fait que les titres publics maliens ne servent pas &#224; grand-chose, le nombre des places est tr&#232;s limit&#233;, et sans relations tu n'as aucune chance de trouver un emploi. Les bons boulots sont r&#233;serv&#233;s aux enfants des riches, qui ont des dipl&#244;mes &#233;trangers. M&#234;me les facs priv&#233;es, &#224; part qu'elles sont ch&#232;res et r&#233;serv&#233;es aux &#233;lites, leurs titres ne sont pas aussi comp&#233;titifs sur le march&#233; du travail que les titres fran&#231;ais. Nous avons tous les deux adress&#233; &#224; des universit&#233;s fran&#231;aises nos dossiers pour venir &#233;tudier en France : r&#233;ponses n&#233;gatives, sans m&#234;me nous dire le motif. Tant qu'&#224; perdre encore des ann&#233;es pour rien, apr&#232;s deux ans de tentatives vaines, nous avons d&#233;cid&#233; : venir ici voir si on trouve du travail, et, qui sait, avec un peu de chance, m&#234;me poursuivre nos &#233;tudes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;cision de tenter l'aventure a &#233;t&#233; prise d'un commun accord. D'abord est parti Djibril plus &#226;g&#233; (21 ans), ensuite Lamine, de deux ans plus jeune :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; J'&#233;tais le seul de la famille &#224; savoir du d&#233;part de mon grand fr&#232;re. Nous &#233;tions d'accord : si tout se passait bien, il m'appellerait d'Italie et je partirais &#224; mon tour. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Par de petits boulots, notamment dans le b&#226;timent (Djibril aussi dans l'h&#244;tellerie et, vraie chance, dans des spots de pub pour la t&#233;l&#233;), les deux fr&#232;res ont &#233;pargn&#233; pendant deux ans et pu payer aux passeurs maliens le prix (tout compris, et fix&#233; &#171; &#224; la t&#234;te du client &#187;) de Bamako jusqu'aux c&#244;tes italiennes : Djibril un million 150 mille francs CFA (environ 1750 euros), et Lamine un million 50 mille, de grosses sommes pour de jeunes Bamakois. En M&#233;diterran&#233;e, ils ont trouv&#233; du beau temps et la mer plate, aussi peuvent-ils apporter aujourd'hui leur t&#233;moignage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Djibril.&lt;/strong&gt; Je ne suis pas pass&#233; par le nord du Mali &#224; cause de la guerre. Je suis pass&#233; par le Burkina et le Niger. En bus jusqu'&#224; Agadez, presque 2500 km : un voyage extr&#234;mement fatigant. Les bus se relayaient, les policiers nous arr&#234;taient le long des routes, et il fallait &#224; chaque fois payer la &#171; taxe &#187; : ou tu payes ou on t'am&#232;ne au poste, et tu paieras quand m&#234;me. Mais entre-temps tu auras perdu ton bus.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Agadez, j'ai rejoint un convoi de cinquante migrants et nous voil&#224; partis sur deux pick-up pour une course folle &#224; travers le d&#233;sert : deux jours et deux nuits pour faire pr&#232;s de 1400 km de pistes jusqu'&#224; la ville de Gatrun en Libye. Pour tenir &#224; 25 dans une de ces voitures, il y a une disposition en rangs serr&#233;s &#224; respecter, et d&#232;s que tu as pris place assis sur le bord de l'arri&#232;re, les jambes pendant &#224; l'ext&#233;rieur, les mains accroch&#233;es &#224; la barre de fer pour ne pas tomber dehors, coll&#233; &#224; des gars &#224; droite &#224; gauche, et avec au dos les autres se tenant debout tass&#233;s comme des sardines, tu ne peux absolument plus bouger. Les chauffeurs conduisent &#224; toute vitesse risquant &#224; tout moment de capoter, surtout dans les descentes des dunes, mais si c'est toi qui bouges, pris de crampes et de douleurs aux jambes, aux bras, partout, alors tu fais bouger tout le rang et tu compromets &#171; la stabilit&#233; &#187; : ils s'arr&#234;tent, ils descendent, te frappent &#224; coups de b&#226;tons, te menacent de mort avec un pistolet &#171; si tu bouges encore &#187;. Nos deux chauffeurs (un par voiture) &#233;taient de v&#233;ritables fous, superarm&#233;s : kalachnikov et tout. De surcro&#238;t rien &#224; manger, rien &#224; boire, impossible de faire ses besoins sauf s'ils s'arr&#234;taient un moment &#224; leur fantaisie. Il fallait alors rester sur le qui-vive, si tu te laissais aller &#224; la fatigue tu risquais d'&#234;tre abandonn&#233; en plein d&#233;sert, car ils red&#233;marraient tout &#224; coup sans pr&#233;venir personne. Il faut y &#234;tre pass&#233;, pour savoir ce qu'est un tel voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a chang&#233; de voitures et de chauffeurs &#224; moiti&#233; route, &#224; Dirkou, bourg plein de soldats. On a &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;s, fouill&#233;s, &#171; tax&#233;s &#187; comme par les policiers nig&#233;rians, alors on a pu repartir. Apr&#232;s, pour passer la fronti&#232;re, on a encore pay&#233; vingt dinars par t&#234;te aux soldats libyens. &#192; Gatrun les chauffeurs ont disparu pour repara&#238;tre deux jours plus tard et nous annoncer que nous avions &#224; payer chacun trente dinars jusqu'&#224; Sebha. Nous avions d&#233;j&#224; pay&#233; &#224; Bamako pour cette destination, et, apr&#232;s les &#171; taxes &#187; aux policiers et aux soldats, personne n'avait plus rien ou presque. Ils nous ont amen&#233;s &#224; la &#171; maison de paye &#187; : dans l'attente que nos familles paient pour nous. J'ai appel&#233; la mienne, le passeur de Bamako a &#233;t&#233; pay&#233; et a appel&#233; que c'&#233;tait bon. J'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; Sebha apr&#232;s quatre jours de s&#233;questration ; j'ignore ce qu'il est advenu des autres. Tous les migrants que j'ai crois&#233;s dans le d&#233;sert &#233;taient de pauvres gens partis &#224; l'aventure comme moi, personne ne savait ce qui nous attendait l&#224; et puis en mer. &#192; Bamako on m'avait dit qu'en Libye il y avait eu des morts, mais je suis parti quand m&#234;me. Des amis &#224; moi &#233;taient bien pass&#233;s, ils n'avaient pas &#233;t&#233; tu&#233;s. Tout jeune Africain vous le dira : m&#234;me quand on te tire dessus, on peut toujours te manquer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Sebha, j'ai pass&#233; une nuit dans une sorte de foyer nig&#233;rien o&#249; il y avait plein de monde, m&#234;me des petits enfants. Tout le monde enferm&#233;. Avec d'autres j'&#233;tais dans la cour. Et rien de pr&#233;vu pour manger. Heureusement j'avais achet&#233; des baguettes en arrivant en ville. On m'avait dit qu'il fallait de trois &#224; cinq jours pour Tripoli : vu l'exp&#233;rience pr&#233;c&#233;dente, je voulais avoir quelque chose &#224; mettre sous la dent pendant le voyage. Au r&#233;veil, mon sac &#233;tait vide : des gens affam&#233;s s'&#233;taient servis. Au petit matin, pour sortir de la ville nous &#233;tions une dizaine dans un pick-up : une rang&#233;e couch&#233;e sur le c&#244;t&#233;, et une deuxi&#232;me sur la premi&#232;re, de sorte &#224; nous cacher aux regards. On nous a fait descendre dans une ferme loin de la ville, on ne l'apercevait m&#234;me plus. Deux autres pick-up sont venus, avec des gars couch&#233;s pareil, et ils sont repartis. Puis deux autres, chacun avec une dizaine de personnes. C'est sur ces deux-l&#224; qu'on nous a fait monter. Mais avant, les quatre chauffeurs arm&#233;s nous ont fait jeter nos sacs sans nous donner d'explication (on ne t'explique jamais, on te commande, tu ob&#233;is et c'est tout), et nous voil&#224; partis pour Tripoli, d&#233;pouill&#233;s de tout (sauf nos documents, ceux qui ne les avaient pas laiss&#233;s dans les sacs), et dispos&#233;s de m&#234;me qu'au Niger, mais dans des pick-up plus petits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier jour a &#233;t&#233; le plus dur. Pour rien au monde je ne voudrais en refaire l'exp&#233;rience. Les chauffeurs &#233;taient encore plus fous qu'au Niger. Debout, ballot&#233; dans tous les sens, mes &#233;paules et mes bras cognant sans arr&#234;t contre ceux des gars &#224; mes c&#244;t&#233;s, je serrais la barre de fer avec la force du d&#233;sespoir. Sans manger et sans boire, apr&#232;s quelques heures j'&#233;tais si ext&#233;nu&#233; que je me sentais d&#233;faillir, j'&#233;tais tent&#233; de l&#226;cher prise : ainsi ce serait fini ! mieux renoncer et mourir. Je ne sais pas comment j'ai tenu bon. Finalement vers le milieu de l'apr&#232;s-midi on est arriv&#233;s &#224; une route goudronn&#233;e o&#249; deux autres pick-up nous attendaient. On est repartis aussit&#244;t. Personne n'a donn&#233; &#224; boire aux b&#234;tes &#233;puis&#233;es et assoiff&#233;es que nous &#233;tions.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait la route pour Tripoli. Mais nous l'avons bien vite quitt&#233;e, on apercevait au loin un barrage de la police. Mais voil&#224; que derri&#232;re nous un camion s'est mis &#224; klaxonner pour signaler notre pr&#233;sence et notre tentative de fuite. Un pick-up arm&#233; d'une mitrailleuse s'est alors d&#233;tach&#233; du barrage et a commenc&#233; &#224; nous poursuivre sur le sable, les policiers hurlaient de nous arr&#234;ter, mena&#231;ant de tirer, mais nos deux pick-up fon&#231;aient &#224; toute allure, nous &#233;tions morts de peur. Quand les policiers ont r&#233;ussi &#224; nous couper la route, nous nous attendions au pire. Nos chauffeurs sont descendus et leur ont parl&#233;. L'affaire a &#233;t&#233; tr&#232;s vite r&#233;gl&#233;e. Je n'ai pas vu s'ils ont re&#231;u de l'argent, mais nous sommes repartis et les policiers aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cr&#233;puscule, nous sommes descendus dans un village o&#249; nous avons pu boire. On nous a apport&#233; des p&#226;tes, de l'huile, de quoi cuire un repas. Nous &#233;tions sous une esp&#232;ce de tente &#224; l'air inhabit&#233;e. Plus tard pourtant deux Maliens et deux S&#233;n&#233;galais sont arriv&#233;s, c'&#233;tait leur tente. Ils avaient &#233;t&#233; abandonn&#233;s par leur passeur. Ils l'avaient pay&#233; pour aller de Sebha &#224; Tripoli mais, arriv&#233;s dans ce village, il s'&#233;tait barr&#233;. Ils &#233;taient l&#224; depuis un mois, sans argent et cherchant du travail. Depuis, ils travaillaient en effet : pour un Libyen qui refusait de les payer et les tenait sous la menace de ses armes et de les d&#233;noncer s'ils s'enfuyaient. Le lendemain matin nous sommes partis les laissant sur place, ils n'avaient pas l'argent pour se joindre &#224; nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions de nouveau chang&#233; de pick-up et de chauffeurs, et &#224; partir de l&#224; ces changements ont &#233;t&#233; nombreux. Alors qu'on souffrait toujours de la soif et de la faim, cela nous a retard&#233;s beaucoup : dix jours en tout entre Sebha et Tripoli, moins de 800 km de route normale, mais nous avons emprunt&#233; tous les d&#233;tours possibles et imaginables. Une partie de la premi&#232;re nuit nous l'avons pass&#233;e assis sur une b&#226;che sous la pluie, armes braqu&#233;es sur nous, avant de reprendre la route. Les pick-up avaient une b&#226;che cette fois, mais cet abri n'a pas rendu le trajet moins dur. Oblig&#233;s de rester assis et tass&#233;s dans un espace encore plus restreint, on ne pouvait pas bouger, tout le monde avait tr&#232;s mal aux jambes.&lt;br class='autobr' /&gt;
On nous annonce Tripoli !... Et on nous fait descendre dans une esp&#232;ce de ferme si isol&#233;e qu'on ne voyait alentour aucune maison. Mais nous n'&#233;tions, nous a-t-on dit, qu'&#224; 80 km de la capitale. Il y avait l&#224; beaucoup de monde, entre deux ou trois cents personnes au moins. Sans toilettes, juste de l'eau en bidons pour nous d&#233;salt&#233;rer. On &#233;tait tous sous cl&#233; dans des espaces extr&#234;mement r&#233;duits. Un gardien nous a vendu des biscuits, on a pu grignoter. On attendait l&#224; d'aller en taxi chez le passeur en ville. En taxi pour passer inaper&#231;us. &#192; bord on te fait tenir la t&#234;te repli&#233;e sur tes genoux, et j'ai entendu dire qu'ils mettent des gens m&#234;me dans les coffres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Tripoli, je n'ai pas &#233;t&#233; comme d'autres dans un foyer. On m'a dit que ces foyers sont des endroits dangereux, surpeupl&#233;s. Les Libyens viennent faire du mal aux personnes, les voler, les kidnapper pour les faire travailler gratuitement, les Subsahariens n'ayant pas la possibilit&#233; d'aller se plaindre &#224; qui que ce soit. Le passeur m'a mis dans une chambre toute petite o&#249; j'&#233;tais seul. Puis d'autres sont arriv&#233;s, nous &#233;tions cinq dans l'attente d'embarquer. Il y avait de l'eau courante, les toilettes, de quoi pr&#233;parer &#224; manger, mais c'&#233;tait l'hiver, on tremblait de froid. Au bout de trois jours on nous a amen&#233;s ailleurs, et une semaine apr&#232;s dans une villa abandonn&#233;e &#224; un jour de route de la ville. Peu apr&#232;s, nous revoil&#224; en chemin : je dis bien en chemin, car nous avons gagn&#233; &#224; pied une maison &#233;trange d&#233;pourvue tout &#224; fait de portes, on est entr&#233;s en passant par les fen&#234;tres. Deux jours apr&#232;s d'autres sont arriv&#233;s, nous &#233;tions 102 en tout : le convoi qui devait embarquer. Cette maison, j'y ai pass&#233; neuf jours. Quand j'y pense, &#231;a me soul&#232;ve le c&#339;ur encore aujourd'hui. Auparavant, je croyais avoir touch&#233; le fond du d&#233;go&#251;t, mais l&#224;, rien que l'odeur, c'&#233;tait quelque chose d'&#233;pouvantable. Les passeurs en partant fermaient les fen&#234;tres de l'ext&#233;rieur, et il y avait en plus une forte odeur de gaz et de chiottes bouch&#233;es, des gens &#233;taient malades et vomissaient. Quand quatre gars ont r&#233;ussi &#224; s'enfuir, cela a &#233;t&#233; encore pire, les passeurs ont condamn&#233; toutes les fen&#234;tres en les bloquant avec des crochets. J'&#233;tais si d&#233;go&#251;t&#233; que j'avais perdu tout go&#251;t de la vie, tout espoir et toute force morale, je ne voulais plus continuer. Vrai, je ne d&#233;sirais que rentrer chez moi au Mali, mais comment ? Quand tu es dans les mains des passeurs, tu n'es plus un homme, tu es leur chose. Ils font de toi ce qu'ils veulent. C'&#233;taient mes pens&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour apr&#232;s la pose des crochets, nous avons dit aux passeurs : &#231;a suffit comme &#231;a, ou bien on embarque ou bien on va tout casser. Ils ont r&#233;pondu d'accord, on y va demain. Le matin suivant nous voil&#224; d&#233;barqu&#233;s dans une autre villa abandonn&#233;e, mais seuls y &#233;taient ceux &#171; en r&#232;gle &#187;, ceux pour qui les passeurs pr&#233;c&#233;dents avaient r&#233;gl&#233; aux passeurs de la mer les sommes convenues. Dix gars &#233;taient rest&#233;s l&#224;-bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fois la villa &#233;tait au bord de la mer. Cette vue (c'&#233;tait la premi&#232;re fois de ma vie), &#231;a m'a fait vraiment quelque chose. L'infini des eaux et celui du ciel, la lumi&#232;re diff&#233;rente, l'odeur diff&#233;rente, un autre monde&#8230; En voyant cette mer, j'ai senti mon courage revenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis j'ai vu sur la plage des gens occup&#233;s &#224; construire les bateaux pour migrants, notre bateau. En les voyant, en voyant ces fr&#234;les embarcations &#233;quip&#233;es de moteurs hors-bord, tout ce qu'il y a de plus loin de l'id&#233;e qu'on peut se faire d'un bateau de passagers, en les comparant &#224; l'immensit&#233; de l'&#233;tendue d'eau devant moi, j'ai senti mon courage de nouveau s'en aller. Quelle folie !... si j'avais su !... Avant mon d&#233;part de Bamako, en parlant avec d'autres aspirants migrants, j'avais appris qu'il y avait eu un naufrage avec beaucoup de morts. Mais j'&#233;tais loin de m'imaginer que chaque jour il y a des migrants noy&#233;s en M&#233;diterran&#233;e. Je ne l'ai su qu'une fois en Italie. Alors j'ai imm&#233;diatement compris, car j'ai revu mon bateau.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait un zodiac bricol&#233; pour transporter une centaine de personnes, un canot gonflable au fond duquel des planches en bois avaient &#233;t&#233; rajout&#233;es pour le renforcer. Finalement nous n'&#233;tions que 88 (presque tous des Maliens) : une chance pour nous, ces quatre gars qui s'&#233;taient enfuis et ces dix autres rest&#233;s dans la maison sans fen&#234;tres, la charge &#233;tait moins lourde. Par la suite j'ai su que des bateaux semblables transportent jusqu'&#224; 140-150 personnes, ce sont ceux qui coulent normalement. Le soir m&#234;me, vers 22h, on nous a fait embarquer. On nous a fouill&#233;s, enlev&#233; toutes nos affaires, nos documents et nos dossiers pr&#233;cieusement conserv&#233;s pour montrer en Europe nos titres et nos comp&#233;tences ; de plus, sans portables, impossible de communiquer ; si nous mourions, personne ne saurait ; et rien sur nous, impossible demain d'identifier nos cadavres. Une fois &#224; bord, nous avons appris que nous allions seuls &#224; l'aventure, les passeurs restaient &#224; terre. Ils ont nomm&#233; un &#171; capitaine &#187;, un jeune Gambien qui s'y connaissait un peu, ils lui ont donn&#233; un talkie-walkie pour parler avec eux en cas de besoin (avec l'ordre de le jeter &#224; la mer une fois rep&#233;r&#233;s par les Italiens) et une boussole. Il ne fallait pas s'&#233;carter de la direction de la fl&#232;che, le nord, on finirait par &#234;tre aper&#231;us par la marine italienne, alors nous serions en Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes partis, la mer &#233;tait calme, elle l'est rest&#233;e toute la nuit. Le lendemain vers 13h un grand navire de guerre accompagn&#233; d'un h&#233;licopt&#232;re nous a aper&#231;us, on &#233;tait sauv&#233;s. Je suis arriv&#233; en Italie le 20 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lamine.&lt;/strong&gt; D&#232;s que mon fr&#232;re m'a appel&#233; d'Italie, je suis parti moi aussi. Mais sans passer par le Niger. Un ami m'avait t&#233;l&#233;phon&#233; : surtout pas le Niger, c'est l'enfer ! la route la plus s&#251;re est encore le nord du Mali malgr&#233; la guerre. Gr&#226;ce &#224; cet ami je n'ai pas eu &#224; subir les m&#234;mes &#233;preuves que mon grand fr&#232;re. Vous voyez combien elle est cruelle cette guerre sans nom men&#233;e contre les migrants subsahariens, beaucoup plus dangereuse qu'une guerre ouverte et d&#233;clar&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
On &#233;tait 25 (que des hommes maliens et une minorit&#233; d'Ivoiriens) sur un seul pick-up. On avait tous tr&#232;s peur, on allait traverser la zone des rebelles du MNLA. Mais le voyage s'est tr&#232;s bien pass&#233;, sauf que l'argent pay&#233; au passeur de Bamako ne comprenait pas la somme due aux rebelles pour continuer, 40 dinars chacun. Nous nous sommes arr&#234;t&#233;s quelques fois, comme &#224; Tamanrasset en Alg&#233;rie ; nos routes se s&#233;parant, il fallait former de nouveaux convois. Mais le voyage n'est devenu fatigant qu'&#224; la fronti&#232;re libyenne et apr&#232;s. D'abord pour gagner Ghadam&#232;s, les 35 que nous &#233;tions, en minibus depuis Tamanrasset, nous avons d&#251; descendre et marcher cinq heures la nuit dans le d&#233;sert en suivant un guide touareg ; puis le jour suivant, quand de Ghadam&#232;s nous sommes partis &#224; quinze pour Tripoli, couch&#233;s sur un pick-up et cach&#233;s sous une b&#226;che. Toute une journ&#233;e, &#231;a a &#233;t&#233; tr&#232;s fatigant. Mais rien de comparable &#224; ce qu'a pass&#233; mon fr&#232;re. Je n'ai souffert ni de la soif ni de la faim, on nous apportait des mets tout pr&#233;par&#233;s, et, cette nuit-l&#224;, nous avons dormi dans un champ. Jamais on ne m'a menac&#233; avec des armes. Nous avons mis deux jours, chang&#233; deux fois de voiture pour Tripoli, l'entr&#233;e s'y est faite aussi au moyen de taxis.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le lendemain nous sommes repartis &#224; huit pour une villa au bord de la mer, &#224; une demie-heure de route. Cette vue immense que je d&#233;couvrais, c'est impressionnant, la premi&#232;re fois ; mais je n'ai pas &#233;t&#233; aussi frapp&#233; que mon fr&#232;re, j'&#233;tais pr&#233;par&#233; par tout ce qu'il m'en avait dit au t&#233;l&#233;phone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette villa abandonn&#233;e je suis rest&#233; un mois. &#192; mon arriv&#233;e, dans les trois pi&#232;ces il y avait une vingtaine de personnes. Puis, jour apr&#232;s jour, d'autres sont venues s'ajouter, au plus fort on &#233;tait exactement 125. Les pi&#232;ces &#233;taient grandes, mais l'encombrement &#233;tait tel qu'on n'arrivait pas &#224; bouger, m&#234;me le jour ; alors la nuit, dormir, c'&#233;tait tr&#232;s dur. Couch&#233;s sur le c&#244;t&#233;, les uns contre les autres, tout le monde &#233;tait coinc&#233; et on ne pouvait faire aucun mouvement. Pour te retourner, pas moyen de le faire sans te lever et d&#233;ranger tes voisins. Rien d'&#233;tonnant si pendant ce mois quatre gars sont tomb&#233;s malades d'une assez forte fi&#232;vre. On les a amen&#233;s &#224; Tripoli pour les soigner, ils sont revenus gu&#233;ris dix jours apr&#232;s, le jour du d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment d'embarquer on nous a tout enlev&#233; : documents, portables, m&#234;me nos ceintures. Avec l'agrafe tu peux crever le bateau pneumatique, para&#238;t-il&#8230; il faut &#234;tre fou ! Il ne nous restait que nos v&#234;tements sur nous. J'ai fait deux d&#233;parts, le premier s'est mal pass&#233;. On nous a fait monter &#224; 145 sur le bateau, un zodiac gonflable comme celui de mon fr&#232;re. Par chance on &#233;tait encore tout pr&#232;s du rivage. Une centaine de m&#232;tres, m&#234;me pas, et &#231;a a commenc&#233; &#224; faire eau. &#199;a rentrait par le fond, par les planches de bois rajout&#233;es pour porter un si grand nombre de gens. Ceux qui savaient nager se sont jet&#233;s &#224; l'eau, notre capitaine (lui aussi un Gambien de 18 ans) a fait demi-tour, une fois au rivage l'eau nous arrivait d&#233;j&#224; au bassin, mais ceux qui, comme moi, ne savaient pas nager ont pu d&#233;barquer sains et saufs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si cela s'&#233;tait pass&#233; en haute mer ?... Nous avons commenc&#233; &#224; comprendre combien dangereuse pouvait &#234;tre cette travers&#233;e. Nous avons discut&#233; avec les passeurs, ils ont convenu qu'il fallait moins de personnes sur le bateau. Une semaine apr&#232;s nous &#233;tions 110 (trois quarts Maliens, hommes, et aussi trois femmes nig&#233;rianes). Avec le m&#234;me capitaine &#224; la barre on est partis vers 20h, la mer &#233;tait bonne, le lendemain vers 10h un navire de la marine italienne nous a aper&#231;us.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout ce mois en Libye, au bord de cette mer, je n'ai jamais entendu personne parler de tous ces milliers de migrants, morts noy&#233;s, et les autres l'ignoraient comme moi. Ce n'est qu'en Italie que j'en ai entendu parler. La premi&#232;re fois &#231;a a &#233;t&#233; sur le navire m&#234;me qui nous a recueillis, ils parlaient d'un important naufrage arriv&#233; la veille. Par la suite j'en ai appris beaucoup plus, aussi faut-il que je pr&#233;cise ce que j'ai dit tout &#224; l'heure. Une guerre qui ne dit pas sans nom, une guerre beaucoup plus meurtri&#232;re qu'une guerre d&#233;clar&#233;e, est men&#233;e contre la jeunesse africaine. C'est mon avis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Prochain Forum social mondial</title>
		<link>https://yannis.lehuede.org/prochain-forum-social-mondial.html</link>
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		<dc:date>2014-11-12T21:43:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Sans-Papiers</dc:subject>
		<dc:subject>Caravane des Sans-Papiers</dc:subject>
		<dc:subject>Tunisie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le prochain Forum social mondial, pr&#233;vu pour mars 2015, se tiendra, comme en 2013, &#224; Tunis. La Coalition internationale des sans-papiers et migrants et la Coordination de sans-papiers de Paris ont, m&#234;me pour 2015, la ferme intention d'y faire retentir la voix des migrants sans-papiers (sur les espoirs et la d&#233;ception de la participation de 2013, voir la Voix des sans-papiers, num&#233;ros 10 et 11). Pour assurer leur pr&#233;sence au forum, une demande de &#171; d&#233;l&#233;gation prot&#233;g&#233;e &#187; vient d'&#234;tre d&#233;pos&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le prochain &lt;strong&gt;Forum social mondial&lt;/strong&gt;, pr&#233;vu pour mars 2015, se tiendra, comme en 2013, &#224; Tunis. La Coalition internationale des sans-papiers et migrants et la Coordination de sans-papiers de Paris ont, m&#234;me pour 2015, la ferme intention d'y faire retentir la voix des migrants sans-papiers (sur les espoirs et la d&#233;ception de la participation de 2013, voir la Voix des sans-papiers, num&#233;ros 10 et 11). Pour assurer leur pr&#233;sence au forum, une demande de &#171; d&#233;l&#233;gation prot&#233;g&#233;e &#187; vient d'&#234;tre d&#233;pos&#233;e en France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces migrants viennent pour la plupart des pays subsahariens. Dans leur route vers l'Europe, ils traversent les pays du Maghreb (y s&#233;journant souvent pendant des ann&#233;es), o&#249; ils sont les victimes de pers&#233;cutions raciales et d'exactions et crimes de la part des polices d'&#201;tat. Le projet pour 2015 est ambitieux : arriver &#224; Tunis par une caravane au d&#233;part du Mali, en traversant le S&#233;negal, la Mauritanie, le Sahara Occidental, le Maroc, l'Alg&#233;rie. Pourquoi un si long parcours ? Pour expliquer sur place aux populations les naufrages et les noyades et les morts par milliers dont sont victimes tous ces jeunes qui quittent l'Afrique vers l'Europe, pour leur expliquer lesquels sont les vrais responsables : d'abord l'Europe elle-m&#234;me, et ensuite les gouvernements africains &#224; la solde des int&#233;r&#234;ts europ&#233;ens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'or ou l'&#233;migration : ont-ils le choix ?</title>
		<link>https://yannis.lehuede.org/l-or-ou-l-emigration-ont-ils-le.html</link>
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		<dc:date>2014-11-12T21:42:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Sans-Papiers</dc:subject>
		<dc:subject>Mali &amp; Bamako</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Mali est riche de son or &#8211; mais sa population ? Nous en avions fait le sujet d'un num&#233;ro de la Voix des sans-papiers il y a trois ans (n. 6, 26 octobre 2011, L'or de K&#233;ni&#233;ba), le lecteur pourra y trouver peut-&#234;tre encore mati&#232;re &#224; se questionner et &#224; chercher un bout de r&#233;ponse. Mais qu'en est-il au juste trois ans apr&#232;s ? Pourquoi un pays d'Afrique au sous-sol si riche, et non seulement en or, continue d'exporter surtout (comme d'autres pays africains au sol non moins riche) ses jeunes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Mali est riche de son or &#8211; mais sa population ? Nous en avions fait le sujet d'un num&#233;ro de la Voix des sans-papiers il y a trois ans (n. 6, 26 octobre 2011, &lt;i&gt;L'or de K&#233;ni&#233;ba&lt;/i&gt;), le lecteur pourra y trouver peut-&#234;tre encore mati&#232;re &#224; se questionner et &#224; chercher un bout de r&#233;ponse. Mais qu'en est-il au juste trois ans apr&#232;s ? Pourquoi un pays d'Afrique au sous-sol si riche, et non seulement en or, continue d'exporter surtout (comme d'autres pays africains au sol non moins riche) ses jeunes travailleurs pouss&#233;s au d&#233;sespoir et &#224; l'&#233;migration par le sous-emploi et la pauvret&#233; des familles, et cela ind&#233;pendamment de la guerre dans les r&#233;gions du nord ? Pour faire bref : pourquoi ces jeunes Noirs vaillants et volontaires ne choisissent-ils pas plut&#244;t &#171; l'or &#187; ? La r&#233;ponse n'est peut-&#234;tre pas &#233;vidente, mais la question n'est peut-&#234;tre pas non plus si simple. Quoi qu'il en soit, questionn&#233; l&#224;-dessus par des amis, l'un des responsables de la CSP75 lors de l'occupation de la Bourse du travail de Paris en 2008-2009 et de l'occupation de Baudelique en 2009-2010, r&#233;gularis&#233; depuis en France, mais rentr&#233; au Mali, a bien voulu r&#233;pondre. Sa r&#233;ponse est d'autant plus int&#233;ressante qu'il travaille comme cadre dans une importante soci&#233;t&#233; mini&#232;re du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entre l'or et l'&#233;migration, le choix n'est pas ais&#233; ! Jugez-en plut&#244;t. Pour les orpailleurs, qui s'engouffrent dans les entrailles de la terre &#224; la recherche du m&#233;tal pr&#233;cieux, les risques encourus sont trop &#233;lev&#233;s : &#233;boulements, asphyxie, absence d'autorit&#233; de l'&#201;tat, attaques r&#233;guli&#232;res des petits exploitants par des bandits qui laissent souvent des cadavres sur place. Et &#224; c&#244;t&#233;, une grande pollution li&#233;e &#224; la m&#233;connaissance des techniques modernes d'exploitation. En d&#233;pit de cela, de leur caract&#232;re informel, on rencontre sur ces sites un monde fou, estim&#233; (en 2002) &#224; plus de 20000 personnes sur l'ensemble du territoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quant &#224; l'exploitation industrielle, &#034;il n'y a pas photo&#034;, comme disent les enfants. Dans le seul site o&#249; je travaille il y a plus d'une vingtaine de sous-traitants avec un personnel d&#233;passant 2000 personnes. L'or ne brille pas pour les populations, titrait le 1er juillet dernier le R&#233;publicain, quotidien d'information de Bamako. Pourtant, selon M. Sangare, pr&#233;sident du Groupe de suivi budg&#233;taire, le secteur minier est devenu depuis quelques d&#233;cennies la cl&#233; de vo&#251;te de notre &#233;conomie, avec un apport de plus de 275 milliards de francs CFA en 2012, soit 70% des exportations et 8% du PIB. La troisi&#232;me place de notre pays, en Afrique, en termes de production aurif&#232;re, derri&#232;re le g&#233;ant sud-africain et le Ghana, n'est pas usurp&#233;e. Il reviendrait &#224; nos autorit&#233;s de faire en sorte que l'or soit un levier de d&#233;veloppement pour les autres secteurs &#233;conomiques, tout au moins dans les zones de production. M. Sangare d&#233;plore justement que, malgr&#233; leur apport &#233;norme &#224; l'&#233;conomie nationale, la plupart de ces zones demeurent tr&#232;s pauvres, et ne parviennent toujours pas &#224; amorcer un d&#233;but de d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce qui arrive aux migrants sur ces embarcations de fortune qui traversent la M&#233;diterran&#233;e, est sans doute imputable avant tout &#224; nos mauvaises politiques nationales. Rappelons-nous le slogan de campagne du candidat IBK (Ibrahim Boubacar Ke&#239;ta) : &#034;le Mali d'abord !&#034; Consid&#233;rons ensuite ses actes, depuis qu'il est le pr&#233;sident du pays. Ils d&#233;mentent outrageusement ses promesses. Pour commencer il r&#233;nove son chez lui sur le budget national, au lieu d'habiter la r&#233;sidence habituelle des pr&#233;sidents ! puis il acquiert, malgr&#233; le Boeing en parfait &#233;tat laiss&#233; par son pr&#233;d&#233;cesseur, un avion &#224; pr&#232;s de 20 milliards de nos francs ! Est-ce que c'est l'achat d'un deuxi&#232;me avion pr&#233;sidentiel la priorit&#233; du Mali ? alors que, pour ne mentionner que &#231;a, notre arm&#233;e manque de tout ! alors qu'il est surtout urgent de construire des &#233;coles partout dans le pays !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La question reste en somme enti&#232;re sur le choix pas forc&#233;ment corn&#233;lien entre l'&#233;migration et l'or. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Extrait d'emission radio</title>
		<link>https://yannis.lehuede.org/extrait-d-emission-radio.html</link>
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		<dc:date>2014-11-12T21:41:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Sans-Papiers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(Source : FPP, 4 septembre 2014, adaptation) &lt;br class='autobr' /&gt; Je viens pour la troisi&#232;me fois &#224; l'antenne vous parler des Subsahariens au Maroc. L'heure est tr&#232;s grave. Ils subissent une r&#233;pression f&#233;roce. Je vous avais parl&#233; de ceux qui ont &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233;s d'une terrasse du quatri&#232;me &#233;tage. Sur cet assassinat la police n'a pas encore ouvert une enqu&#234;te. &#192; l'heure o&#249; je vous parle, il y a des manifestations devant le b&#226;timent des Nations Unies &#224; Rabat, les Subsahariens se sont mobilis&#233;s devant leurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;(Source : FPP, 4 septembre 2014, adaptation)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je viens pour la troisi&#232;me fois &#224; l'antenne vous parler des Subsahariens au Maroc. L'heure est tr&#232;s grave. Ils subissent une r&#233;pression f&#233;roce. Je vous avais parl&#233; de ceux qui ont &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233;s d'une terrasse du quatri&#232;me &#233;tage. Sur cet assassinat la police n'a pas encore ouvert une enqu&#234;te. &#192; l'heure o&#249; je vous parle, il y a des manifestations devant le b&#226;timent des Nations Unies &#224; Rabat, les Subsahariens se sont mobilis&#233;s devant leurs ambassades pour d&#233;noncer ce qui s'est pass&#233; dans la nuit du 29 au 30 ao&#251;t. Un S&#233;n&#233;galais du nom de Charles Ndour a &#233;t&#233; &#233;gorg&#233;. Les fois pr&#233;c&#233;dentes, comme pour les deux Camerounais d'il y a quelques jours, c'&#233;tait des &#171; accidents &#187;, ainsi qu'ils ont l'habitude de le dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des dizaines et des dizaines de bless&#233;s graves. On me dit ce matin qu'un autre Camerounais a rendu l'&#226;me, et qu'un Ivoirien est dans un &#233;tat tr&#232;s grave. Il y a tout un syndicat de &#171; radicalistes &#187; qui s'est cr&#233;&#233; &#224; Tanger. La population parle de syndicat raciste contre les Noirs. Il recrute et finance des jeunes d&#233;s&#339;uvr&#233;s et les pousse &#224; commettre ces agressions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus &#233;tonnant c'est l'hypocrisie des associations marocaines avec qui nous travaillons depuis des ann&#233;es. Dans les r&#233;seaux des migrants, on pr&#233;sente l'info avec photos &#224; l'appui, mais des militants marocains ont envoy&#233; dans les m&#234;mes r&#233;seaux des vid&#233;os o&#249; on les voit apporter assistance aux migrants. Ces vid&#233;os datent de plusieurs ann&#233;es ! histoire de donner le change.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, il y a du nationalisme parmi ces militants. Ils pr&#234;chent l'abandon de la solidarit&#233; internationaliste entre et avec les migrants, lorsqu'ils disent qu'il ne faut pas pr&#233;senter le Maroc comme un pays raciste. Ici en France il y en a qui portent leur solidarit&#233; et qui disent : il y a du racisme chez nous, de la x&#233;nophobie, il faut r&#233;gulariser les sans-papiers, etc&#8230; Mais ces militants marocains qui &#224; l'heure actuelle se positionnent ainsi sur le nationalisme, l&#224; je ne comprends pas. Les migrants au Maroc sont abandonn&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, c'est &#231;a la v&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a encore pire. Voil&#224; 10 jours une fosse commune a &#233;t&#233; d&#233;couverte : des dizaines de cadavres de migrants subsahariens ! Cette fosse &#233;tait juste en contrebas du grillage de Melilla, c&#244;t&#233; marocain. Sur terre marocaine, et personne n'en parle !&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; la situation. Ce ne sont plus seulement des actes gratuits isol&#233;s. Aujourd'hui, on &#233;gorge les migrants de mani&#232;re organis&#233;e. Ce n'est pas tr&#232;s loin des images qu'on voit de la Syrie, de la Palestine.&lt;br class='autobr' /&gt;
On parle d'aller au FSM de Tunis en 2015, migrants et sans-papiers, parce qu'il faut que l'Afrique s'organise. Il s'est pass&#233; quoi &#224; Tunis en 2013 ? Les Subsahariens n'y ont jou&#233; que le r&#244;le de bouche-trous. Il faut en finir avec ce jeu o&#249; ce sont les repr&#233;sentants des organisations qui parlent pour les migrants. Aux Maghr&#233;bins, il faut leur rappeler que le Maroc est vraiment en Afrique, il ne faudrait pas qu'ils prennent les migrants Subsahariens comme un marche-pied pour arriver &#224; demander leurs subventions &#224; l'Europe. Oui, il faut que l'Afrique noire se r&#233;veille, mais il ne faudrait pas qu'elle se r&#233;veille encore une fois au profit des autres !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>C'est la guerre aux droits de l'homme et des gens</title>
		<link>https://yannis.lehuede.org/c-est-la-guerre-aux-droits-de-l.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://yannis.lehuede.org/c-est-la-guerre-aux-droits-de-l.html</guid>
		<dc:date>2014-11-12T21:41:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Sans-Papiers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Landry, Lo&#239;c, Thierry, trois jeunes migrants camerounais : les deux premiers venant de Douala, le grand port sur le golfe de Guin&#233;e, le troisi&#232;me de l'ouest du Cameroun. Frais arriv&#233;s en Europe, ils sont actuellement en Allemagne, &#224; Berlin, o&#249; &#171; on lutte vraiment pour les immigr&#233;s &#187; (Landry). Ils ont &#233;t&#233; interview&#233;s &#224; Paris &#224; l'occasion d'une rencontre de la Coalition internationale des sans-papiers et migrants (CISPM), o&#249; ils &#233;taient pr&#233;sents pour &#171; qu'on se mobilise beaucoup cette ann&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://yannis.lehuede.org/-voix-des-sans-papiers-.html" rel="directory"&gt;voix des sans-papiers&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://yannis.lehuede.org/+-sans-papiers-+.html" rel="tag"&gt;Sans-Papiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Landry, Lo&#239;c, Thierry, trois jeunes migrants camerounais : les deux premiers venant de Douala, le grand port sur le golfe de Guin&#233;e, le troisi&#232;me de l'ouest du Cameroun. Frais arriv&#233;s en Europe, ils sont actuellement en Allemagne, &#224; Berlin, o&#249; &lt;i&gt;&#171; on lutte vraiment pour les immigr&#233;s &#187;&lt;/i&gt; (Landry). Ils ont &#233;t&#233; interview&#233;s &#224; Paris &#224; l'occasion d'une rencontre de la Coalition internationale des sans-papiers et migrants (CISPM), o&#249; ils &#233;taient pr&#233;sents pour &lt;i&gt;&#171; qu'on se mobilise beaucoup cette ann&#233;e pour la lutte des sans-papiers &#187;&lt;/i&gt; (Thierry), et puisque &lt;i&gt;&#171; c'est l'heure de se lever et lutter pour les immigrants &#187;&lt;/i&gt; (Landry).&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les trois sont arriv&#233;s en Europe par Tanger et le d&#233;troit de Gibraltar apr&#232;s avoir travers&#233; le Sahara, l'Alg&#233;rie et le Maroc. En confrontant cet article avec l'article p. 4-6, l'impression est qu'ici se perp&#233;tuent des pratiques plus connues, &#171; artisanales &#187;, pour ainsi dire, cette route restant celle des migrants (d&#233;brouillards voyageurs) qui vont &#224; l'aventure comptant sur leurs forces (sur les moyens qui se pr&#233;senteront sur place au cours des &#233;tapes successives), alors que la route libyenne para&#238;t se structurer d&#233;j&#224; selon une logique diff&#233;rente, de la &#171; prise en charge totale &#187; (prix &#171; tout compris &#187; du d&#233;part &#224; la fin, au moyen d'une fili&#232;re d'interm&#233;diaires locaux), qui pr&#233;figure l'av&#232;nement d'une industrie du &#171; voyage organis&#233; &#187; pour migrants : la traite, sur le march&#233; du transport, de troupeaux d'esclaves &#171; volontaires &#187; et confiants (de plus en plus jeunes, candides, vite accul&#233;s au mur et au d&#233;sespoir, ceux venant d'Afrique noire). Quoi qu'il en soit, cette route marocaine aujourd'hui moins fr&#233;quent&#233;e, et, semble-t-il, un peu moins meurtri&#232;re que celle de la Libye, a eu et continuera d'avoir ses jours de gloire macabre dans les annales de l'&#233;migration subsaharienne, son lot annuel de migrants noy&#233;s dans les eaux p&#233;rilleuses, ou massacr&#233;s auparavant, &#224; terre, par les sbires des polices maghr&#233;bines &#224; la solde des politiques d'immigration europ&#233;ennes. Dans les m&#233;moires perdure le souvenir des &#233;v&#233;nements d'octobre 2005 &#224; Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles en sol africain : double (aujourd'hui triple) rideau de grillages hauts de six m&#232;tres, coiff&#233;s de barbel&#233;s, avec miradors et cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance, zone militaris&#233;e des deux c&#244;t&#233;s, espagnol et marocain, ainsi se pr&#233;sentent les murs de protection (r&#233;nov&#233;s et renforc&#233;s en 2009 notamment avec des barbel&#233;s &#224; lames de rasoir et financ&#233;s par l'Europe) des deux seules fronti&#232;res terrestres europ&#233;ennes avec l'Afrique. En octobre 2005, une dizaine de morts officiellement recens&#233;s (plus de 15 d'apr&#232;s les associations de migrants) tu&#233;s par balle autour de ces hauts rideaux de fer, un nombre non pr&#233;cis&#233; de bless&#233;s graves, des centaines de d&#233;port&#233;s abandonn&#233;s dans le d&#233;sert sans eau et sans vivres&#8230; Peu de chose, il est vrai, &#224; c&#244;t&#233; des milliers de morts par noyade que relatent neuf ans plus tard nos chroniques m&#233;diterran&#233;ennes quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Landry et Lo&#239;c ont travers&#233; le d&#233;sert par le Niger, aboutissant, via Agadez et Arlit, &#224; Tamanrasset dans le sud de l'Alg&#233;rie. Auparavant, pendant et apr&#232;s, Landry n'a pas rencontr&#233; de gros probl&#232;mes, ni au Nigeria ni au Niger m&#234;me, ni aux fronti&#232;res ni en Alg&#233;rie. &#199;a n'a pas &#233;t&#233; la m&#234;me chose pour Lo&#239;c, &#224; peine avait-il pos&#233; le pied au Nig&#233;ria qu'il a &#233;t&#233; emmen&#233; au poste, fouill&#233;. S'il a pu &#233;chapper une premi&#232;re fois au ran&#231;onnement gr&#226;ce &#224; l'intervention d'une femme polici&#232;re, il n'y a pas &#233;chapp&#233; deux jours plus tard, &#224; Sokoto, avant la fronti&#232;re nig&#233;rienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Les policiers n'ont pas voulu regarder mon laissez-passer d&#233;livr&#233; &#224; la barri&#232;re du Cameroun. Ils m'ont demand&#233; 10000 na&#239;ras, environ 32500 francs CFA. Je les ai pri&#233;s de me laisser passer au nom de Dieu, je n'avais pas cette somme sur moi. Ils n'ont rien voulu entendre, le chef m'a &#233;lectrocut&#233;, il m'a mis sur le cou quelque chose comme une torche &#233;lectrique, &#231;a a &#233;t&#233; terrible, j'ai cru mourir. Ils m'ont port&#233; dans une cellule et m'ont fouill&#233;. Pour me faire sortir l'argent, ils ont sorti leurs couteaux, m'ont menac&#233; avec les matraques. Je me suis mis &#224; genoux, je les ai pri&#233;s, ils m'ont dit : ou tu payes ou tu ne sortiras jamais d'ici. Je leur ai donn&#233; les 10000, tout ce qui me restait. Par chance j'avais d&#233;j&#224; pay&#233; la voiture pour la fronti&#232;re. Une fois au Niger j'ai appel&#233; ma copine, elle m'a envoy&#233; un peu d'argent et j'ai pu payer la connexion pour Arlit. J'ai fait six mois d'aventure pour venir en Europe, &#231;a avait bien commenc&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Arlit, Landry a travaill&#233; deux semaines comme man&#339;uvre pour un Touareg, il a &#233;t&#233; correctement pay&#233; et a pu passer &#224; Tamanrasset avec un convoi de trente migrants sur un pick-up conduit par deux Touareg. Lo&#239;c a encore jou&#233; de malchance. &#192; l'entr&#233;e d'Arlit il y avait la police, son groupe a d&#251; payer la &#171; taxe &#187; : lui s'en est tir&#233; avec 10000 francs, mais d'autres ont pay&#233; jusqu'&#224; 30000. Ceux qui n'ont rien donn&#233; sont rest&#233;s sur place. Dans cette derni&#232;re ville du d&#233;sert il y a plusieurs affaires de transporteurs-passeurs, plus ou moins familiales, on peut faire jouer la concurrence. C'est ce que Lo&#239;c et d'autres Camerounais ont fait. Et les voil&#224; partis &#224; sept, accroch&#233;s aux cordes d'arrimage, sur deux pick-up si charg&#233;s de sacs de marchandises qu'ils ont d&#251; se livrer &#224; de v&#233;ritables exercices d'&#233;quilibre pour ne pas &#234;tre envoy&#233;s sur le sable. Le soir tombant, ils ont crois&#233; deux antilopes. Et les Touareg de les poursuivre jusqu'&#224; ce que, &#233;puis&#233;es, elles se laissent attraper. Ils les ont &#233;gorg&#233;es. Il faisait d&#233;j&#224; nuit quand, les deux b&#234;tes grillant sur le feu, &#231;a promettait un bon et abondant repas pour tout le monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Mais des bandits du d&#233;sert&lt;/i&gt; (quatre Touareg habill&#233;s militairement) &lt;i&gt;se sont approch&#233;s inaper&#231;us sur un pick-up, tous feux &#233;teints. Tout &#224; coup ils ont commenc&#233; &#224; tirer sur nous. On &#233;tait couch&#233;s en bas de nos voitures, les balles sifflaient. Nous avons fait la marche militaire sur les coudes, en zigzaguant pour esquiver les balles. Ils se sont empar&#233;s d'un de nos pick-up, avec lui et le leur, les phares braqu&#233;s dans la nuit, ils nous ont rep&#233;r&#233;s un &#224; un. Ils nous ont fait mettre &#224; genoux, mains tendues, nous intimant de leur remettre notre argent, autrement ils allaient nous tuer tous. Nous avons vid&#233; nos poches. Le peu d'argent qui me restait de ma copine, mon portable, ils ont tout rafl&#233;. Nos chauffeurs aussi y sont pass&#233;s. On avait cinq bidons de carburant et dix bidons d'eau. Ils ont vid&#233; toute l'eau, et aussi le r&#233;servoir d'un pick-up. Ils sont repartis en emportant l'autre avec les cinq bidons de carburant, plus un turaya&lt;/i&gt; (t&#233;l&#233;phone satellitaire utilis&#233; dans le d&#233;sert). &lt;i&gt;Nous sommes rest&#233;s l&#224; sans bouger, toute la nuit, terroris&#233;s. Je priais. Plus de carburant, plus d'eau, la voiture vide, qu'allions-nous devenir, dans ce d&#233;sert ?... Au petit matin, un des chauffeurs s'est mis &#224; creuser le sable, il en a sorti un deuxi&#232;me turaya qu'il avait cach&#233;. Il a appel&#233; Arlit. Vers 14h deux voitures sont arriv&#233;es, nous avons pu repartir pour Tamanrasset, que nous avons gagn&#233; sans plus rencontrer d'obstacles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thierry a fait un parcours diff&#233;rent. Avec un ami ils ont long&#233; la c&#244;te jusqu'&#224; Cotonou au B&#233;nin, o&#249; ils ont connu un Malien venu r&#233;cup&#233;rer sa voiture. Ensemble, ils sont remont&#233;s jusqu'&#224; Bamako. Tandis que son ami continuait pour l'Europe, Thierry s'y est arr&#234;t&#233; longtemps, trois ans et demi. Quand il a perdu son travail, il s'est d&#233;cid&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; J'avais peur, &#224; quoi bon m'aventurer dans le d&#233;sert ? il n'y a que du sable ! Mais mon ami me disait : Thierry, il faudrait avancer, c'est en Europe qu'il y a du travail. Alors j'ai pris courage. J'ai travers&#233; lors de l'intervention fran&#231;aise au Mali. Jusqu'&#224; Gao j'ai pris le car. &#192; l'entr&#233;e de la ville, les soldats ont fouill&#233; tout le monde &#224; la recherche d'armes. Le soir venu, ils nous ont accompagn&#233;s &#224; la gare routi&#232;re o&#249; plusieurs passeurs &#233;taient en attente. Le lendemain matin nous avons embarqu&#233; (&#224; environ 80) sur deux camions, les pick-up &#233;tant interdits : utilis&#233;s normalement par les bandits du d&#233;sert, ils peuvent devenir des cibles de l'arm&#233;e. Le soir, &#224; un contr&#244;le de la MISMA&lt;/i&gt; [mission internationale de soutien au Mali] &lt;i&gt;dans un village, on nous a d&#233;fendu de continuer : route dangereuse. Deux jours avant un camion et ses occupants avaient &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s de tout. On est repartis le lendemain matin escort&#233;s par huit pick-up de la MISMA, quatre devant et quatre derri&#232;re, jusqu'&#224; Kidal o&#249; nous sommes arriv&#233;s dans l'apr&#232;s-midi. Deux heures plus tard on &#233;tait d&#233;j&#224; repartis, sans escorte : on a pr&#233;f&#233;r&#233; passer la nuit dans le d&#233;sert, les chauffeurs l'estimant plus s&#251;r. D&#232;s l'aube, nous revoil&#224; en route jusqu'&#224; ce que les bandits dont on nous avait parl&#233;, c'est-&#224;-dire les rebelles, nous arr&#234;tent. Apr&#232;s paiement de 1000 francs CFA chacun, nous avons pu d&#233;barquer, et ils nous ont trouv&#233; les pick-up pour continuer. En territoire alg&#233;rien, plusieurs convois se sont form&#233;s pour Tamanrasset, o&#249; nous sommes arriv&#233;s le surlendemain sans encombre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lo&#239;c : &lt;i&gt;&#171; &#192; Tamanrasset chaque matin des camions passent dans la placette appel&#233;e place Tchad pour embarquer ceux qui cherchent du travail. J'ai travaill&#233; une semaine, c'&#233;tait chaque jour diff&#233;rent : ma&#231;onnerie, plomberie, chargement et d&#233;chargement de camions&#8230; La nuit je dormais dans la rue. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; &#224; la fronti&#232;re nord-ouest, apr&#232;s une premi&#232;re tentative nocturne rat&#233;e, Thierry a suivi les instructions d'un fr&#232;re au Maroc et il est pass&#233; en longeant les rails entre Maghnia (Alg&#233;rie) et Oujda (Maroc). &lt;i&gt;&#171; J'ai travers&#233; &#224; 19h22, &#224; l'heure de la pri&#232;re marocaine &#187;&lt;/i&gt;. Ainsi il a pu rejoindre d'autres migrants dans la for&#234;t pr&#232;s de Nador, au sud de l'enclave espagnole de Melilla.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La for&#234;t de Gourougou, c'est un lieu o&#249; il y a toutes les nationalit&#233;s qui cherchent la travers&#233;e pour l'Europe. Lorsque j'arrive, d&#233;but mars, je vois les migrants : au moins mille du c&#244;t&#233; malien, c&#244;t&#233; camerounais au moins 700, ivoirien au moins 200 : &#231;a faisait au moins 3000 dans le camp. Il n'y avait pas &#224; manger mais il y avait les infos pour traverser. J'ai pass&#233; deux semaines sans me laver, sans me changer, sans rien faire &#224; part dormir en attendant la &#034;frappe&#034; qui devait avoir lieu. Avec une centaine de compatriotes j'&#233;tais dans le &#034;bunker&#034;, un abri de fortune fait de grosses pierres, en forme de coupole, c'est l&#224; qu'il y a le &#034;ghetto&#034; camerounais. La nuit de la frappe, nous &#233;tions environ 700. Vers 2h du matin on a commenc&#233; &#224; avancer vers Melilla &#224; pas de loup, en silence, en nous cachant. Vers 5h on &#233;tait tout pr&#232;s. Mais les gardes nous ont vus, ils ont donn&#233; l'alarme. Nous avons couru &#224; l'assaut, les gardes ont tent&#233; de nous arr&#234;ter avec les voitures (beaucoup de voitures, une cinquantaine au moins), en nous frappant &#224; coups de gourdins, en lan&#231;ant sur nous de grosses pierres. Je ne sais pas si c'&#233;tait la police marocaine, ils n'&#233;taient pas en tenue, ils nous frappaient en silence, sans rien dire, les chefs non plus ne disaient rien, ils &#233;taient en civil avec de gros b&#226;tons, il y avait des bless&#233;s graves, le sang coulait un peu de partout. Un renfort est arriv&#233; mais nous avons forc&#233; le passage en lan&#231;ant des pierres &#224; notre tour. Nous avions les crochets, nous les avons lanc&#233;s sur les barri&#232;res, avons tir&#233; et fait tomber des barbel&#233;s, une dizaine de nous ont pu passer. Beaucoup de voitures de la guardia civil [gendarmerie espagnole] &#233;taient arriv&#233;es du c&#244;t&#233; espagnol de la barri&#232;re. Une quinzaine d'autres et moi &#233;tions en haut des grillages, bless&#233;s, montrant nos mains, nos bras, nos visages ensanglant&#233;s. On &#233;tait en terre espagnole, mais la guardia nous emp&#234;chait de descendre, elle emp&#234;chait aussi les journalistes de filmer. La Croix rouge espagnole &#233;tait l&#224;. Nous savions que quand des migrants sont bless&#233;s sur les barri&#232;res, elle doit pouvoir les secourir. Mais la guardia non seulement l'en a emp&#234;ch&#233;e ; apr&#232;s plus de deux heures que nous &#233;tions l&#224;-haut, tout couverts de sang, elle a commenc&#233; &#224; lancer des lacrymos contre nous. Nous sommes descendus, on &#233;tait en territoire espagnol. Alors les Espagnols qu'est-ce qu'ils ont fait ? ils nous ont menott&#233;s, ont ouvert les portes et nous ont repouss&#233;s au Maroc : c'est &#231;a leur fronti&#232;re, la guerre aux droits de l'homme et des gens ! La Croix rouge marocaine elle a dit : il faut les amener &#224; l'h&#244;pital, ils r&#233;pondent non. Tout bless&#233;s que nous &#233;tions, on nous a mis, environ 300, dans les cars de refoulement pour Rabat. Tout le monde avait des b&#233;quilles, mais nous y avons &#233;t&#233; abandonn&#233;s comme &#231;a dans les rues, sans soins, sans nourriture, sans rien. Les gars autour de moi, aucune association ni personne ne nous a aid&#233;s. J'ai appel&#233; ma famille au Cameroun, j'ai re&#231;u un peu d'argent pour soigner mes blessures, j'avais mal aux reins car une barri&#232;re &#233;tait tomb&#233;e avec moi. Plus tard j'ai d&#233;cid&#233; d'aller voir du c&#244;t&#233; de Ceuta, mais j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; d&#232;s mon arriv&#233;e. Pas par la police, par la population : ils ont appel&#233; la police qui est venue me prendre. Apr&#232;s, je suis all&#233; du c&#244;t&#233; de Tanger o&#249; on m'avait dit qu'il y a des occasions de passer. J'ai essay&#233; deux fois et &#231;a n'a rien donn&#233;. La premi&#232;re, notre zodiac s'est perc&#233; en pleine mer, la marine marocaine nous a secourus. La deuxi&#232;me, on &#233;tait pr&#232;s des eaux internationales, mais la marine a &#233;t&#233; appel&#233;e par un bateau marocain. Le probl&#232;me c'est qu'ils viennent, il y en a qui ont mal et qui vomissent, on demande des m&#233;dicaments, ils ne nous donnent rien, ils nous enregistrent et nous rel&#226;chent comme &#231;a. &#199;a a march&#233; la troisi&#232;me fois. J'ai trouv&#233; des gars qui en attendaient d'autres pour atteindre la somme. On y est all&#233;s vers 3h du matin, nous &#233;tions sept sur le zodiac. Nous avons pagay&#233; pendant sept heures, &#231;a a &#233;t&#233; tr&#232;s dur, la mer &#233;tait agit&#233;e. La ligne internationale pass&#233;e, nous &#233;tions &#224; l'eau, mais la Croix rouge espagnole nous a vus, nous a rep&#234;ch&#233;s. C'&#233;tait fin avril. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lo&#239;c : &lt;i&gt;&#171; Moi je suis rest&#233; &#224; Maghnia un mois. Par le froid qu'il faisait, la nuit, quand on tentait de passer les Marocains nous arr&#234;taient et nous fouettaient. Les Alg&#233;riens nous aidaient, ils tiraient en l'air, et les Marocains s'enfuyaient. Je dormais dans un endroit nomm&#233; le bunker, une ancienne base militaire souterraine, on y &#233;tait une centaine&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un quatri&#232;me Camerounais qui jusque-l&#224; a assist&#233; &#224; l'interview sans mot dire et sans dire son nom, intervient pour mettre les points sur les i, les Alg&#233;riens ne sont pas moins f&#233;roces que les Marocains : &lt;i&gt;&#171; Ce bunker, c'est bien connu, la police alg&#233;rienne y fait ses descentes, ils viennent, ils tabassent tout le monde, ils arr&#234;tent, ils chassent, y mettent m&#234;me le feu, avec des morts ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lo&#239;c convient que les gens du bunker sont la proie des rafles des flics alg&#233;riens. &#192; propos de la violence polici&#232;re, il parle de ses tentatives rat&#233;es : &lt;i&gt;&#171; Sept fois j'ai essay&#233; d'entrer, chaque fois un groupe d'une quinzaine de personnes, la nuit. &#199;a marche comme &#231;a. Il faut passer par le foss&#233; creus&#233; c&#244;t&#233; alg&#233;rien, profond de 5 m&#232;tres et long de plusieurs dizaines de kilom&#232;tres jusqu'&#224; Tlemcen ; puis, c&#244;t&#233; marocain, il y a un grillage haut de 2 m&#232;tres. Ces deux obstacles pass&#233;s, il faut courir un cent m&#232;tres : si tu passes sans &#234;tre attrap&#233; par les chiens ou les policiers, tu peux rester. Mais si les chiens aboient et que les policiers te braquent les torches dessus, tu n'y &#233;chappes pas, tu as beau te cacher, tu es rep&#233;r&#233;, pris, sauvagement fouett&#233;. Ils te laissent dormir dehors dans le froid glacial, et le matin te r&#233;exp&#233;dient en Alg&#233;rie. Quand j'ai vu la difficult&#233;, je suis all&#233; tout seul par un chemin du c&#244;t&#233; de la mer. J'ai &#233;t&#233; d&#233;couvert par des policiers alg&#233;riens dans un village, ils m'ont pris tout mon argent et m'ont dit de dispara&#238;tre, j'avais juste deux minutes. Je suis all&#233; du c&#244;t&#233; de Nador et de Melilla, qui est d&#233;j&#224; l'Espagne, j'ai particip&#233; &#224; une frappe d'une centaine de gars le lendemain de mon arriv&#233;e. Les quatre gardes-fronti&#232;re ont recul&#233; devant notre nombre et nous avons pu placer nos &#233;chelles contre les barri&#232;res. Ils ont siffl&#233;, mais le temps que les renforts arrivent trente d'entre nous &#233;taient d&#233;j&#224; pass&#233;s. Moi je n'ai pas pu, j'&#233;tais tout cass&#233;, pieds cass&#233;s, v&#234;tements d&#233;chir&#233;s. Rentr&#233; &#224; Gourougou, j'ai r&#233;fl&#233;chi, je suis all&#233; me rendre &#224; la police. Avec une vingtaine d'autres j'ai &#233;t&#233; refoul&#233; vers Rabat. &#192; c&#244;t&#233; de F&#232;s, pour passer la nuit on voulait nous faire descendre en rase campagne, voyant l'endroit nous avons refus&#233;. Ils ont appel&#233; des renforts, nous sommes descendus sous les coups des b&#226;tons. Sauf une fille enceinte : dans son &#233;tat elle ne pouvait pas dormir &#224; d&#233;couvert. Les policiers ont d&#233;plac&#233; le car, ils ont commenc&#233; &#224; frapper la fille, &#224; lui tirer les cheveux, ce qui en pays musulman ne se fait pas. Nous nous sommes approch&#233;s, la bataille a commenc&#233;. Les policiers ont sorti leurs &#233;p&#233;es et couteaux, bless&#233; plusieurs assez gravement, aux mains, aux bras, mais nous avons pu nous enfuir avec la fille. &#192; Rabat, je suis rest&#233; quatre jours, &#224; Tanger un mois. Je suis all&#233; aussi &#224; Ceuta, mais on m'attrape &#224; la barri&#232;re, je retourne &#224; Tanger. J'essaie d'int&#233;grer un convoi : ceux qui ont pris mon argent ont pu l'int&#233;grer, pas moi. Plus d'argent, plus de convoi, je me suis mis &#224; faire la manche. Quand tu demandes de l'argent, les Marocains crachent au sol, certains, comme &#224; Rabat, crachaient m&#234;me sur moi : pourquoi tu viens l&#224; ? Je r&#233;pondais : je suis orphelin de p&#232;re et de m&#232;re, maintenant j'ai une famille, je suis sorti pour me battre, pour aider mes fr&#232;res, leur montrer le bon exemple. Ce commerce que j'ai fait pour aller en Espagne, et puis l'aide d'un cousin qui &#233;tait &#224; Tanger, j'ai eu assez pour le convoi. Mais un garde-c&#244;te marocain nous arr&#234;te, ils nous s&#233;questrent le zodiac et tout, sauf que j'ai r&#233;ussi &#224; garder la pompe &#224; air, en &#233;change j'ai pu int&#233;grer un autre zodiac. La travers&#233;e a &#233;t&#233; difficile, la mer grosse, un fr&#232;re est tomb&#233; &#224; l'eau &#224; plusieurs reprises, je l'ai secouru. Finalement la Croix rouge est venue nous chercher, c'&#233;tait en juillet dernier, au large de Tarifa. Juste de l'autre c&#244;t&#233; du d&#233;troit. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Landry : &lt;i&gt;&#171; Moi j'ai fait un autre chemin. De Tamanrasset je suis all&#233; &#224; Alger o&#249; j'ai des amis. J'y suis rest&#233; presque un an, je travaillais dans le b&#226;timent. J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; trois fois, la premi&#232;re en octobre 2013, puis en d&#233;cembre, la troisi&#232;me en f&#233;vrier. Chaque fois j'ai fait un mois de prison, et chaque fois j'ai &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; un an par faute de papiers. La troisi&#232;me fois, on m'a rappel&#233; une semaine apr&#232;s, on m'a r&#233;duit la peine &#224; six mois. Puis on m'a rappel&#233;, on m'a confirm&#233; la peine mais avec sursis, j'ai &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; et j'ai &#233;t&#233; appel&#233; par le HCR [haut commissariat des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s], on m'a d&#233;livr&#233; un papier de trois mois renouvelable. Je travaillais sans probl&#232;me quand un ami m'a appel&#233; de Paris, il m'a dit d'aller au Maroc, c'est l&#224; que passent les immigr&#233;s cherchant l'Europe. Alors j'ai connu ceux qui font la &#034;connexion&#034; &#224; 2500 euros, ceux qui passent avec le zodiac. Au Maroc, je suis entr&#233; sans probl&#232;me avec un convoi de 22 personnes, nous avons suivi les rails. J'avais l'argent, quand tu as l'argent les portes et les fronti&#232;res s'ouvrent. Des copains m'ont conseill&#233; d'aller plut&#244;t &#224; la barri&#232;re vers Nador, le zodiac est trop dangereux. Dans la for&#234;t, j'&#233;tais mort de fatigue, mal au jambes, partout, puis j'ai vu des gens la t&#234;te band&#233;e, jambes et pieds cass&#233;s, avec des b&#233;quilles, mon c&#339;ur a fait un bond, il est tomb&#233; dans mon ventre. Au bout de trois jours j'ai pris le car pour Tanger, je voulais trouver la mani&#232;re d'aller en Europe, mais &#231;a n'a pas donn&#233; : un grand convoi qui demandait 2000 euros. Je n'avais plus d'argent, il fallait que je mendie pour manger. Mais Dieu m'a aid&#233;. Un ami avait pay&#233; son zodiac &#224; Rabat, il m'a propos&#233; : viens avec moi mon ami. C'&#233;tait ma destin&#233;e de Dieu, que je devais passer. Nous sommes partis. On pagayait, on voyait en mer des convois d'autres personnes. On a vu un S&#233;n&#233;galais se noyer. &#192; ce jour on ne sait pas son nom, ni ce que son corps est devenu&#8230; Nous, par la gr&#226;ce de Dieu, apr&#232;s trois heures, nous sommes arriv&#233;s &#224; la Croix rouge, tr&#232;s fatigu&#233;s. Ils nous ont offert 60 jours sur l'&#238;le de d&#233;portation, et apr&#232;s on nous a envoy&#233;s sur Madrid. Je suis entr&#233; en Espagne le 4 juin 2014. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le droit des papiers n'est pas les droits de l'homme</title>
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		<dc:date>2014-11-12T21:40:07Z</dc:date>
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		<dc:subject>Sans-Papiers</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce num&#233;ro consacr&#233; aux noyades en masse de migrants africains en mer, est une fois de plus occup&#233; en grande partie par des t&#233;moignages de Maliens. Ce n'est pas un hasard. Notre aire d'enqu&#234;te et de diffusion directe (sur papier) reste Paris, et en moindre mesure sa r&#233;gion, o&#249; la pr&#233;sence de Maliens &#224; la t&#234;te des luttes et de la parole publique des sans-papiers est pr&#233;pond&#233;rante depuis que, avec l'occupation de Saint-Bernard en 1996, le mouvement existe au grand jour. Le territoire du Mali (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://yannis.lehuede.org/+-sans-papiers-+.html" rel="tag"&gt;Sans-Papiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce num&#233;ro consacr&#233; aux noyades en masse de migrants africains en mer, est une fois de plus occup&#233; en grande partie par des t&#233;moignages de Maliens. Ce n'est pas un hasard. Notre aire d'enqu&#234;te et de diffusion directe (sur papier) reste Paris, et en moindre mesure sa r&#233;gion, o&#249; la pr&#233;sence de Maliens &#224; la t&#234;te des luttes et de la parole publique des sans-papiers est pr&#233;pond&#233;rante depuis que, avec l'occupation de Saint-Bernard en 1996, le mouvement existe au grand jour. Le territoire du Mali actuel est souvent peupl&#233; de populations &#224; forte &#171; tradition d'&#233;migration &#187; : mouvements plus ou moins temporaires, voire saisonniers, et presque exclusivement compos&#233;s d'hommes en qu&#234;te d'ouvrage. Contrairement aux discours de la peur tenus par le commun des politiciens fran&#231;ais et europ&#233;ens qui sans vergogne parlent d'invasion de l'eldorado europ&#233;en, il s'agit en priorit&#233; de mouvements transfrontaliers entre pays africains : ce ne sont souvent que les choix politiques et militaires des pays europ&#233;ens (et notamment de la France pour l'Afrique &#171; francophone &#187;), qui d&#233;terminent des &#171; choix &#187; diff&#233;rents, ou m&#234;me transforment en migrations subies vers l'Europe des &#171; migrations &#187; qui ne l'&#233;taient pas &#224; l'origine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Significatifs sont &#224; ce propos les t&#233;moignages ci-dessous, de d&#233;l&#233;gu&#233;s du &#171; collectif Baras &#187;. Les deux premiers livr&#233;s le 19 ao&#251;t dernier &#224; l'&#233;mission la Voix des sans-papiers (radio FPP, 106.3 fm) par Idrissa et Camara, nous en publions de larges extraits apr&#232;s adaptation &#224; l'&#233;crit. Le troisi&#232;me apport&#233; directement au journal par Michel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi nomm&#233; d'apr&#232;s le nom du foyer Bara &#224; Montreuil, ce collectif de sans-papiers a engag&#233; la lutte pour la r&#233;gularisation il y a deux ans, dans des conditions tr&#232;s pr&#233;caires, qui se poursuivent avec l'occupation, depuis la mi-ao&#251;t, d'une agence d&#233;saffect&#233;e de l'ANPE, 72 rue Ren&#233; Alazard &#224; Bagnolet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Idrissa.&lt;/strong&gt; Les Baras, c'est nous les Maliens qui &#233;tions en Libye depuis des ann&#233;es et qui avons d&#251; venir en France avec la guerre et la chute de Khadafi. En Italie on a &#233;t&#233; plac&#233;s dans un camp, certains y ont fait 18 mois, moi j'y ai pass&#233; un an. N'ayant toujours pas de papiers, j'ai d&#233;cid&#233; de venir en France. Ici tout le monde sait qu'&#224; Montreuil les Maliens sont tr&#232;s nombreux. Je suis arriv&#233; au foyer en juillet 2012. Quand la nuit tombait, je ramassais les cartons et je dormais dans le foyer. Apr&#232;s deux mois, le d&#233;l&#233;gu&#233; du foyer a d&#233;cid&#233; que tous les gens venus d'Italie, on ne payait rien, on &#233;tait l&#224; que pour le bizness : donc dehors ! Mais tous les jours arrivaient des gens d'Italie et on a commenc&#233; &#224; lutter, sachant qu'on ne peut compter que sur nous-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a commenc&#233; fin 2012. On a manifest&#233; &#224; la mairie de Montreuil, on a expliqu&#233; notre situation : on &#233;tait en Italie, &#231;a ne va pas l&#224;-bas, on est venu en France, on &#233;tait au foyer, maintenant on nous fiche dehors, on ne sait pas o&#249; aller. Mme Voynet nous a dit qu'ils n'avaient pas de logements pour nous, que chacun devait se d&#233;brouiller &#224; sa mani&#232;re. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s du foyer nous ont donn&#233; 15 jours. Pendant ce temps chacun se prenait la t&#234;te en pensant aux policiers qui allaient nous chasser par la force. Au bout des 15 jours, ils ont effectivement appel&#233; la police. M&#234;me le repr&#233;sentant de la mairie &#233;tait l&#224;, le jour de notre expulsion, il nous a dit : on n'a aucune solution pour vous. On a fait trois mois : on dormait dans le m&#233;tro, dans les jardins, dans les sous-sols&#8230; En mars 2013 Mme Voynet voulait nous disperser dans les foyers en &#206;le-de-France, dans les campagnes. On nous a dit qu'il fallait chercher des solutions partout o&#249; c'&#233;tait possible ailleurs qu'&#224; Montreuil. Nous on a dit : Montreuil, c'est l&#224; que sont les Maliens, 80% de Maliens. On ne veut pas &#234;tre divis&#233;s. On revient donc &#224; Montreuil. Et la lutte, depuis 2012, continue. Aujourd'hui la situation est un peu compliqu&#233;e. On est rest&#233;s dix mois dans un squat, 124 avenue Galli&#233;ni &#224; Bagnolet. Le 1er ao&#251;t on a &#233;t&#233; expuls&#233;s, &#231;a a &#233;t&#233; violent. On a fait cinq jours devant la mairie de Bagnolet, le maire a appel&#233; les CRS. On a trouv&#233; refuge sous l'&#233;changeur d'autoroute de Galli&#233;ni pendant trois jours, puis on a eu cette solution du 72 rue Alazar. Le jour de l'occupation, les policiers sont pass&#233;s, puis un huissier. Ce qu'on compte faire ? nous on n'en sait rien, on sait pas la suite. On attend.&lt;br class='autobr' /&gt;
Camara. Devant la mairie, le maire nous a dit : la solution est de vous disperser. On a dit non, on veut &#234;tre ensemble, r&#233;gularis&#233;s ensemble. Quand on est arriv&#233;s sous l'&#233;changeur, il y a eu des arrestations, 75 personnes. Les CRS savent qu'on est des sans-papiers, et pourtant ils nous arr&#234;tent pour nous contr&#244;ler. Une fois lib&#233;r&#233;s, on a d&#233;cid&#233; de squatter &#224; nouveau, et ce n'est pas fini. Tant que le pr&#233;fet ne nous reloge pas on est oblig&#233;s de squatter les b&#226;timents vides. Pour les r&#233;gularisations, le pr&#233;fet a dit que c'est interdit de r&#233;gulariser en masse, c'est fini en Europe. Si &#231;a se faisait avant, c'est fini maintenant, c'est le cas par cas. Nous on veut pas &#231;a, une personne par an, au compte-gouttes&#8230; le collectif fait 340 personnes ! On est jeunes, nous les Maliens, mais plusieurs nationalit&#233;s sont l&#224;, tous des pauvres, m&#234;me des Roms, donc le collectif demande plusieurs choses. Mais le plus important, ce n'est pas le logement, c'est les papiers. Ils veulent qu'on se disperse, ok, donnez-nous les papiers. Vous verrez : plus de squat. Car on sait faire, on va se d&#233;brouiller. Mais d'abord il faut les papiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moi j'&#233;tais en Libye. La guerre a commenc&#233; en mars 2011, je suis rest&#233; jusqu'en ao&#251;t. Je ne savais plus quoi faire, les bombes tombaient sans arr&#234;t. Je travaillais dans le b&#226;timent, il y avait plein de place, beaucoup de gens dormaient chez moi. Ils sortaient le matin pour aller chercher du travail, et le soir on ne les revoyait plus. C'est &#231;a la guerre, ils &#233;taient morts. L&#224;, je me retrouve &#224; l'ambassade du Mali, j'ai pris mon laissez-passer pour le pays, &#231;a co&#251;te dix euros. Je ne voulais pas venir en Europe, moi, mais Khadafi en a d&#233;cid&#233; autrement. Avant qu'il meure il a fait la guerre de plusieurs fa&#231;ons. Il a dit : puisque les Fran&#231;ais ne veulent plus de moi comme pr&#233;sident de la Libye, la France et l'Italie vont avoir leur part, on va leur envoyer tous les Noirs. Dans le collectif il y en a pas mal qui ont &#233;t&#233; embarqu&#233;s de force comme moi. Ils se l&#232;vent le matin pour aller au travail et hop, embarqu&#233;s : soit vous partez, soit on vous tue ! On n'a pas le choix. Voil&#224; comment on est arriv&#233; ici sans payer un euro.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; quand j'&#233;tais en C&#244;te d'Ivoire la guerre m'a chass&#233;. Les Fran&#231;ais sont arriv&#233;s avec l'ONU, chaque nuit des gens mouraient. Le Mali a d&#233;cid&#233; de faire rentrer les Maliens, je suis pass&#233; par Sikasso, c'est ma r&#233;gion, mais je ne suis m&#234;me pas all&#233; chez moi, j'ai pris aussit&#244;t la route de la Libye, car j'&#233;tais parti de C&#244;te d'Ivoire sans rien. En Libye, on &#233;tait vraiment tranquilles, j'y ai fait quatre ans. Je travaillais et chaque mois j'envoyais de l'argent &#224; mes parents. Des gens comme moi, il y en avait pas mal en Libye, les Baras maliens ont tous v&#233;cu &#224; peu pr&#232;s &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Idrissa. Moi non plus je ne souhaitais pas venir en Europe. L&#224;-bas en Libye, o&#249; je travaillais j'&#233;tais bien. Je travaille, je paie mes imp&#244;ts, sans demander &#224; personne. C'est la guerre qui m'a fait venir en Europe. Comme Camara l'a dit, c'est la faute de la France, et maintenant qu'on est ici on nous refuse les papiers. Nous ne sommes pas des voyous, tout ce qu'on demande c'est d'&#234;tre r&#233;gularis&#233;s. Si tu n'as pas de papiers tu n'es rien. Nous, on a la force de travail, nous sommes jeunes, la plupart on a moins de trente ans. On veut travailler comme les autres, &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme les autres. C'est la gal&#232;re qui nous pousse &#224; squatter. L'&#201;tat fran&#231;ais n'a pas compris. Depuis qu'on est en France, moi par exemple, je n'ai jamais trouv&#233; de travail, qu'est-ce qu'ils veulent qu'on fasse ? On doit bien s'habiller quand m&#234;me, et manger. En Libye, on faisait des transferts d'argent &#224; nos familles, ici on ne peut pas. On grappille &#224; peine un ou deux euros pour pouvoir manger, c'est vraiment la honte ! Il faut que partout, dans la presse africaine, on dise aux gens de chez nous ce qui se passe en France. En Afrique on entend : France terre des droits de l'homme. Mais arriv&#233;s ici, on ne voit rien. De cette France, assez !&lt;br class='autobr' /&gt;
Camara. Je n'ai pas &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole, je n'ai pas honte de le dire. En Libye, il n'y avait pas les droits de l'homme, il n'y a que le droit des Libyens. Mais en France, ce que j'ai compris, les droits de l'homme, il y en avait davantage en Libye qu'ici. Une fois que tu quittes l'Afrique noire et que tu arrives en Libye, le lendemain tu vas au travail et ils ne te demandent pas tes papiers. En tant que jeunes d'Afrique noire, on est toujours ensemble, on travaille ensemble dans le b&#226;timent. Moi j'aimerais savoir : ici, le droit qu'on nous dit, o&#249; il est ? Le droit de l'humanit&#233;, il est o&#249; ? il est o&#249; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Idrissa. Tu as tes papiers, tu as tes papiers ? voil&#224; ce qu'on te demande toujours !&lt;br class='autobr' /&gt;
Camara. On peut comprendre qu'il te faut des papiers fran&#231;ais pour avoir ton droit. Mais &#231;a, c'est le droit de ton papier, ce n'est pas les droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel.&lt;/strong&gt; Tout petit d&#233;j&#224;, je r&#234;vais d'aventure, j'avais la bougeotte. Je suis parti de mon village, Masgui, au sud-est du Mali, &#224; 14 ans en 2007, pour aller travailler en Libye. J'ai tout de suite trouv&#233; du travail et je n'en ai jamais manqu&#233;. En avril 2008, d'un jour &#224; l'autre, on nous arr&#234;te, sans raison, mes copains et moi. J'ai fait huit mois de prison dans quatre &#233;tablissements diff&#233;rents. Pas des centres de r&#233;tention, non, de vraies prisons. Deux mille Africains noirs ont &#233;t&#233; ainsi arr&#234;t&#233;s en tr&#232;s peu de temps. Khadafi avait marchand&#233; avec l'Europe : cinq milliards d'euros pour bloquer l'&#233;migration subsaharienne. Ils ont alors commenc&#233; &#224; rapatrier les migrants par charters entiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les prisons les conditions n'&#233;taient pas vivables. Pour manger, quand tu tombais sur deux ou trois poign&#233;es de riz, tu avais gagn&#233;e ta journ&#233;e. La nuit, impossible de dormir. Tu bouges, et tu ne retrouves plus ta place. Accroupis, serr&#233;s les uns contre les autres jusqu'&#224; &#233;touffer. Il faisait une chaleur terrible. Tu peux bouger quand tout le monde bouge, quand il s'agit d'aller faire la queue pour manger, ou pour les chiottes. Et tu es heureux quand tu peux boire quelques gorg&#233;es. Un jour j'ai d&#233;nich&#233; un bidon d'eau : pendant qu'on me saute dessus, moi je le prot&#232;ge en me couchant dessus pour ne pas le l&#226;cher. Les gardiens arrivent, ils dirigent la distribution. Je me suis tout de m&#234;me arrang&#233; pour en garder une bouteille pour moi. Se laver, c'&#233;tait toute une affaire. La douche (trois pour toute la prison, plusieurs centaines de personnes), &#231;a allait tr&#232;s vite : on y passe &#224; quatre, &#224; la course, les quatre suivants sont d&#233;j&#224; l&#224; qui poussent, et ainsi de suite. Mais tout le monde ne peut pas se laver&#8230; L'enfer c'&#233;tait aussi qu'on ne savait pas combien &#231;a va durer. Pas de juges, pas d'avocats, pas d'infos&#8230; On a cru que c'&#233;tait la fin. Certains sont morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 18 octobre 2008, on nous rapatrie au Mali, 420 personnes. Trois avions. Arriv&#233;s &#224; Bamako, on nous am&#232;ne au garage des pompiers&#8230; Mais on ne nous dit rien, rien n'est fait pour nous venir en aide. On pense quand m&#234;me qu'ils vont nous donner les 300 dollars promis en Libye. Ils nous demandent ce qu'on a perdu dans l'expulsion&#8230; Mais ! on a tout perdu !... Finalement ils nous disent : si vous voulez rentrer au village venez &#224; la gare, on vous paie votre billet. Alors je me suis cass&#233; sans rien demander.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re et tout le monde croyaient que je suis mort. On disait : six mois dans les ge&#244;les de Khadafi, &#231;a ne pardonne pas. J'&#233;tais au village &#224; 22h, il faisait nuit, des gens venaient me regarder jusque sous le nez pour voir si c'&#233;tait bien moi. Ma m&#232;re pleurait. Il est vrai qu'en un an j'avais bien chang&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis rest&#233; quinze jours, puis j'ai dit &#224; ma m&#232;re : je retourne &#224; Bamako. Et je suis reparti malgr&#233; tout ce que j'avais souffert. C'&#233;tait comme une drogue. Tripoli, de nouveau. Et pourtant les Libyens ne nous traitent pas bien. On &#233;tait un peu leurs esclaves, on nous accusait m&#234;me de prendre leur travail. Puis quand la guerre a commenc&#233;, en 2011, des bandes de voyous ont commenc&#233; &#224; attaquer les foyers, des bandes organis&#233;es par les policiers, je crois, pour voler l'argent des migrants. Avec la guerre, virage &#224; 180 degr&#233;s : les flics n'arr&#234;tent plus les Noirs pour les renvoyer chez eux, mais pour les mettre sur les bateaux ! C'&#233;tait le nouveau chantage de Khadafi &#224; l'Europe : ou vous m'aidez &#224; &#233;craser les r&#233;voltes ou je fais partir en masse les &#233;migr&#233;s chez vous. Il nous a fait un appel : tous ceux qui veulent partir en Europe, en avant ! Les policiers venaient chercher les gens dans les foyers et les embarquaient de force. Beaucoup ne voulaient pas partir. Moi non plus. J'avais organis&#233; ma vie, plus de bougeotte. Je travaillais depuis 2008, deux ans encore, pour finir ma maison au pays, et je rentrerais pour faire du commerce. Et voil&#224; la guerre ! Pas de travail, on reste au foyer, plus d'argent. Et on maltraite les Noirs, on les consid&#232;re des rebelles, on les accuse d'&#234;tre les mercenaires de Khadafi&#8230; Tu parles ! je n'ai jamais tenu une arme dans mes mains&#8230; Je me suis dit : si je reste je vais &#234;tre tu&#233;. J'avais deux amis nig&#233;riens et un copain, Issa, tous les trois tu&#233;s. Beaucoup d'autres ont ont &#233;t&#233; tu&#233;s, par les policiers ; la population d&#233;non&#231;ait les foyers o&#249;, disaient-ils, il y avait des rebelles. C'est alors que je me suis d&#233;cid&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis parti pour l'Italie le 2 novembre 2011, contre paiement de 200 dinars. Je n'ai pas eu &#224; faire &#224; un passeur au sens strict. Le soir, on entre au port dans un camion couvert, on embarque sur un bateau de taille moyenne. Ce bateau faisait partie, selon moi, de la campagne de Khadafi contre l'Europe : c'est ses policiers qui nous ont ouvert le passage sur le port. On &#233;tait nombreux dans les cales, peut-&#234;tre 300. Trois jours sans manger : car le bateau &#233;tait en panne, la boussole morte, et la mer en temp&#234;te. Il y avait des bagarres, des gens perdaient la t&#234;te, il fallait les calmer, l'&#233;quilibre du bateau &#233;tait en danger. Il y avait aussi des femmes, des enfants. Cette vision me revient, d'un Afghan qui monte sur la balustrade du pont, il se retourne vers moi en &#233;clatant de rire, et il se jette &#224; l'eau ! On l'a vu dispara&#238;tre dans les vagues. Et puis encore un jeune Malien, sans crier gare, il saute &#224; l'eau, on n'a rien pu faire. C'&#233;tait le d&#233;sespoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'approche de Lampedusa, on a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s direct sur un grand bateau pour la Sicile. Ensuite, internement en camp de r&#233;tention &#224; Bari, dans les Pouilles. Huit mois plus tard on m'a donn&#233; une attestation de s&#233;jour et une OQTI &lt;i&gt;[obligation de quitter le territoire italien]&lt;/i&gt;, on m'a l&#226;ch&#233; dans la nature. En tant qu'habitant de la francophonie, je suis entr&#233; en France le 12 novembre 2012. Depuis, je rame dans cette gal&#232;re en r&#233;gion parisienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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