Voici venu le premier jour de l’année, mais aussi, notre dernier jour de marche ! C’est un peu triste de penser à quitter les montagnes, mais il nous tarde de voir Pokhara, découvrir les palais de Kathmandou et pour certains, encore (et encore) acheter des souvenirs !

Après un petit déjeuner sur la terrasse, nous entamons la dernière demi-journée de marche. La fatigue accumulée se fait sentir, les pas sont lourds, les pauses s’accumulent et il devient difficile de nous faire lever des terrasses, murets de villages et tout ce qui peut servir de siège !

Troupeau dans le village

Les gens sont habillées haut en couleurs, drapés d’habits traditionnels de fête. Ils ont presque tous une tache multiforme de couleur rouge au milieu de font. C’est pour bien commencer l’année ! Tous sont encore plus souriants et amicaux que d’ordinaire.

Les paysages que nous traversons sont aussi charmants, baignés de soleil. Nous comptons nos dernières montées, la dernière descente raide… Le chemin se transforme aussi, petit à petit, il devient caillouteux jusqu’au gravier fin. Il parait moins bien entretenu comparé aux dallages d’ardoises. Il finit en larges allées de terre battue. On se croirait sur un boulevard !

Les paysages changent également : on quitte peu à peu la culture de riz pour le maïs au bord de la rivière et les arbres, relativement peu nombreux, redeviennent moins typiques de l’Asie tropicale. A mesure que nous redescendons vers la « plaine », la chaleur se fait étouffante.

le chemin
la rivière vers les vallées

Nous marchons enfin le long de la large berge de la rivière quand on aperçoit tout à coup après un virage…un bulldozer ! Et d’autres engins de chantier, et des motos garées au bord de la rivière !

Quel spectacle édifiant après dix jours dans la nature, loin de la civilisation. On n’aurait pas fait pire. En un instant, j’ai à l’idée l’image des montagnards de villages reculés qui n’auraient jamais vu la ville, tombant nez à nez avec ces monstres !

Nous remontons pour découvrir une rue grouillante de monde, des autos partout, des klaxons, l’odeur de friture… une bourgade animée quoi ! La randonnée est bel et bien finie !

Nous nous arrêtons à des tables pour le repas de midi. Il y a là une multitude de randonneurs, de vendeurs en tout genre, des mouches, des abeilles qui butinent nos boissons. On les croirait contaminées par le stress de la ville. La chaleur est insupportable. Une fois le repas terminé, nous remontons jusqu’à la route à travers une rue animée comme un jour de marché. Arrivés au bus, certains d’entre nous montons sur le toit avec les bagages, les porteurs et les assistants. De là-haut, on mesure bien les irrégularités de la route de montagne. Accrochés aux sacs, on est assez mal à l’aise dans les virages, et le car tangue à chaque fois qu’il croise un autre véhicule. J’avais perdu l’habitude des rudes secousses, on est sans cesse ballotté et le vent nous balaie le visage…

Un porteur à qui j’avais appris à rouler les cigarettes il y a quelques jours m’en offre une. C’est peu commode de fumer dans ces conditions ! D’ici, on profite pourtant pleinement du panorama. On distingue des villages sur les flancs de montagnes, semblables à ceux que nous avons traversés. Certains porteurs en pointent du doigt. Ce sont leurs villages !

Nous arrivons enfin en ville, retrouvant l’odeur nauséabonde de la pollution et la vie grouillante de Pokhara, relativement moderne. C’est la ville au pied des Annapurnas (d’où on peut voir le sommet du Machapuchare par beau temps). Nous y resterons la soirée avant de repartir pour découvrir Kathmandou, la ville comptant presque autant de lieux spirituels que d’habitations !

Mais c’est une autre aventure… dans un tout autre monde.

De retour en France, je suis retourné à la réalité, chacun des membres du groupe a repris sa vie quotidienne. Notre guide est parti sur les flancs d’autres montagnes de l’Himalaya avec d’autres groupes, ses assistants aussi. Si ce n’est pour une expédition similaire, ils se recroiseront certainement dans un de ces villages. Les porteurs s’en sont retournés aux champs, à l’université ou à continuer de transporter des lourdes charges sur les étroits sentiers au bord du vide, accompagnés de mes braves chaussures.

Je me remémore le Népal comme hors du temps, tiré d’un rêve, jusqu’au jour où je suis resté dormir chez un ami, de façon improvisée. Il m’a sorti un sac de couchage qui me parut brusquement bien familier… c’était celui-là qui avait fidèlement réchauffé mes nuits pendant ce périple. Quelle joie de le retrouver et de m’endormir dedans, comme de retour tout là haut !

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